A propos Marie-Noëlle Baecher-Yoder

D.E. d’éducatrice spécialisée, études de psychologie et de théologie aux Etats-Unis (Master de thérapie familiale et conjugale, Mennonite Brethen Seminary, Fresno), Certificat d’Études Francophones de Théologie Anabaptiste (CeFoR Bienenberg) et des études de théologie à la Faculté Protestante de Strasbourg en cours. Elle enseigne la théologie pastorale et l'éthique au centre de formation du Bienenberg. Elle est mariée et mère de deux enfants.

Le paradoxe de la conversion

À la question « qu’est-ce qu’un chrétien ? », les évangéliques répondront : « quelqu’un qui a vécu une expérience de conversion ». La conversion est l’étape d’un « choix personnel et d’un engagement individuel »[1] dont découle naturellement un baptême d’adulte.  L’accent est placé sur la réponse humaine personnelle qui est vue comme un choix individuel qui touche tous les domaines de la vie : l’intellect, les émotions,  la perception du sens de la vie et la vie relationnelle. En se convertissant, le chrétien fait le choix d’entrer dans une relation privilégiée et réconciliée avec le Dieu de Jésus-Christ mais aussi dans une communauté de foi : l’Église. Dans les milieux évangéliques, cette expérience est celle qui garantit l’authenticité de la foi : un chrétien converti est considéré comme un « vrai chrétien » par opposition à ceux qui s’identifient au christianisme uniquement en tant que tradition religieuse. Cette conversion peut être l’expérience de personnes qui ont grandi dans les milieux chrétiens, mais aussi de personnes extérieures, avec ou sans autre religion, qui ont été touchées par le message de l’Évangile.

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Ministère au féminin

40-ansL’année prochaine, cela fera 40 ans que la première femme enseignante, Marie-Noëlle von der Recke, a été embauchée au Bienenberg. 40 ans de ministère féminin, c’est un drôle d’anniversaire. Pas tout à fait 50, pas 100 non plus. Alors pourquoi lui donner de l’importance ? Si l’on pense à nos vies humaines, 40 ans est un âge charnière où l’on se questionne sur son identité. En regardant en arrière, on se dit qu’on a tout de même 40 années d’expérience derrière soi et que l’on sait qui on est et ce que l’on veut. 40 ans ce n’est pas rien ! Mais en regardant en avant, on se rend compte de toutes les questions qui demeurent et du potentiel d’évolution qu’il reste encore.

Comme se souvient Marie-Noëlle von der Recke, cela a demandé du courage au Centre de Formation du Bienenberg d’embaucher –exceptionnellement !- une femme malgré les résistances de certaines Églises et certains étudiants. Les femmes, arguaient certains « doivent se taire dans les assemblées » (1 Tm 2.12). Progressivement, l’idée d’une présence féminine a fait son chemin, les textes ont été réexaminés, l’expérience s’est avérée fructueuse et la présence d’enseignantes féminines au Bienenberg est devenue une évidence. Au début, Jacqueline Thimm enseignait ponctuellement (1968-1976) puis Marie-Noëlle von der Recke (1977-1985) a été embauchée en remplacement de Pierre Widmer. Marthe Ropp (1985-1989) a apporté sa pierre, suivie de Madeleine Bähler (1991-1997), Heike Geist (1998-2015) et Marie-Noëlle Yoder (depuis 2011).

Le regard sur ces 40 années passées est rempli de reconnaissance pour la complémentarité hommes-femmes vécue et transmise au Bienenberg. Les quatre enseignantes du Bienenberg  expriment spontanément leur reconnaissance pour le soutien et le respect des collègues masculins. Ceux-ci n’ont jamais questionné leur place, ni ce qu’elles pouvaient apporter en tant que théologiennes. Malgré les imperfections inhérentes à tout service humain, le simple fait de servir ensemble sans discrimination de sexe et en fonction des dons est déjà un avant-goût du Royaume. C’est ce qu’annonce la Pentecôte ! Nous constatons que cette complémentarité a porté du fruit et enrichi  la vie de nombreux étudiants et étudiantes tout au long des années. Le double regard, masculin et féminin, permet de mieux saisir la pertinence des textes bibliques pour la vie quotidienne.

