Humour, rire et spiritualité

Couple Adult Happiness Laughing Holiday ConceptCe mois-ci, Michel Siegrist, directeur de la Ligue pour la Lecture de la Bible (CH) qui propose la formation Bible en live! en partenariat avec le Centre de Formation du Bienenberg nous invite à une réflexion au sujet du rire!

Nous avons dû réfléchir ces dernières années, notamment avec les dessinateurs de presse, aux frontières de l’humour en nous posant la question : peut-on rire de tout ? En ce qui concerne le religieux les approches sont diverses, mais force est de constater qu’il n’y a pas eu une recherche ou un désir majeur d’approcher humour, rire et spiritualité. Il semblerait même que dans l’histoire, quelques personnes soient passées par le bûcher pour avoir osé affirmer que Jésus avait ri.

Pourtant, si nous prenons la vie « normale » d’un chrétien, ces différents aspects de sa vie vont tôt ou tard se côtoyer. Le chrétien « lambda » sera un jour ou l’autre confronté à l’humour, au rire et à sa relation à Dieu.

Pour tenter un bout de chemin dans cette réflexion, je vous propose quelques jalons.

Le rire

Le rire est un réflexe. Il peut exprimer la gaieté quand il est causé par l’humour, le rire lui-même ou le chatouillement. Il peut être causé également lors d’un moment de stress intense. On l’appelle alors le rire nerveux ou le rire jaune. C’est une forme de soupape de décompression. C’est un besoin que le corps exprime. Mais la plupart du temps, dans notre culture, le rire est lié à l’humour, au fait que nous trouvions une situation drôle, incongrue.

L’humour dont nous parlons ici n’a rien à voir avec les blagues dégradantes ou agressives et grasses visant à diminuer autrui : des blagues qui ne sont rien d’autre qu’un triste masque de la frustration personnelle. Rire des autres pour les écraser, les humilier, ou pour s’élever ou s’affirmer, n’est pas intéressant.

Certains pourraient dire qu’aujourd’hui on rit à l’Eglise. Il est vrai que certains sont passés maîtres de l’humour dans l’art oratoire. Mais cela ne reste qu’un outil homilétique. Ose-t-on le lier à notre relation à Dieu ? Est-ce qu’il fait partie intégrante de notre vie spirituelle au même point que la louange et la prière ?

D’autres le vivent dans des moments intenses avec l’Esprit. Mais là encore, est-ce en lien avec l’humour ou n’est-ce qu’une forme de décompression telle que nous l’avons décrite ci-dessus ?

L’histoire de l’annonce de la naissance d’Isaac (Genèse 18, 8-15)  témoigne d’un rapport au rire, mais il y a comme un malaise dans ce récit. Surtout dans le rire de Sarah. Les théologiens ont beaucoup discuté de ce rire. Les diverses traductions font état de la difficulté qu’il y a avec le terme. Pour certains, c’était le signe de son incrédulité voire même de son cynisme. Elle ne pouvait pas rire quand Dieu a annoncé un tel miracle. Il est vrai qu’elle-même a eu un malaise, puisqu’elle n’a pas osé avouer qu’elle a ri. Mais nous constatons aussi que Dieu ne lui fait aucun reproche. Il lui pose uniquement des questions… comme à son habitude. Oserions-nous affirmer qu’il l’emmène dans la spiritualité du rire? Il souhaite qu’elle aille plus loin. Par ailleurs, soulignons comment Sarah, plus tard, interprètera son rire. Lors de la naissance, elle dira: « Dieu m’a fait rire de joie. Tous ceux qui entendront parler d’Isaac riront avec moi. » Cette histoire est incongrue. Il y a de quoi rire. Mais elle est profondément ancrée dans la vie du couple et dans leur relation à Dieu.

L’enfant de la promesse s’appellera Isaac, ce qui signifie: il rit ou il rira. Il rit ou il rira fera partie de la vie de Sarah et Abraham. Il rit ou il rira est l’accomplissement miraculeux de la promesse. Isaac est le rire incarné qui fait partie intégrante de l’intimité d’un couple.

Quelqu’un a dit : « L’humour est la liaison entre l’habituel et le surprenant. A chaque fois que nous rions, nous faisons le saut entre les deux mondes. » Il est peut-être normal que Sarah ait d’abord eu un rire jaune. L’habituel et le surprenant avaient de la peine à cohabiter. Mais avec Dieu, elle a emprunté le chemin de l’humour et son rire est devenu un rire de joie, car elle a su vivre ce saut entre les deux mondes.

Je reconnais qui je suis

L’humour et le rire sont donc utiles pour montrer nos manquements et nos limites, sans dureté, et pour enseigner l’humilité. C’est une aptitude qui consiste à voir notre personnalité sous son vrai jour et rire de la confusion du moment. Le rire est un lâcher prise. Il donne la place à l’humilité et par conséquent à Dieu. Je me reconnais comme je suis, je l’accepte et j’en ris. Ce n’est pas un rire moqueur, irrespectueux, cynique ou dépressif. C’est un rire libérateur. Un rire qui m’ouvre à Dieu et à son action. Quelqu’un qui sait rire de soi est quelqu’un qui prend du recul sur lui-même. D’ailleurs, le rire nerveux est une accumulation de tension qui se relâche pour éviter la panique. C’est un moyen de passer à autre chose, de nous ouvrir sur une réalité meilleure que celle qui pourrait nous arriver.

S’ouvrir à une autre réalité

Accepter qui nous sommes, s’ouvrir sur une autre réalité, c’est réfléchir à une situation, mais aussi et surtout chercher de nouvelles perspectives. Chercher un autre chemin. Chercher comment mieux vivre ce pour quoi je ris. C’est peut-être ce qui nous manque dans nos rires, dans notre humour, dans notre vie. La recherche de chemins nouveaux pour quitter nos chemins de rire. Le rire et l’humour sont des outils pour celles et ceux qui veulent avancer dans leur cheminement spirituel.

Le propre des bons humoristes est d’être de bons observateurs, de retranscrire et souvent grossir des situations données et réelles. Celles-ci nous font rire, car elles sont vraies. Mais nous conduisent-elles à réfléchir et à aller plus loin ? A changer ? A trouver un autre chemin? Quand Gad Elmaleh rit de notre relation à Facebook, cela change-t-il notre relation à cet outil de communication ?

L’humour et le rire dans la vie du chrétien, c’est peut-être, comme pour Sarah, oser accepter nos limites face aux promesses de Dieu et cheminer jusqu’à ce que cela devienne un sujet de joie et qu’elles s’incarnent dans notre intimité.

Un dicton juif bien connu conclura parfaitement notre propos : « L’homme pense, mais Dieu rit ».

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