Une ressource pour les groupes de maison

En ces jours de rentrée, vous êtes peut-être à la recherche d’une ressource pour animer un groupe de maison. L’union d’Église de la Free met gratuitement à la disposition de tous 18 émissions sur le « sermon sur la montagne ». L’enseignant, Claude Baecher, est l’ancien directeur du centre de formation du Bienenberg. Les fiches d’animation des séances d’études sont, elles aussi, disponibles en ligne. Et si cette année était celle de la découverte du plus long discours de Jésus?

La découverte de Victor, le Hollandais

11A_8389En 2013, mettant à profit un compte épargne-temps, j’ai pu marcher pendant trois mois depuis chez moi, en région parisienne, jusqu’à l’extrémité ouest de l’Espagne à Saint-Jacques de Compostelle. En France j’ai emprunté, pendant un long moment, la voie dite de Vézelay qui est, en fait, très peu fréquentée. J’ai passé des journées entières sans rencontrer d’autre pèlerin. Mais, alors que je traversais le Sud-Ouest de la France, j’ai rencontré un Hollandais avec qui j’ai cheminé quelques jours. Victor (c’est son nom) effectuait sa deuxième marche vers Compostelle. Du coup, la conversation a naturellement roulé vers la question de savoir ce qu’il avait retenu de la première fois.

Victor, tout en s’intéressant aux questions religieuses, disait ne pas avoir la foi. Il s’était lancé dans une première marche 5 ou 6 ans auparavant, en voyant la retraite approcher et en se demandant ce qu’il allait faire lorsqu’il n’aurait plus de travail salarié. Mais, à ses propres dires, il n’a pas spécialement médité sur cette question en marchant. Il s’est rapidement retrouvé en compagnie d’une personne présentant un léger handicap physique qu’il a accompagnée jusqu’au bout. Et puis, une fois rentré chez lui, la découverte qui lui est restée est « qu’il avait assez ». J’aurais pu, me dit-il, prolonger ma carrière professionnelle pour accumuler plus d’argent. J’aurais pu essayer d’avoir une maison plus confortable. Mon épouse, elle aussi, aurait pu continuer à travailler pour augmenter les revenus du ménage. Mais j’avais assez, nous avions assez.

Victor avait pris sa retraite quand je l’ai rencontré. Il fait, entre autres choses, des travaux photographiques assez originaux. Il a, par exemple, photographié des sœurs religieuses d’une congrégation proche de chez lui, pendant leur vie monastique. Il m’a montré l’appareil photographique, relativement simple (sans être non plus du bas de gamme), qu’il utilisait. Je pourrais, m’a-t-il dit, avoir un appareil plus perfectionné, mais j’ai assez.

Cette découverte me semble assez récurrente lorsque l’on marche sur le Chemin de Saint-Jacques. Pour mes trois mois, j’ai emporté, en tout et pour tout, un sac de 8 kilos (plus, quand même, une carte bancaire !). Et, alors que l’on vit dans une simplicité inhabituelle, la vérité est que l’on se sent incroyablement allégé.

Il y aurait beaucoup à dire sur nos modes de vie malades de la surcharge. Mais pour les considérer avec un autre regard il faut quelque chose de l’ordre de la conversion. Combien de chrétiens oseraient proclamer, aujourd’hui, qu’ils ont assez ?

Article écrit par Frédéric de Coninck

Traduttore, traditore

Dscn0122J’aimerais vous parler de traduction.

Traduire, c’est déjà un art en soi.

Connaissez-vous l’expression « traduttore, traditore » ? C’est une expression italienne qui signifie que celui qui traduit, trahit (le texte). Cette expression parle de la difficulté inhérente à la tâche qu’est la traduction. Celle-ci ne peut jamais parfaitement respecter, c’est-à-dire rendre le texte de l’œuvre originale tel qu’il a été créé par son auteur.

Dans la théorie de la traduction, il y a plusieurs règles dont celle que le produit de la traduction doit être cohérent en lui même, et une autre qui dit que la traduction doit être cohérente avec le texte source.

Mais, il n’y a qu’à regarder les rayons des librairies chrétiennes pour constater que, malgré les difficultés, la traduction n’est pas impossible. Le traducteur Pierre Levris a d’ailleurs dit en réponse à ce dicton italien: « Traduire, c’est avoir l’honnêteté de s’en tenir à une imperfection allusive ». Le traducteur, s’il ne prétend pas atteindre la perfection par sa traduction, reste conscient de l’altérité du texte.

