Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu

« Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) ». C’est le titre quelque peu ironique d’un livre de Thérèse Hargot, philosophe et sexologue intervenant en milieu scolaire. Elle s’interroge sur ce qui est advenu de la « libération sexuelle » des années 1960-1970, à partir de son écoute des jeunes d’aujourd’hui à qui elle donne la parole dans le livre.

Si les jeunes se sentent sexuellement libérés, ils sont en réalité prisonniers de nombreux diktats. Ils sont libres de consommer de la pornographie, mais menés par leurs pulsions, elles-mêmes titillées par l’hypersexualisation ambiante. Ils sont libres d’avoir des rapports sexuels dès l’adolescence, mais soumis à l’angoisse de la performance. Ils sont libres de choisir une orientation sexuelle, mais enfermés dans un destin sexuel figé. Ils sont libres de prendre la pilule ou de mettre un préservatif, mais à la merci de rapports sexuels vus comme un danger et un jeu de hasard. Ils sont libres puisque « consentants », sans s’apercevoir que connaissance de soi et maturité sont nécessaires pour dire authentiquement « je ». Ils sont libres de se mettre en couple, mais en font un refuge fusionnel des sentiments, peu propice à l’altérité.

Au Bienenberg les 12-13 novembre prochains, il sera question de sexualité, avec des jeunes de 14 à 16 ans de Suisse et de France, venus avec leurs groupes de catéchisme. Dans le contexte de la place prédominante de la sexualité dans la société, nous essaierons de la situer de la bonne manière, selon l’enseignement des Écritures, et dans le cadre du développement des jeunes.

Un temps entre filles et entre gars permettra de parler librement de soi et de l’autre sexe. Des ateliers traiteront de : Bible et sexualité (Michel Sommer) ; Relations sexuelles avant le mariage (Marie-Noëlle Yoder) ; Pornographie et masturbation (Fritz Goldschmidt) ; L’homosexualité (Fritz Goldschmidt) ; Pourquoi faut-il que ce soit un chrétien ou une chrétienne ? (Michel Sommer). Les jeunes pourront poser des questions sur tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur la sexualité, sans oser le demander… (Marie-Noëlle Yoder)

Pour vivre ce thème devant Dieu et dans une saine atmosphère, des célébrations avec chants, prière et « mini-prédic » sont prévues, de même qu’un questionnaire permettant de réfléchir à soi et de prendre du recul. Nous donnerons la parole à des accompagnant(e)s des groupes lors d’une table ronde qui permettra d’entendre des histoires d’amour durables. Et le groupe de catéchisme de l’Église du Geisberg (France) prépare des jeux de coopération comme moyen de s’amuser ensemble, gars et filles, hommes et femmes, de manière saine et constructive !

Alors que la pression en matière de sexualité est grande sur les jeunes (chrétiens) issus des Églises, alors que le culte de la sexualité s’impose, parlons de sexualité, avec respect et poésie, en vérité et avec sensibilité, pour nous aider à mener des vies qui honorent Dieu et le prochain par notre corps et de tout notre être.

Infos pratiques

Week-end catéchisme – 12-13 novembre 2016

« Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu »

Avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder, Michel Sommer

Inscriptions en groupe de catéchisme, avec un(e) accompagnant(e) pour 7 jeunes

Infos : michel.sommer@bienenberg.ch

Inscriptions : reception@bienenberg.ch

 

Pour aller plus loin…

Thérèse Hargot, Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), Albin Michel, 2016, 220 pages

War Room

Le film chrétien évangélique américain est un genre bien particulier ! Après des succès tels que « Fireproof » et « Facing the Giants », Alex Kendricks – pasteur, acteur, producteur, directeur et scénariste (!) – a sorti un nouveau film : « War room » qui signifie littéralement « salle de guerre ». Après en avoir abondamment entendu parler par diverses personnes dont certaines ont même transformé l’aménagement de leur maison suite à ce film,  je me suis résolue à le regarder moi-même.

L’histoire parle de Tony et Elizabeth Jordan, deux personnes afro-américaines qui ont réussi dans la vie : ils ont une adorable fille, une belle maison, des métiers qu’ils aiment. Alors qu’ils ont « tout pour être heureux », ils peinent à communiquer et Tony s’éloigne progressivement en s’investissant toujours plus dans une relation extra-conjugale. Elizabeth est désespérée et ne sait plus que faire. Le couple n’arrive plus à dialoguer et Tony se mure dans le silence. Ils vont à l’Église, mais cela ne change pas grand-chose à leur vie, jusqu’au jour où Elizabeth rencontre Miss Clara. Cette femme âgée explique à Elizabeth qu’elle doit mener un combat dans la prière en lui montrant qu’elle a deux choix : se battre contre sa famille en faisant éclater une guerre dans son foyer ou se battre pour sa famille en menant son combat dans la prière et en demandant à Dieu d’intervenir. Miss Clara lui montre alors la pièce préférée de sa maison : son placard. Elle l’a vidé de toutes ses affaires et en a fait sa « salle de guerre ». Dans cette pièce elle écrit les prières qu’elle adresse à Dieu. Miss Clara lui explique que c’est là qu’elle se rend pour élaborer une stratégie de combat spirituel. Tout comme Miss Clara, Elizabeth commence à prier pour son mari, pour son couple, pour sa famille et son combat s’étale sur tous les murs du placard. Le temps passé dans la prière modifie profondément ses relations familiales. Dieu répond miraculeusement à plusieurs reprises. Alors que son mari était au restaurant dans une autre ville avec sa maîtresse et qu’ils allaient passer la nuit ensemble, il se retrouve pris de violentes crampes abdominales. Tony est amené à prendre de la distance avec sa maîtresse et se rapproche à nouveau de sa famille et de Dieu.

