Le droit à l’échec dans une implantation d’église?

10-1-1200x625A-t-on droit à l’échec dans une implantation d’Église? Olivier Fasel, conteur et implanteur dans la région fribourgeoise, parle ici de trois constantes dans l’implantation. Il développe ici l’une d’entre elles: le droit à l’échec.

  • Repenser l’Église

Il y a presque 20 ans je quittais le Canton de Vaud pour retourner à mes origines fribourgeoises, implanter une nouvelle communauté évangélique. Très vite s’est précisée la nécessité de donner à notre projet une identité. Les courants évangéliques sont pluriels, tant les sensibilités et obédiences fluctuent et se diversifient. Cette richesse embarrassante a poussé notre petite équipe de joyeux pionniers à prendre le temps de penser – ou repenser – l’Église ! La littérature ne manquant pas, nous avions l’embarras du choix, entre églises émergentes, présence missionnelle et autres modèles de Fraîche Expression.

  • Trois constantes

Après avoir écouté et observé autour de moi les nombreux projets et tentatives d’implantations d’églises j’ai dû aussi prendre le temps de la distance et de la relecture de ma propre expérience. Face aux multiples stratégies que des comités et associations voués à l’implantation élaborent, pratiquent et diffusent, je crois pouvoir retenir trois constantes qui peut-être font d’un projet d’implantation d’église une réussite. Ces trois constantes, sont à mes yeux:

  1. la consécration radicale
  2. la persévérance
  3. le droit à l’échec.

Je développerai dans l’espace de cet article le droit à l’échec.

  • Le droit à l’échec

C’est un intéressant paradoxe d’affirmer que la clé de la réussite c’est le droit à l’échec ! Une analogie nous aidera à le comprendre. Un oiseau épris de liberté fera tout son possible pour échapper à la cage et au verrou. Il s’en ira à la première inadvertance où vous aurez laissé la porte ouverte. Mais donnez-lui de la graine sans barreau, montrez-lui la fenêtre grande ouverte, laissez-le aller et venir à sa guise : il restera chez vous. Il restera car vous lui avez communiqué le sens de la liberté. Il n’aura pas besoin de partir chercher ailleurs la liberté que vous lui offrez ici. Il sait qu’il peut partir, mais il n’en éprouvera pas la nécessité. Pareillement j’ai rencontré des personnes qui fuyaient les lieux d’enfermement, et s’épanouissaient là où on ne les mettait pas sous pression de la réussite, là où ils savaient avoir le droit à l’échec.

Jésus veille et agit, c’est lui le bâtisseur de son Église-Épouse (Mat 16 :18). Et c’est bien souvent malgré nous que l’Église grandit ! Pourtant les échecs assumés sont autant d’occasions d’apprendre. Il est inévitable de tomber, mais si le petit enfant ne s’était jamais relevé pour remettre un pied devant l’autre, aujourd’hui il ne courrait pas joyeusement ! L’échec n’est donc pas un obstacle qui empêcherait de travailler dans le champ du Seigneur. J’ai plusieurs exemples de ces tâtonnements, et autres bonnes idées qu’il a fallu abandonner ! Créatif, le travail pionnier devient une sorte de laboratoire spirituel. Les échecs ne sont donc pas des obstacles, c’est le chemin, sur lequel continuer, il y a toujours une seconde chance pour apprendre à faire mieux, puis une troisième chance, et ainsi de suite. Le Seigneur est très patient avec nous !

  • Dieu ose investir dans l’échec

En automne 2015, la Romandie s’est distinguée dans le classement des 100 meilleures StartUp en Suisse, grâce à l’EPFL et au Service de la Promotion Économique du Canton de Vaud. A cette occasion, l’ambassadrice des USA en Suisse et Lichtenstein, Suzi LeVine, a donné un éclairage surprenant sur la question du droit à l’échec :

« Les StartUp sont le noyau du développement de la classe moyenne aux USA. Les entrepreneurs créateurs d’innovation sont devenus des investisseurs. On constate qu’ils ne financent pas ceux qui n’ont pas connu l’échec déjà auparavant : s’ils n’ont pas échoué déjà, ils n’ont donc pas appris ! Et donc de plus en plus les gens portent l’échec comme une fierté. Echouer n’est plus stigmatisé aux USA, tant que cela rime avec ‘Qu’avez-vous appris ?’ »

Quel contraste avec l’esprit helvétique ! Ici une StartUp n’a pas de statut différent de celui d’une entreprise, donc un échec est une faillite d’entreprise, très lourd à assumer dans ses conséquences légales et administratives ! La Suisse investit peu dans l’échec ! Alors que Dieu ose investir dans l’échec :

« Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » (Mc 2 :17)

On pourrait considérer la mort de Christ sur la croix comme un échec absolu… à vues humaines seulement ! Car trois jours plus tard la victoire n’en a été que plus définitive ! Celui qui a connu l’échec serait donc le pécheur ; il a appris de ses erreurs/égarements, ce serait la repentance ; et l’entrepreneur créateur d’innovations c’est le Dieu de toute Grâce qui nous pardonne en Jésus-Christ crucifié et ressuscité, et qui nous appelle à être ouvriers dans la moisson jusqu’à ce qu’il vienne !

Olivier Fasel, enseignera le cours sur l’implantation d’Église dans le cadre de la formation FBSE les 28-29 avril 2017.

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