Ainsi, nous trouvons différentes versions de la Bible, toutes élaborées selon des critères différents et répondant à différents besoins.

Par exemple, les deux premiers versets du Psaume 1 sont traduits par différentes versions comme suit:

Heureux l’homme qui ne marche pas selon les conseils des méchants, qui ne va pas se tenir sur le chemin des pécheurs, qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs. Toute sa joie il la met dans la Loi de l’Eternel qu’il médite jour et nuit. (Bible du Semeur)

Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel et la médite jour et nuit! (Segond21)

Ici, chaque traducteur ou équipe de traducteurs a fait son choix sur la façon de rendre le texte hébreu, appuyé par sa compréhension du texte et sa théologie.

Quant à moi, j’ai choisi de traduire par:

Bonheur de l’homme qui ne marche pas dans le conseil des méchants,
ni se tient dans le chemin des pécheurs,
et qui ne s’installe pas dans les habitations des moqueurs !

Mais qui a son plaisir dans la Torah du Seigneur,
et qui médite dans sa Torah de jour comme de nuit.

Ce principe, il me semble, vaut aussi pour la vie. Car même si nous ne traduisons pas tous le texte depuis l’hébreu ou le grec, nous le traduisons de la Parole écrite à la Parole en action dans nos vies. Car, que dit aussi la théorie de la traduction ? Que la traduction est une action.  Vu sous cet angle, nous sommes tous des traducteurs. Nous sommes tous appelés à mettre en action la Parole, de la traduire dans nos vies ; et comme une traduction, nos vies doivent être cohérentes, et cohérentes avec notre texte-source.

Cette traduction de la Parole dans nos vies commence par l’étude de celle-ci. En Jean 5, Jésus parle de gens qui scrutent les Écritures, et que ce sont les Écritures qui lui rendent témoignage.

Le mot grec traduit ici par « scruter ou sonder » dans le verset de Jean 5 signifie: strict, serré, avec diligence, sonder, être curieux. C’est ainsi qu’agit un homme qui cherche de l’or, ou des chasseurs qui traquent du gibier. Notre façon de lire et étudier la Bible doit s’en inspirer – toujours à l’affut, pas  satisfaits d’avoir lu superficiellement un chapitre ou deux, mais en cherchant la signification des mots dans leur contexte et en évitant des raccourcis.

Quels peuvent être ces raccourcis ? Lire et comprendre la Bible comme…

  • une collection de lois, de prescriptions sur ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.
  • une liste de bénédictions et de promesses.
  • si elle était un test de Rorschach : en projetant sur elle ce qu’on veut y voir.
  • un grand puzzle. Une fois « résolu », on sait ce que dit la Bible avant même de l’avoir ouverte parce qu’on a déjà tout compris.

Alors, comment lire ?

Il me semble qu’il y a deux choses importantes, voire essentielles pour la lecture de la Bible :

  • La conviction que le Christ est le centre depuis lequel les Écritures doivent être interprétées et
  • Une herméneutique communautaire, c’est-à-dire un processus d’interprétation à l’intérieur de la communauté et en communauté.

Lire la Bible en post-chrétienté demande une approche centrée sur le Christ, enracinée dans la communauté, ouverte à l’Esprit et qui admet qu’il n’y a pas que du noir et du blanc.

  • Jésus illustre parfaitement ce que l’Ancien Testament veut dire quand il parle d’aimer Dieu « avec tout son cœur, toute son âme et avec toute sa force[1]» et « d’aimer son prochain comme soi-même[2] », qui sont pour lui les plus grands des commandements. Ainsi, pour lui, les choses les plus importantes de la Loi sont la justice, la miséricorde et la foi[3].
  • Toute lecture christocentrique devrait améliorer notre amour de Dieu et du prochain et contribuer à ce que justice, miséricorde et foi grandissent. Plutôt que de voir tout en des termes de prophétie et leur accomplissement, lisons la Parole à la lumière de la vie de Jésus pour apprendre comment agir avec amour, justice et équité, et pour devenir des artisans de paix, des collaborateurs et les mains de Dieu dans ce monde afin de participer à la mission de Dieu ici et maintenant.

Le texte biblique est le fondement de l’imagination prophétique de l’Église. Tout comme Jésus était créatif dans son interprétation de la Bible et de la tradition (« On vous a dit, mais moi je vous dis… »), nous devons nous aussi l’être et adapter notre lecture et notre communication de l’Évangile à la vie dans le monde contemporain.