Le regard vers l’avenir nous met aussi face aux défis qui subsistent : 40 ans d’enseignantes au Bienenberg, c’est à la fois beaucoup et peu. La situation dans les Églises mennonites est inégale et il n’y a toujours qu’une enseignante au Bienenberg alors qu’il y a 7 enseignants! Certaines assemblées s’interrogent encore sur l’idée même de la présence d’une femme au sein d’un ministère de direction. D’autres ont accepté le principe depuis bien longtemps. Bien que le ministère féminin soit souvent accepté en théorie, il n’est pas rare que cela se traduise difficilement dans la pratique.

A l’occasion de ce 40ème anniversaire, le Centre de formation du Bienenberg organise une journée de réflexion ouverte aux hommes et aux femmes : « 40 ans après… bilan intermédiaire sur la présence de pasteures et de théologiennes dans nos Églises », le 28 janvier 2017. Après une base biblique posée par Linda Oyer, un bilan sera fait sur les expériences passées :

  • Avec le recul, qu’est-ce qui a été utile ou au contraire, difficile ?
  • En quoi les Églises se sont-elles modifiées à travers le service des femmes salariées ?
  • Quels ont été les changements dans les discours ?
  • Quels sont les défis qui restent à relever, et quels nouveaux défis sont apparus ?

Mais cette journée a aussi vocation de traiter de sujets d’avenir pour nourrir la réflexion :

  • En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ?
  • Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ?
  • Les Églises se féminisent-elles ?
  • Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ?

Cette journée vise à encourager les hommes et les femmes des Églises mennonites de Suisse, de France et d’Allemagne à persévérer dans le service et la reconnaissance des dons que le Seigneur a confiés tout en prenant en considération les défis qui sont encore à relever. A noter dans les agendas !

War Room

Le film chrétien évangélique américain est un genre bien particulier ! Après des succès tels que « Fireproof » et « Facing the Giants », Alex Kendricks – pasteur, acteur, producteur, directeur et scénariste (!) – a sorti un nouveau film : « War room » qui signifie littéralement « salle de guerre ». Après en avoir abondamment entendu parler par diverses personnes dont certaines ont même transformé l’aménagement de leur maison suite à ce film,  je me suis résolue à le regarder moi-même.

L’histoire parle de Tony et Elizabeth Jordan, deux personnes afro-américaines qui ont réussi dans la vie : ils ont une adorable fille, une belle maison, des métiers qu’ils aiment. Alors qu’ils ont « tout pour être heureux », ils peinent à communiquer et Tony s’éloigne progressivement en s’investissant toujours plus dans une relation extra-conjugale. Elizabeth est désespérée et ne sait plus que faire. Le couple n’arrive plus à dialoguer et Tony se mure dans le silence. Ils vont à l’Église, mais cela ne change pas grand-chose à leur vie, jusqu’au jour où Elizabeth rencontre Miss Clara. Cette femme âgée explique à Elizabeth qu’elle doit mener un combat dans la prière en lui montrant qu’elle a deux choix : se battre contre sa famille en faisant éclater une guerre dans son foyer ou se battre pour sa famille en menant son combat dans la prière et en demandant à Dieu d’intervenir. Miss Clara lui montre alors la pièce préférée de sa maison : son placard. Elle l’a vidé de toutes ses affaires et en a fait sa « salle de guerre ». Dans cette pièce elle écrit les prières qu’elle adresse à Dieu. Miss Clara lui explique que c’est là qu’elle se rend pour élaborer une stratégie de combat spirituel. Tout comme Miss Clara, Elizabeth commence à prier pour son mari, pour son couple, pour sa famille et son combat s’étale sur tous les murs du placard. Le temps passé dans la prière modifie profondément ses relations familiales. Dieu répond miraculeusement à plusieurs reprises. Alors que son mari était au restaurant dans une autre ville avec sa maîtresse et qu’ils allaient passer la nuit ensemble, il se retrouve pris de violentes crampes abdominales. Tony est amené à prendre de la distance avec sa maîtresse et se rapproche à nouveau de sa famille et de Dieu.

