Qui sont les anabaptistes?

nsmail-2Les Anabaptistes sont issus de la Réforme du début du XVIe siècle. Ils étaient décidés à aller plus loin que les grands réformateurs dans leur rupture avec le passé ecclésiastique et leur soumission à l’autorité de la Bible.

L’appellation d’Anabaptiste vient de l’expression allemande Wiedertäufer ou Täufer, ce qui donne dans notre patois alsacien « Daïfer ». A l’origine il s’agissait d’un sobriquet dont étaient affublés tous les radicaux opposés au principe du baptême d’enfants et qui prônaient un baptême de l’adulte croyant (selon l’apôtre Paul : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé »). Ainsi ils « rebaptisaient » ceux qui l’avaient été une première fois dans l’Église officielle à leur naissance.

Ces Anabaptistes du début, bien loin de représenter une entité homogène, se répartissaient en diverses tendances, divers courants qui émergèrent quasi en même temps du Nord de l’Europe jusqu’au Sud des Alpes, et de l’Alsace jusqu’en Moravie. Une tendance baptiste et pacifiste dès les origines s’est surtout développée dans le Sud de l’Allemagne et en Suisse, également en Alsace. C’est à Zurich, autour du réformateur Zwingli, qu’un petit groupe d’intellectuels, dont Conrad Grebel et Félix Mantz, avait mené sa réflexion. Ils ne tardèrent pas à quitter Zwingli en rejetant les « compromis », les concessions qu’il avait faites avec les autorités à propos de la célébration de la Sainte Cène, du baptême des enfants et des rapports entre l’Église et l’État. Leurs idées se propagèrent très rapidement de ville en ville et dans les campagnes sous l’action de prédicateurs itinérants. Dans les années qui suivirent ils fixèrent une doctrine.

En Europe du Nord c’est un ancien prêtre du nom de Menno Simons qui parviendra à rassembler, instruire et restructurer les communautés anabaptistes (une princesse de Frise fut la première à donner son nom aux mennonites).

C’est par centaines que les Anabaptistes passèrent de vie à trépas par le glaive, le feu ou l’eau dans une sorte « d’ultime baptême » comme ironisaient certains bourreaux. Strasbourg, ville libre d’Empire, constitua un temps pour les Anabaptistes de tous bords un havre de paix, une ville refuge, « la cité de l’Espérance ». La mosaïque politique très complexe de l’Alsace centrale, découpée en seigneuries, comtés, villes libres, se réduisant parfois à la possession d’un seul village, était favorable à la propagation de l’anabaptisme. Au XVIIe siècle, on assiste à un regroupement des Anabaptistes en direction des terres des Ribeaupierre où la tolérance religieuse était éprouvée et connue ; les importants besoins de main-d’œuvre à la suite de la Guerre de trente Ans ont grandement facilité leur intégration.

Un profond bouleversement s’opéra dans les milieux Anabaptistes durant la dernière décennie du XVIIe siècle. Sous la conduite de Jacob Amann, une soixantaine de familles bernoises, de solides et rudes éleveurs montagnards, partis principalement de l’Emmenthal, étaient venus s’établir dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines. Cette vallée était dépeuplée depuis son déclin minier et les affres des guerres. Là, celui qui fut appelé le « patriarche », un homme au tempérament impétueux, s’est rapidement offusqué du mode de vie et de la discipline dans l’Église telle qu’elle était pratiquée par les Anabaptistes « bourgeois », entrainant la rupture entre les conservateurs amish (de Amann) et les progressistes mennonites.

En septembre 1712, l’intendant d’Alsace de La Houssaye, sur ordre de Louis XIV, ordonna aux baillis de faire sortir les Anabaptistes des terres de France. Cet exode s’est effectué dans des conditions particulièrement difficiles. Ils revinrent pourtant quelques années plus tard après la mort du roi. La communauté s’éparpilla de ce fait vers plusieurs horizons: la principauté de Montbéliard, la Lorraine, le comté de Salm, le val voisin de Villé et le duché des Deux-Ponts allié aux Birkenfeld. Bien loin d’affaiblir la communauté amish, celle-ci gagna en vigueur en se dispersant.

Voyons quels ont été les progrès les plus significatifs que nous devons aux Anabaptistes. Ils étaient passés maîtres dans la connaissance des soins à apporter aux bêtes et ils étaient une référence dans la lutte contre les épizooties. Ce sont eux qui produisirent par sélection la race bovine bien connue, dite Montbéliarde, qui alliait qualité bouchère et laitière. Dans le domaine agricole ils ont été les précurseurs de la technique de rotation des cultures et de la fumure, de la culture fourragère et de la pomme de terre pour ne citer que celles-là.

Installés sur les principales fermes du Sundgau et sur les métairies vosgiennes des vallées de Guebwiller, Masevaux et Munster, les Anabaptistes étaient constitués en une vingtaine d’assemblées dans l’est de la France.

Déjà sous le gouvernement napoléonien, le port des armes leur fut à nouveau imposé après qu’ils en furent dispensés par le Comité de Salut Public, ce qui provoqua, à côté d’autres raisons plus économiques (les familles étaient nombreuses), le départ d’une grande partie des amish d’Alsace et surtout de la Lorraine et du Palatinat vers le Nouveau Monde si plein de promesses.

Des communautés entières partirent ainsi pour les états du Nord-est (Pennsylvanie-Ohio-Indiana), où elles prospèrent encore de nos jours.

Les Anabaptistes ont eu une longue histoire en Alsace, parfois difficile, parfois heureuse. Ils y ont rencontré des difficultés existentielles, ils ont connu des crises d’identité. On soulignera leurs qualités professionnelles, la profondeur de leur foi, mais aussi leurs qualités humaines, ce dont ont pu bénéficier nombre de leurs concitoyens. Ils font indéniablement partie du paysage culturel alsacien, comme le mirent en évidence Erckmann et Chatrian dans « L’ami Fritz » ou le journaliste Alfred Michiels dans son « Les Anabaptistes des Vosges »: une culture, une histoire et des valeurs dont les Anabaptistes-Mennonites d’aujourd’hui, descendants des Amish alsaciens, sont les héritiers.

Robert Baecher sera le guide lors de la journée d’excursion prévue le dimanche 30 avril 2017 à l’occasion des 30 ans de la formation FBSE. Venez découvrir l’histoire grandeur nature en visitant 3 lieux importants de l’histoire anabaptiste! Pour tout renseignement supplémentaires et inscriptions: info@bienenberg.ch

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