Article écrit par Diana Schärer.

[1] Dt. 6,5

[2] Lv. 19,18

[3] Mt. 23,23

La pratique du mariage, l’interprétation biblique et le discernement de l’Église

À une époque où l’image du mariage se modifie rapidement dans les sociétés occidentales et où les institutions gouvernementales ont légalement reconnu le
mariage entre personnes de même sexe, l’Église doit décider : devons-nous suivre
cette tendance ? Dans un article initialement publié dans The Mennonite en janvier 2016, Darrin W. Snyder Belousek exprime sa position avec sensibilité et pertinence biblique.

La version courte de l’article, traduit en français par Améline Nussbaumer, est disponible sur la page ressource du CeFoR. Une version plus longue, plus documentée de l’article (en anglais) est disponible ici. Bonne lecture, et bon discernement!

 

Gelassenheit: tout laisser…

Jésus tempête 2Utiliser le mot Gelassenheit dans une conversation courante ferait savant. Une manière anabaptiste d’étaler sa culture germanique. Pour les plus érudits, ce terme fleure bon la mystique médiévale ou la philosophie heideggerienne.

Pourtant, la Gelassenheit est exactement le contraire de l’orgueil ou de la pédanterie. Ce mot allemand exprime la plus grande humilité, la capacité à abandonner son Ego entre les mains de Dieu.

Cette idée se trouve effectivement chez les philosophes mystiques de la fin du Moyen Age : Maître Eckhart, Jean Tauler, Henri Suso, et même Martin Luther. Abandon contemplatif de soi-même pour retrouver l’union avec Dieu, elle a aussi un sens plus dynamique – Gottesverlassenheit ou Gelassenheit in Gottes Wille – avec l’idée de s’en remettre entièrement à la volonté de Dieu.

Les premiers anabaptistes – dont certains sortaient des couvents ou des universités médiévales – ont repris ce terme pour exprimer l’orientation de leur existence. Ils avaient découvert que la grâce n’est pas un vain mot ; elle comble, elle bouleverse. L’amour en Dieu n’est pas extérieur à la vie présente. Il réclame un don total. Devenir disciple de Jésus exige de marcher à la suite de son Seigneur, dans une attitude de confiance et d’obéissance.

Gelassenheit est difficile à traduire en français. Certains ont essayé laissitude (sic!)… Les traductions habituelles de l’allemand – soumission, humilité, renonciation – restent imparfaites. On les complète avec leurs conséquences : calme, contentement, tranquillité d’esprit. Mais il leur manque un dynamisme existentiel. L’étymologie, qui renvoie au verbe lassen, est intéressante. Lassen, en allemand, peut signifier laisser, mais aussi faire. Tout laisser, pour faire la volonté du Seigneur et aussi pour le laisser faire toutes choses en nos vies, voilà ce qu’exprime la Gelassenheit. Cela nous ramène à la Bible.

La Gelassenheit rappelle l’abaissement du Fils de Dieu, venu pour faire, non pas sa propre volonté, mais la volonté de Celui qui l’a envoyé. (Jn 6,38) Elle se vit dans sa Passion : Père, que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise. (Lc 22,42) Elle caractérise l’offrande de son existence : Ma vie, je la donne de moi-même. (Jn 10,18)

La Gelassenheit fonde la vie du disciple de Jésus : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer… à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. (Lc 14,26) Elle fait entrer dans une attitude d’obéissance, d’humilité, de refus de la puissance et de la violence, d’abandon confiant en Dieu pour les besoins de chaque jour et dans la persécution. Le Sermon sur la Montagne (Mt 5-7) en représente une expression concrète. Elle se manifeste dans la réponse des premiers disciples à l’appel de Jésus : Laissant tout, ils le suivirent (Lc 5,11).

Tout laisser pour le Christ, voilà fondamentalement ce que signifie la Gelassenheit. Les amish[1] utilisent le mot uffgewwe dans leur allemand de Pennsylvanie – aufgeben en allemand, ou to give up en anglais : renoncer, céder, abandonner Tout abandonner, s’abandonner soi-même, pour le Christ et pour les frères et sœurs… Laisser derrière soi la confiance orgueilleuse dans les richesses, le pouvoir, dans ses projets, sa volonté propre, sa tendance à vouloir maîtriser l’avenir. S’abandonner en Dieu pour suivre le Christ, dans la vie comme dans la mort.