Les films ont un effet puissant sur nous : il y a les images, les émotions qui y sont véhiculées, et toutes les identifications qui se passent de manière conscientes et inconscientes ! Il est donc nécessaire de réfléchir aux idées proposées.

Quelle guerre faut-il mener ?

Le film commence par plusieurs scènes de guerre. En tant que chrétienne, cela ne me laisse pas indifférente. Quel est l’intérêt de mettre le spectateur dans un climat de guerre ? Le rapprochement entre ces images de destruction et la pratique du combat spirituel sont dangereuses et l’histoire de l’Église l’illustre tristement. Les mots ont des définitions glissantes et le début de ce film est bien regrettable.

Les questions soulevées par cette introduction sont importantes : Quelle guerre le chrétien doit-il mener ? Qui est l’ennemi ? Quels sont les moyens à employer ? Quelle est la stratégie ? Il est crucial que le chrétien trouve une réponse à l’image du « Prince de Paix », Jésus.

Quelle stratégie dans la prière ?

Après les scènes de guerre, la voix off, dont on comprend par après qu’il s’agit de la voix de Miss Clara, déclare : « Il faut toujours une stratégie pour mener une bataille. » J’aurais été curieuse d’interroger d’autres spectateurs pour leur demander quelle « stratégie » ils dégagent de ce film. Différentes voix se feraient sûrement entendre. Est-ce le fait de prier de manière autoritaire en élevant la voix ? D’écrire ses prières? Est-ce le fait de répéter des paroles jusqu’à ce que Dieu les exauce ? Lorsque j’ai parlé de ce film à une amie qui n’avait vu que la bande annonce, elle a simplement dit : « Ah tu parles du film où ils expliquent comment mettre la pression sur Dieu jusqu’à ce qu’il obéisse ! » Replaçons les choses. Comme le dit Miss Clara furtivement dans le film : « La faveur de Dieu ne peut pas être manipulée ». Dieu est Dieu et les humains ses créatures. Aucun homme ne peut mettre « la pression » sur Dieu. Par grâce, ils peuvent s’approcher de lui et lui adresser leurs prières. Par grâce, il les entend et leur répond d’une manière ou d’une autre. Que les prières soient des paroles prononcées à voix forte dans un placard ou murmurée dans le silence, elles sont adressées à celui qui peut tout et connaît tout, Dieu.

Heureusement, le film est plus subtil que cela. Quelques éléments de l’histoire m’ont semblé particulièrement utiles dans cette perspective du combat spirituel :

  1. Le mur du souvenir. Miss Clara a un mur du souvenir où elle note les prières exaucées. Elle dit qu’elle aime le contempler lorsqu’elle est découragée. Cela lui rappelle que Dieu est aux commandes de la situation présente, comme il l’a été par le passé. Cette invitation à «  se souvenir» de ce que Dieu a fait est présente tout au long de la Bible, c’est une invitation porteuse de vie !
  2. « Je ne suis pas juge ». L’interpellation de Miss Clara a changé le regard d’Elizabeth : « Est-ce que je peux te demander combien tu pries pour ton mari ?» A travers la prière, Elizabeth choisit d’inviter Dieu à prendre sa juste place dans sa vie et dans son couple, cela lui donne une nouvelle place face à son conjoint. Elle reconnaît alors qu’elle n’est pas juge de son mari et elle implore Dieu de lui donner de l’amour pour son conjoint. Dieu intervient en quelque sorte comme un médiateur et l’aide à désamorcer la haine qu’elle éprouve. Parce qu’elle n’est pas juge de son mari, elle peut prier pour lui, comme l’a fait Jésus sur la croix (Lc 23.24).
  3. Bénir ses ennemis et prier pour ceux qui persécutent (Mt 5.44, Lc 6.28, Rm 12.14). Non seulement Elizabeth n’est pas juge, mais l’Esprit de Dieu lui apprend à souhaiter du bien à son mari. Bénir ses ennemis est une manière de choisir de nommer celui qui est à l’origine du mal : non pas l’époux ou la personne en face de soi, mais Satan.
  4. Obéir à ce que Dieu demande peu importe le coût. Elizabeth n’est pas seulement dans la demande. Elle est aussi prête à faire ce qui est juste et encourage son mari à faire de même. En faisant cela, ils affirment leur confiance en un Dieu qui les dépasse et qui sait ce qui est bon pour chacun d’eux et pour leur couple. A la fin du film, Dieu est devenu à la fois leur Sauveur et leur Seigneur.

