Histoire de loups et de bergers

structure meuteCette image qui illustre le déplacement d’une meute de loups a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Les trois premiers loups sont encerclés en jaune. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ce ne sont pas les loups dominants, dits « alpha », mais les plus vieux ou les plus malades. Le groupe avance à leur rythme. Les loups savent que si les plus faibles marchaient derrière, ils seraient vite distancés par la meute ou ils seraient des proies faciles lors d’une attaque. Ils sont donc suivis par cinq loups forts et puissants (entourés en rouge) qui peuvent les protéger du danger. Ensuite, il y a le reste des loups, puis à nouveau cinq loups forts et puissants et enfin, tout derrière, « l’alpha » chef de meute. Depuis sa position, il contrôle le groupe, décide de la direction à prendre et anticipe les attaques des adversaires. L’ensemble de la meute avance donc au rythme des faibles, sous la protection des plus forts et avec la direction donnée par un leader qui veille à la bonne coordination de la meute.

Cette image m’a beaucoup interpelée concernant le leadership au sein de l’Église. Dans beaucoup d’Églises, on s’imagine le pasteur – ou le groupe d’anciens – comme un chef charismatique qui avance avec une vision claire dans une direction entraînant le troupeau à sa suite. Le pasteur est alors comme un PDG qui dirige son entreprise. Seulement que se passe-t-il quand un des membres est faible, souffre, se pose des questions existentielles ou ne peut tenir la cadence ? Un tel leadership est stimulant pour les forts, mais laisse souvent les faibles sur le carreau. Certains seront stimulés à « rattraper la meute », mais d’autres se retrouveront distancés et ultimement abandonnés en position de vulnérabilité.

A quoi ressemblerait une Église qui avancerait au pas des plus faibles ? Cette idée est assurément à contre-courant dans notre société. Cela implique une vision claire de l’appel de l’Église : protéger les plus vulnérables au nom de Dieu et permettre que le peuple de Dieu puisse arriver ensemble à bon port. L’Église est un peuple où les forts encouragent les plus faibles à continuer leur route, par des paroles, des prières, des gestes, et de l’aide concrète. La vie est ainsi faite que les « forts » peuvent passer par des phases où ils auront besoin d’être soutenus et que les « faibles » ne le sont pas éternellement. L’Évangile montre à quel point ces catégories de forts et de faibles se confondent dans une vie de foi ! Cela veut dire que tous peuvent bénéficier de la dynamique de cette vie communautaire par la grâce de Dieu. Quelle belle vision : une Église qui sait questionner ses projets ou au contraire innover pour que ceux qui peinent puissent y trouver leur place et être entourés et encouragés ! Dans une telle Église, le rôle des responsables, les « loups forts », est de veiller à la bonne marche du troupeau et à avertir des dangers éventuels qui le menacent. Soyons convaincus que Dieu, l’ultime alpha marche lui-même à notre suite, nous guidant et nous avertissant des dangers.

Ce contenu a été publié dans Église et communauté par Marie-Noëlle Baecher-Yoder. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Marie-Noëlle Baecher-Yoder

D.E. d’éducatrice spécialisée, études de psychologie et de théologie aux Etats-Unis (Master de thérapie familiale et conjugale, Mennonite Brethen Seminary, Fresno), Certificat d’Études Francophones de Théologie Anabaptiste (CeFoR Bienenberg) et des études de théologie à la Faculté Protestante de Strasbourg en cours. Elle enseigne la théologie pastorale et l'éthique au centre de formation du Bienenberg. Elle est mariée et mère de deux enfants.

4 réflexions au sujet de « Histoire de loups et de bergers »

  1. Excellent !

    Bravo pour cette pertinente illustration du fonctionnement de l’Eglise. Voilà de quoi nous questionner ?

    Par ailleurs, pourquoi le règne animal sait garder ces structures ancestrales de communautés ? Pourquoi l’homme en vient à les oublier ?

  2. Excellent !
    Merci pour ce message à contre-courant: ça change de la performance quotidienne vécue sur le plan professionnel… et qui malheureusement déteint jusque dans nos églises !
    Si notre objectif (d’église) était juste de prendre soin les uns des autres, nos communautés pourraient faire envie et « risqueraient » même de croître !

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