Laisser, s’abandonner, ces deux verbes expriment la substance de la Gelassenheit. Laisser son Moi ; s’abandonner entre les mains du Seigneur, accepter joyeusement la volonté de Dieu. Suivre le Christ dans sa kénose, dans son anéantissement : Il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur (Ph 2,7). Il va sans dire qu’elle situe le disciple de Jésus complètement à contre courant des sociétés humaines.

Vivre la Gelassenheit exige donc un combat spirituel, pour laisser dans sa vie toute la place au Christ. L’apôtre parlait de la mort du vieil homme (Rm 6,6). Mais ce combat présente l’immense avantage d’une victoire assurée, parce que le Christ est toujours vainqueur. C’est un combat dont l’issue est la paix et la joie, selon les promesses de Jésus (Jn 14,27 ; 15,11). « Si nous ne nous donnons pas totalement au Christ… nous ne trouverons jamais la totale liberté intérieure et la paix promises dans l’Evangile. » (J. Heinrich Arnold) Jésus ouvre un chemin dans lequel perdre sa vie, c’est la gagner (Mt 10,39).

Nous croyons qu’en l’homme Jésus a brillé en plénitude la lumière de Dieu. L’anabaptisme, dès ses débuts, a affirmé que la restauration en l’homme de l’image de Dieu appartient à la dynamique du salut. La Gelassenheit n’a d’autre but que de laisser en nous vivre le Christ. Les disciples de Jésus trouveront alors la paix avec lui, même dans la tempête. Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? (Mt 8,26), leur dit le Seigneur. Non pas comme un reproche, mais comme un chemin. Félix Mantz, l’un des premiers anabaptistes de Zurich, reprenait, sur le lieu de son exécution (1527), les paroles de son Maître, aboutissement ultime de la Gelassenheit : In manus tuas, Domine, commendo spiritum meum – En tes mains, Seigneur, je remets mon Esprit.

François Caudwell

[1]J’ai rédigé deux petites études, avec références bibliographiques, où je précise la notion de Gelassenheit chez les premiers anabaptistes et les amish : F. Caudwell, Suivre Jésus, un chemin de paix – Aspects de la spiritualité anabaptiste, Saarbrücken, Editions Croix du Salut, 2015. Particulièrement les pages 21-22, 37-41.

Voir surtout l’article Gelassenheit de Robert Friedmann, dans la Mennonite Encyclopedia. En ligne : http://gameo.org/index.php?title=Gelassenheit

 

Justice et grâce de Dieu

obelic

Pour le dernier article de l’année 2015, nous donnons la parole à l’un de nos étudiants FBSA, Frédéric Nicolet.

Le « mélange » de justice et de grâce qui caractérise Dieu continue de m’interpeler et de m’émerveiller.

En effet:

  • Dieu est parfaitement juste
  • Dieu est plein de grâce

… et pourtant, la justice ce n’est pas la grâce…

… même plus: la grâce, ce n’est pas juste !

Justice et grâce: 2 attributs qui sont à première vue incompatibles !

Il suffit, pour bien comprendre la tension qu’il y a entre ces 2 attributs, d’imaginer un criminel condamné à 10 ans de prison (justice) sortant libéré après seulement 2 ans parce que le président de la République l’a gracié: ce n’est pas juste à mais c’est de la grâce !

Si la grâce de Dieu envers les non-croyants m’émerveille, parce que Dieu est toujours prêt à offrir le cadeau de la grâce à qui se repent, il m’a fallu un peu plus de temps pour imaginer comment ressembler à Dieu dans ces attributs. Je ne suis pas un « intellectuel », et la représentation des choses spirituelles par des exemples de la vie de tous les jours m’aide à les assimiler. Finalement, Jésus n’a-t-il pas enseigné à de nombreuses reprises par des paraboles ?

Donc, pour ce qui est de « justice » et « grâce », je vous propose une image: celle du corps humain, notre corps, constitué d’un squelette et de chair.