Le combat spirituel n’est pas une manière de « faire plier Dieu », ni une guerre à mener contre le Diable puisque Jésus l’a déjà vaincu sur la croix. Le combat spirituel est celui de pouvoir dénoncer le mal pour ce qu’il est tout en restant fermement attaché aux enseignements de Jésus. Cela se traduit de manière toute concrète par les actes posés et les paroles prononcées en relation avec les autres. Le temps passé dans la prière permet ce recentrage essentiel à la vie de disciple et c’est précisément ce qu’a découvert Elizabeth dans son placard. Dieu ne répondra pas toujours immédiatement et les situations difficiles ne se résoudront probablement pas en 1h30 comme dans ce film, mais Dieu est présent par son Esprit pour continuer à indiquer le chemin à ceux qui le cherchent et qui placent leur confiance en lui.

Histoire de loups et de bergers

structure meuteCette image qui illustre le déplacement d’une meute de loups a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Les trois premiers loups sont encerclés en jaune. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ce ne sont pas les loups dominants, dits « alpha », mais les plus vieux ou les plus malades. Le groupe avance à leur rythme. Les loups savent que si les plus faibles marchaient derrière, ils seraient vite distancés par la meute ou ils seraient des proies faciles lors d’une attaque. Ils sont donc suivis par cinq loups forts et puissants (entourés en rouge) qui peuvent les protéger du danger. Ensuite, il y a le reste des loups, puis à nouveau cinq loups forts et puissants et enfin, tout derrière, « l’alpha » chef de meute. Depuis sa position, il contrôle le groupe, décide de la direction à prendre et anticipe les attaques des adversaires. L’ensemble de la meute avance donc au rythme des faibles, sous la protection des plus forts et avec la direction donnée par un leader qui veille à la bonne coordination de la meute.

Cette image m’a beaucoup interpelée concernant le leadership au sein de l’Église. Dans beaucoup d’Églises, on s’imagine le pasteur – ou le groupe d’anciens – comme un chef charismatique qui avance avec une vision claire dans une direction entraînant le troupeau à sa suite. Le pasteur est alors comme un PDG qui dirige son entreprise. Seulement que se passe-t-il quand un des membres est faible, souffre, se pose des questions existentielles ou ne peut tenir la cadence ? Un tel leadership est stimulant pour les forts, mais laisse souvent les faibles sur le carreau. Certains seront stimulés à « rattraper la meute », mais d’autres se retrouveront distancés et ultimement abandonnés en position de vulnérabilité.

A quoi ressemblerait une Église qui avancerait au pas des plus faibles ? Cette idée est assurément à contre-courant dans notre société. Cela implique une vision claire de l’appel de l’Église : protéger les plus vulnérables au nom de Dieu et permettre que le peuple de Dieu puisse arriver ensemble à bon port. L’Église est un peuple où les forts encouragent les plus faibles à continuer leur route, par des paroles, des prières, des gestes, et de l’aide concrète. La vie est ainsi faite que les « forts » peuvent passer par des phases où ils auront besoin d’être soutenus et que les « faibles » ne le sont pas éternellement. L’Évangile montre à quel point ces catégories de forts et de faibles se confondent dans une vie de foi ! Cela veut dire que tous peuvent bénéficier de la dynamique de cette vie communautaire par la grâce de Dieu. Quelle belle vision : une Église qui sait questionner ses projets ou au contraire innover pour que ceux qui peinent puissent y trouver leur place et être entourés et encouragés ! Dans une telle Église, le rôle des responsables, les « loups forts », est de veiller à la bonne marche du troupeau et à avertir des dangers éventuels qui le menacent. Soyons convaincus que Dieu, l’ultime alpha marche lui-même à notre suite, nous guidant et nous avertissant des dangers.