Les films ont un effet puissant sur nous : il y a les images, les émotions qui y sont véhiculées, et toutes les identifications qui se passent de manière conscientes et inconscientes ! Il est donc nécessaire de réfléchir aux idées proposées.

Quelle guerre faut-il mener ?

Le film commence par plusieurs scènes de guerre. En tant que chrétienne, cela ne me laisse pas indifférente. Quel est l’intérêt de mettre le spectateur dans un climat de guerre ? Le rapprochement entre ces images de destruction et la pratique du combat spirituel sont dangereuses et l’histoire de l’Église l’illustre tristement. Les mots ont des définitions glissantes et le début de ce film est bien regrettable.

Les questions soulevées par cette introduction sont importantes : Quelle guerre le chrétien doit-il mener ? Qui est l’ennemi ? Quels sont les moyens à employer ? Quelle est la stratégie ? Il est crucial que le chrétien trouve une réponse à l’image du « Prince de Paix », Jésus.

Quelle stratégie dans la prière ?

Après les scènes de guerre, la voix off, dont on comprend par après qu’il s’agit de la voix de Miss Clara, déclare : « Il faut toujours une stratégie pour mener une bataille. » J’aurais été curieuse d’interroger d’autres spectateurs pour leur demander quelle « stratégie » ils dégagent de ce film. Différentes voix se feraient sûrement entendre. Est-ce le fait de prier de manière autoritaire en élevant la voix ? D’écrire ses prières? Est-ce le fait de répéter des paroles jusqu’à ce que Dieu les exauce ? Lorsque j’ai parlé de ce film à une amie qui n’avait vu que la bande annonce, elle a simplement dit : « Ah tu parles du film où ils expliquent comment mettre la pression sur Dieu jusqu’à ce qu’il obéisse ! » Replaçons les choses. Comme le dit Miss Clara furtivement dans le film : « La faveur de Dieu ne peut pas être manipulée ». Dieu est Dieu et les humains ses créatures. Aucun homme ne peut mettre « la pression » sur Dieu. Par grâce, ils peuvent s’approcher de lui et lui adresser leurs prières. Par grâce, il les entend et leur répond d’une manière ou d’une autre. Que les prières soient des paroles prononcées à voix forte dans un placard ou murmurée dans le silence, elles sont adressées à celui qui peut tout et connaît tout, Dieu.

Heureusement, le film est plus subtil que cela. Quelques éléments de l’histoire m’ont semblé particulièrement utiles dans cette perspective du combat spirituel :

  1. Le mur du souvenir. Miss Clara a un mur du souvenir où elle note les prières exaucées. Elle dit qu’elle aime le contempler lorsqu’elle est découragée. Cela lui rappelle que Dieu est aux commandes de la situation présente, comme il l’a été par le passé. Cette invitation à «  se souvenir» de ce que Dieu a fait est présente tout au long de la Bible, c’est une invitation porteuse de vie !
  2. « Je ne suis pas juge ». L’interpellation de Miss Clara a changé le regard d’Elizabeth : « Est-ce que je peux te demander combien tu pries pour ton mari ?» A travers la prière, Elizabeth choisit d’inviter Dieu à prendre sa juste place dans sa vie et dans son couple, cela lui donne une nouvelle place face à son conjoint. Elle reconnaît alors qu’elle n’est pas juge de son mari et elle implore Dieu de lui donner de l’amour pour son conjoint. Dieu intervient en quelque sorte comme un médiateur et l’aide à désamorcer la haine qu’elle éprouve. Parce qu’elle n’est pas juge de son mari, elle peut prier pour lui, comme l’a fait Jésus sur la croix (Lc 23.24).
  3. Bénir ses ennemis et prier pour ceux qui persécutent (Mt 5.44, Lc 6.28, Rm 12.14). Non seulement Elizabeth n’est pas juge, mais l’Esprit de Dieu lui apprend à souhaiter du bien à son mari. Bénir ses ennemis est une manière de choisir de nommer celui qui est à l’origine du mal : non pas l’époux ou la personne en face de soi, mais Satan.
  4. Obéir à ce que Dieu demande peu importe le coût. Elizabeth n’est pas seulement dans la demande. Elle est aussi prête à faire ce qui est juste et encourage son mari à faire de même. En faisant cela, ils affirment leur confiance en un Dieu qui les dépasse et qui sait ce qui est bon pour chacun d’eux et pour leur couple. A la fin du film, Dieu est devenu à la fois leur Sauveur et leur Seigneur.

Le combat spirituel n’est pas une manière de « faire plier Dieu », ni une guerre à mener contre le Diable puisque Jésus l’a déjà vaincu sur la croix. Le combat spirituel est celui de pouvoir dénoncer le mal pour ce qu’il est tout en restant fermement attaché aux enseignements de Jésus. Cela se traduit de manière toute concrète par les actes posés et les paroles prononcées en relation avec les autres. Le temps passé dans la prière permet ce recentrage essentiel à la vie de disciple et c’est précisément ce qu’a découvert Elizabeth dans son placard. Dieu ne répondra pas toujours immédiatement et les situations difficiles ne se résoudront probablement pas en 1h30 comme dans ce film, mais Dieu est présent par son Esprit pour continuer à indiquer le chemin à ceux qui le cherchent et qui placent leur confiance en lui.