  • Le squelette, c’est comme la justice: c’est solide, rigide, inflexible, ça ne change pas, … et c’est indispensable pour que le corps tienne debout …
    … sinon, on serait des limaces… et les limaces, elles prennent la forme du monde dans lequel elles évoluent !
  • Mais autour du squelette, il y a de la chair, des muscles, des nerfs, etc.: c’est comme la grâce. Bien entendu, en regardant un individu, on reconnaît la forme de son squelette, mais il est enrobé de chair.
    Et la chair est aussi indispensable que le squelette:

    • c’est ce qui permet à l’ensemble de bouger (muscles), d’aller à la rencontre de l’autre; c’est ce qui donne de la dynamique (alors que le squelette est statique)
    • c’est ce qui permet de ressentir les choses et/ou les autres: les voir, les toucher, leur transmettre chaleur et douceur, …
    • c’est ce qui permet aussi de s’adapter à l’autre (si je sers la main à quelqu’un, ce ne sont pas simplement 2 tas d’os qui s’entrechoquent (!), mais chacun s’adapte à l’autre, prend un peu la forme de l’autre, tout en gardant la forme d’une main).

Pour ressembler à Christ, pour être porteur comme lui de la justice et de la grâce, veillons à maintenir notre corps en bonne santé … avec même un peu d’embonpoint (pour une fois, ce n’est pas mauvais !).

Dans mon enfance, on disait d’une personne un peu enveloppée: « il est fin gras ». J’avoue que ce n’est pas une expression d’une élégance extraordinaire, mais je reprends cette expression pour nous encourager à être enrobés de gras-âce …
… à être « fin grâce » !!

Veillons donc à développer une ossature solide (= notre foi basée sur la connaissance de Dieu et de sa Parole), tout en étant enrobés de grâce, ce qui nous donnera la dynamique, un élan pour le prochain, pour aller à la rencontre de l’autre, en s’adaptant dans la mesure du possible à sa culture, à sa personne, en cherchant à comprendre qui il est, et en transmettant un peu de ce qui nous habite (je l’espère !): l’amour de Dieu

  • Sommes-nous « fin grâce » pour les réfugiés, les SDF, les laissés pour compte, les marginaux dans nos sociétés ?
  • Nos églises sont-elles « fin grâce » pour accueillir ces mêmes personnes, et non seulement les « propre-en-ordre » ?

Justice et grâce: que nous puissions vivre pratiquement et chaque jour ces 2 éléments, en ressemblant à notre Modèle, et en le remerciant pour la valeur que nous avons à ses yeux: celle du prix de Sa grâce !

Prise de position face à la migration en Europe

Nous vous invitons à découvrir deux textes rédigés par nos responsables d’Église et disponibles sur notre page « Textes à télécharger«  dans la rubrique « Paix/non-violence ».

La terreur au nom de Dieu: un défi existentiel pour les croyants religieux

L’actualité et les attentats récents nous font prendre conscience d’un besoin urgent de prendre du recul. Nous diffusons le texte d’une conférence donnée en 2013 par Larry Miller, ancien secrétaire général de la Conférence mennonite mondiale et actuel secrétaire général du Forum chrétien mondial, réflexion encore pertinente dans le contexte actuel.

s2.qwant.comAu cours des 30 dernières années, le terrorisme a connu une recrudescence et un
changement dans sa nature et sa portée. Alors qu’il était auparavant principalement
local et focalisé dans sa mise en œuvre, le terrorisme est passé à l’avant-plan sur la scène mondiale et les victimes sont choisies aveuglément.

Pour beaucoup, le terrorisme constitue l’une des plus graves menaces à la paix et la sécurité humaine. Comme sous-entendu dans le titre de ce panel, le terrorisme contemporain revendique souvent une identité religieuse et utilise un langage religieux pour décrire ses attaques violentes contre l’ennemi. Suite à la destruction des tours jumelles aux États-Unis, Oussama Ben Laden a affirmé : « Voici l’Amérique frappée par Dieu dans l’un de ses organes vitaux (…). » Mais le caractère religieux du terrorisme aujourd’hui n’a d’égal que le caractère religieux des réactions dominantes à ces attaques. Plusieurs années après le commentaire de Ben Laden, George W. Bush a dit à un auditoire chrétien aux Etats-Unis: « Dieu m’a demandé de frapper al-Qaïda et je les ai frappés, et puis il m’a demandé de frapper Saddam, et c’est ce que j’ai fait. »
Tant de violence aujourd’hui est infligée au nom de Dieu, à la fois par ceux populairement connus comme terroristes et par ceux qui les combattent, que cela a
relancé de façon dramatique le débat sur le lien entre la religion et la violence.Pour beaucoup, ce débat met en question la croyance en la bonté fondamentale de la
religion – en particulier la bonté des trois religions monothéistes. « Lorsqu’on lui a
demandé ce qu’il pensait être le réel ‘‘axe du mal’’ le journaliste britannique
Christopher Hitchens a répondu: “Le christianisme, le judaïsme et l’islam”. »i