Dormir avec du pain

pain« Pendant les bombardements de la 2de guerre mondiale, des milliers d’enfants orphelins souffraient de la faim. Les plus chanceux ont été secourus et placés dans des camps de réfugiés où ils recevaient de la nourriture et où l’on s’occupait bien d’eux. Cependant, beaucoup d’entre eux avaient du mal à s’endormir le soir. Ils craignaient de s’endormir de peur de se réveiller à nouveau sans abri et sans nourriture. Rien ne pouvait les rassurer. Un jour, quelqu’un a eu l’idée brillante de donner à chaque enfant un morceau de pain à serrer dans ses bras. En tenant ce pain, ces enfants pouvaient enfin dormir en paix. Pendant toute la nuit, le pain leur rappelait qu’ils avaient mangé durant la journée et qu’ils mangeraient encore le demain. » (Linn, Sleeping with bread. Holding what gives you life)

Quand une nouvelle année commence, certains l’amorcent confiants avec une bonne dose d’optimisme et d’autres l’appréhendent. Pour la plupart des personnes, appréhension et confiance se mélangent. Les craintes nous viennent naturellement : serai-je à la hauteur cette année ? Que va-t-il se passer pour moi ? Où est-ce que je serai à Noël prochain ? Quels seront les défis que j’aurai à relever ? Est-ce que je vais perdre quelqu’un cette année ? Notre foi se met alors en tension avec ces inquiétudes. « Ne vous inquiétez pas » (Mt 6.34), nous dit Jésus. Dans la prière, nous lui remettons alors chaque souci, chaque question et apprenons à marcher avec lui dans la confiance. Confiance, qu’il ne nous abandonnera pas. Confiance, qu’il marchera avec nous et nous soutiendra peu importent les circonstances. Comme ces enfants, nous devons alors apprendre à « dormir avec du pain », avec ce qui nous nourrit et nous rassure.

Saint Ignace a proposé un exercice qui permet de « dormir avec du pain », de goûter chaque jour à la présence de Dieu et de l’emmener avec nous quand vient la nuit. Il l’a appelé « l’examen de conscience ». Il y a différentes manières de le pratiquer seul ou en groupe. On peut allumer une bougie pour symboliser la présence de Dieu et se poser ces deux questions en toute honnêteté :

  1. A quel moment me suis-je senti le plus proche de Dieu aujourd’hui ?
  2. A quel moment me suis-je senti le plus loin de lui ?

Deux éclairages illuminent alors notre journée, notre semaine, notre année. Le premier est un regard de reconnaissance pour les bienfaits de Dieu. Le second appelle l’intercession ou la confession. Il peut y avoir une charge que nous voulons remettre à Dieu dans la prière ou une grâce que nous lui demandons afin de nous mettre en route à nouveau. Cet exercice tout simple, nous permet de nous souvenir du pain reçu de notre Dieu dans la journée, la semaine ou l’année écoulée. Que la journée soit lumineuse ou obscure, nous pourrons y trouver la trace de l’amour de Dieu pour nous. Cela ne nous empêchera pas de poser nos questions, confesser nos erreurs et d’exprimer nos doutes à celui qui peut tout entendre. Nul doute, Dieu nous donnera le pain qu’il nous faut pour être rassurés et avancer avec confiance dans cette nouvelle année.

Bonne année!

Écho de la montagne

La_vallee_de_la_Jordanne_vu_du_Puy_MarybCet été nous sommes allés en Auvergne en famille et avons profité de la belle diversité de la création. J’ai été époustouflée par la hauteur des volcans et la beauté des panoramas. Le plus grand défi que nous avons relevé en couple a été de gravir le Puy Mary, un volcan de 1783 mètres nommé d’après un évangéliste du IIIe siècle. Alors que nous amorcions l’ascension du volcan, un chant appris dans l’enfance est venu à mon esprit : « Je veux monter sur la montagne, c’est là que l’on rencontre Dieu, c’est là que la joie nous inonde et que pour nous s’ouvrent les cieux. Je veux laisser les joies du monde, et me tenir tout près de Dieu, je veux monter sur la montagne, c’est là que l’on est heureux ! » (Chœurs Joyeux n°240) Rencontrer Dieu sur la montagne? Bien sûr, Dieu se rencontre partout et pourtant, la montagne par son caractère imposant affirme haut et fort que Dieu est grand ! Cette rencontre a été rafraichissante. Notre Dieu est comme un diamant qui a de multiples facettes que nous pouvons découvrir différemment dans différents endroits et dans différentes situations. Il se rencontre différemment dans la lumière tamisée d’une chambre et soumis aux vents en haut d’un volcan !

Face à la montagne, je retrouvais ma juste place, celle d’une créature face à son Créateur. C’est le lieu de l’humilité, mais aussi celui de la sécurité et de l’espérance. En proie au doute et au désespoir, le psalmiste a écrit « Je lève les yeux vers les montagnes, d’où me viendra le secours ? ». La réponse s’est imposée d’elle-même, à lui comme à moi, « le secours me vient de Dieu qui a fait la terre et les cieux » (Psaume 121). Devant la grandeur de la nature, il n’y a nul doute. Si Dieu est le créateur de tout cela, il est plus grand que ma vie, plus grand que mes doutes et que mes problèmes. La nature à l’avantage de mettre la vie en perspective, et Dieu sait à quel point nous en avons besoin.

La montagne n’est pas le lieu de l’immédiateté, elle est le lieu où l’on goûte à l’éternité, à la pérennité et à la fidélité de Dieu. Face au volcan, je retrouvais un juste rapport au temps. Dans ce monde où tout va si vite, cela m’a fait du bien de marcher pas après pas sur une montagne formée il y a au moins 540 millions d’années ! Le projet de Dieu me dépasse, il a commencé bien avant moi et il continuera après moi. Par sa grâce, je peux y participer pour le fragment de temps que dure mon existence.

Alors que la rentrée approche et que nous regagnons tous nos intérieurs contrôlés et tempérés « juste comme il faut », souvenons-nous de ces expériences dans la nature, les forêts, les montagnes ou face à l’océan et ne perdons pas l’occasion de les renouveler régulièrement pour gagner en foi, en sécurité et en perspective pour notre vie de tous les jours.

Nouvelle parution dans la collection « Perspectives Anabaptistes »

dismoicequetucroisAujourd’hui, partout dans le monde, que ce soit en Afrique, en Europe ou en Amérique du Nord, des millions de musulmans et des chrétiens se côtoient. Ils habitent dans les mêmes quartiers, travaillent dans les mêmes entreprises, leurs enfants fréquentent les mêmes écoles. Ils ont chacun leurs propres convictions religieuses, mais, souvent, ne dialoguent pas.

Dans ce livre, un musulman et un chrétien ouvrent pour nous la voie de l’écoute et du témoignage. Les questions qu’ils abordent sont importantes: ils réfléchissent à la condition humaine, à Dieu, au salut, et aux points communs et aux différences entre l’islam et le christianisme sur ces sujets.

Alors que, dans de nombreux endroits du monde, les relations entre chrétiens et musulmans sont conflictuelles, les auteurs, Badru Kateregga et David Shenk, proposent une autre façon de se rencontrer: un dialogue authentique, dans l’accord comme dans le désaccord, entre des personnes qui se respectent.

Lien vers la page du livre (table des matières et présentation des auteurs)

 

Famille ou Église?

perdu-le-chemin-12165« S’il y avait plus de 24 heures dans une journée, ce serait plus facile de combiner service dans l’Église et vie de famille ! ». Cette tension entre les deux est assurément une des grandes questions pour la vie de service aujourd’hui. La Bible elle-même nous renvoie des messages qui peuvent à première vue sembler contradictoires : d’un côté, elle nous encourage à laisser notre famille pour nous occuper du royaume de Dieu (Mt 10.34-49, 12.46-50  ; Lc 14.24-27, 9.57-62 ; 1 Co 7.29-34), de l’autre, elle nous rappelle à quel point il est important de s’occuper de notre famille (Dt 24.5 ; Mt 15.1-9 ; 1 Tm 5.4, 8).