Ces développements posent un défi existentiel fondamental à la foi des croyants, en
particulier des croyants pacifistes. Le défi est d’autant plus grand pour les croyants
pour qui les textes sacrés racontant les événements fondateurs de leur foi rejettent
l’utilisation de la violence meurtrière comme moyen de vaincre le mal – ce que font
selon moi les récits de la vie, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth. Loin de
montrer que « Dieu est de mon côté » et de fournir ainsi une justification pour « ma
cause », ces récits révèlent que Dieu est du côté de ceux qui résistent au mal de façon
non-violente, en choisissant de mourir au lieu de tuer, de donner leur vie plutôt que de
prendre celle d’autrui.
Répondre à la terreur perpétrée au nom de Dieu : quatre pistes pour les croyants
Comment répondre au défi posé aux croyants par la violence menée au nom de Dieu ?
Parmi les nombreuses réponses possibles et utiles, je suggère les quatre pistes
suivantes, toutes reliées les uns aux autres.

  1. Mener une « évaluation de la terreur » au sein de sa propre tradition religieuse
  2. Refuser de participer à la « guerre sainte » contre le terrorisme
  3. S’engager dans des efforts de rétablissement de la paix à l’échelle locale et mondiale
  4. Remplacer les systèmes de croyances qui justifient la violence en invoquant le nom de Dieu.

Ces points sont développés dans la suite de l’article disponible ici (clic)

Cet article de Larry Miller a été présenté à la rencontre internationale pour la paix, « Le courage d’espérer: dialogue entre religions et cultures » à la communauté de Sant’Egidio à Rome le 1er octobre 2013.

Violence: Quelle voix pour les Églises de paix?

Interpellés par les nombreuses situations de violence à travers le monde, des organismes de formation mennonites en Europe[1] ont invité des représentants, des experts et des étudiants mennonites européens à discerner ensemble de manière renouvelée ce que pourraient être la vocation et la voix des Églises de paix au milieu de ces temps troublés et troublants. Des personnes engagées dans le mouvement œcuménique ont aussi apporté leur contribution, en particulier des représentants du processus Becoming a Church of Just Peace de l’Evangelische Landeskirche du pays de Bade (Allemagne), du Conseil œcuménique des églises (Commission pour les affaires internationales), et du réseau européen Church & Peace.

Nous faisons face aujourd’hui au plan mondial à la montée de ce que l’on appelle « l’état islamique », à la situation dramatique en Syrie et en Irak, aux actes violents de groupes tels que Boko Haram au Nigéria, à un génocide éventuel à Myanmar (Birmanie), à une nouvelle guerre civile au Burundi et à la guerre permanente en République Démocratique du Congo, à un conflit violent plus proche de nous dans l’Est de l’Ukraine, ainsi qu’au sort tragique voire à la mort de réfugiés innombrables en route vers les pays européens. Les institutions politiques internationales et les gouvernements nationaux européens ne semblent pas en mesure de trouver et de mettre en œuvre les mesures nécessaires en vue d’une situation de paix juste pour tous, ni d’offrir la protection aux plus vulnérables.

Au cours des derniers mois, certaines Églises et des médias séculiers ont invité les mennonites à partager leur vision sur cette situation actuelle – à partir de la perspective particulière des Églises de paix. Les participants au Symposium ont réagi de manières diverses à ces invitations. Nous percevons le besoin de tester à nouveau et de clarifier entre nous en quoi et comment nous pouvons apporter notre contribution à cette conversation, en plus des nombreuses activités pratiques dans lesquelles nous sommes déjà engagés. Y a-t-il une sagesse et une perspective particulières que nous partageons ?

[1]          Amsterdam Center for Religion, Peace and Justice Studies Doopsgezind Seminarium, Université libre d’Amsterdam (NL) ; Arbeitstelle Theologie der Friedenskirchen, Université d’Hamburg (D) ; Centre de Formation du Bienenberg (CH) ; Centre Mennonite de Paris (F).

Le fruit des discussions et des rencontres du symposium est disponible au téléchargement sur le site du CeFoR Bienenberg.