Pour toute personne qui se sent concernée par le projet de Dieu par son église, deux questions cruciales se posent : Comment servir l’église sans négliger sa propre famille ? A l’inverse, comment s’occuper de sa famille sans devenir tellement autocentré sur cette dernière, au point d’en oublier le projet de Dieu qui la dépasse ? La question n’est pas simple et il y a besoin d’une bonne dose de créativité et d’humilité pour lui trouver une réponse (temporaire) qui convienne.

Dès la création, Dieu a utilisé des familles (imparfaites) pour accomplir son plan et il continue à le faire aujourd’hui avec celles qui se mettent à son service. La réalité est que l’église locale a besoin des familles et que les familles chrétiennes ont besoin de l’église locale. La famille n’est certes pas l’église, mais des parents chrétiens peuvent inscrire leur projet familial dans la perspective du royaume de Dieu. Leurs enfants, alors, jusqu’à ce qu’ils parviennent à l’âge de leur propre décision, sont comme des « satellites dans le champ gravitationnel de leurs parents » (Henri Blocher). Ils peuvent donc légitimement participer à la vie de l’Église, même s’ils n’ont pas encore opéré le choix volontaire de la rejoindre.

Quelques questions peuvent nous interpeller dans notre cheminement vers un équilibre :

  • Comment notre famille peut-elle participer ensemble à la vie de l’Église locale?
  • Si nos familles sont des « écoles de communion» (Jean-Paul II), quelle place y tient notre vie de foi ?
  • Quel modèle d’engagement laissons-nous à nos enfants ? Est-il équilibré ?
  • Si nous avons l’impression que notre vie est saturée, par quoi est-elle saturée ? Nos loisirs sont-ils à leur juste place ?

Que le Père « de qui dépend toute famille dans les cieux et sur la terre » (Ep 3.14) nous vienne en aide dans ce domaine délicat. Qu’il nous donne l’équilibre propre à notre situation familiale présente, et la grâce qui couvre nos échecs.

Le fauteuil vide

Soeur-CristinaLa pochette du nouveau CD de Sœur Cristina, la religieuse gagnante de l’émission italienne « The Voice » a retenu mon attention. Elle y pose à côté d’un gros fauteuil vide. Quand on l’interroge à ce sujet, voici ce qu’elle explique : « C’est pour laisser la place à quelqu’un de plus important que moi… et aussi pour montrer que chacun peut être accueilli à un moment de sa vie. » Alors que le principe même de l’émission est de devenir « THE Voice » (LA voix), l’attitude de sœur Cristina dénote. Elle rappelle qu’elle n’est que la servante de celui qui mérite le grand fauteuil. Par grâce, elle peut se tenir à côté.

Le fauteuil du Maître laissé libre est disponible pour accueillir ceux qui se savent « pauvres », pour ceux qui en ont besoin. Jésus n’a eu de cesse d’accueillir et d’insuffler l’espérance à ceux qui croisaient sa route. Il a quitté le grand fauteuil pour accueillir et se mettre au service de ceux qui en avaient besoin (Ph 2.6-11). à sa suite, les chrétiens sont appelés à recevoir son Esprit et à pratiquer l’hospitalité envers tous. La puissance du royaume des cieux se manifeste lorsqu’à la suite de leur Maître, les chrétiens se préoccupent de l’accueil et du service des étrangers, des démunis, des malades et des pauvres, des affligés et des personnes en deuil. Ils proclament ainsi la justice de Dieu.

Quelle magnifique image d’un accueil à double sens : l’accueil de Dieu et l’accueil des autres qui se trouvent au cœur de l’évangile! Les recommandations de l’apôtre Paul trouvent là une résonance tout particulière : « Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu » (Rm 15.7). Quand nous réalisons que le Christ nous a accueillis « jusqu’au bout », cela nous questionne au sujet de nos relations les uns avec les autres : où sommes-nous assis ? Dans le fauteuil confortable en maître de notre vie ou à côté ? Si nous sommes assis à côté du fauteuil vide, qui le remplit en attendant ? Lorsque nous nous accueillons les uns les autres comme le Christ nous a accueillis, Dieu est glorifié et le royaume des cieux se rapproche.