Ministère au féminin

40-ansL’année prochaine, cela fera 40 ans que la première femme enseignante, Marie-Noëlle von der Recke, a été embauchée au Bienenberg. 40 ans de ministère féminin, c’est un drôle d’anniversaire. Pas tout à fait 50, pas 100 non plus. Alors pourquoi lui donner de l’importance ? Si l’on pense à nos vies humaines, 40 ans est un âge charnière où l’on se questionne sur son identité. En regardant en arrière, on se dit qu’on a tout de même 40 années d’expérience derrière soi et que l’on sait qui on est et ce que l’on veut. 40 ans ce n’est pas rien ! Mais en regardant en avant, on se rend compte de toutes les questions qui demeurent et du potentiel d’évolution qu’il reste encore.

Comme se souvient Marie-Noëlle von der Recke, cela a demandé du courage au Centre de Formation du Bienenberg d’embaucher –exceptionnellement !- une femme malgré les résistances de certaines Églises et certains étudiants. Les femmes, arguaient certains « doivent se taire dans les assemblées » (1 Tm 2.12). Progressivement, l’idée d’une présence féminine a fait son chemin, les textes ont été réexaminés, l’expérience s’est avérée fructueuse et la présence d’enseignantes féminines au Bienenberg est devenue une évidence. Au début, Jacqueline Thimm enseignait ponctuellement (1968-1976) puis Marie-Noëlle von der Recke (1977-1985) a été embauchée en remplacement de Pierre Widmer. Marthe Ropp (1985-1989) a apporté sa pierre, suivie de Madeleine Bähler (1991-1997), Heike Geist (1998-2015) et Marie-Noëlle Yoder (depuis 2011).

Le regard sur ces 40 années passées est rempli de reconnaissance pour la complémentarité hommes-femmes vécue et transmise au Bienenberg. Les quatre enseignantes du Bienenberg  expriment spontanément leur reconnaissance pour le soutien et le respect des collègues masculins. Ceux-ci n’ont jamais questionné leur place, ni ce qu’elles pouvaient apporter en tant que théologiennes. Malgré les imperfections inhérentes à tout service humain, le simple fait de servir ensemble sans discrimination de sexe et en fonction des dons est déjà un avant-goût du Royaume. C’est ce qu’annonce la Pentecôte ! Nous constatons que cette complémentarité a porté du fruit et enrichi  la vie de nombreux étudiants et étudiantes tout au long des années. Le double regard, masculin et féminin, permet de mieux saisir la pertinence des textes bibliques pour la vie quotidienne.

Le regard vers l’avenir nous met aussi face aux défis qui subsistent : 40 ans d’enseignantes au Bienenberg, c’est à la fois beaucoup et peu. La situation dans les Églises mennonites est inégale et il n’y a toujours qu’une enseignante au Bienenberg alors qu’il y a 7 enseignants! Certaines assemblées s’interrogent encore sur l’idée même de la présence d’une femme au sein d’un ministère de direction. D’autres ont accepté le principe depuis bien longtemps. Bien que le ministère féminin soit souvent accepté en théorie, il n’est pas rare que cela se traduise difficilement dans la pratique.

A l’occasion de ce 40ème anniversaire, le Centre de formation du Bienenberg organise une journée de réflexion ouverte aux hommes et aux femmes : « 40 ans après… bilan intermédiaire sur la présence de pasteures et de théologiennes dans nos Églises », le 28 janvier 2017. Après une base biblique posée par Linda Oyer, un bilan sera fait sur les expériences passées :

  • Avec le recul, qu’est-ce qui a été utile ou au contraire, difficile ?
  • En quoi les Églises se sont-elles modifiées à travers le service des femmes salariées ?
  • Quels ont été les changements dans les discours ?
  • Quels sont les défis qui restent à relever, et quels nouveaux défis sont apparus ?

Mais cette journée a aussi vocation de traiter de sujets d’avenir pour nourrir la réflexion :

  • En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ?
  • Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ?
  • Les Églises se féminisent-elles ?
  • Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ?

Cette journée vise à encourager les hommes et les femmes des Églises mennonites de Suisse, de France et d’Allemagne à persévérer dans le service et la reconnaissance des dons que le Seigneur a confiés tout en prenant en considération les défis qui sont encore à relever. A noter dans les agendas !

Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu

« Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) ». C’est le titre quelque peu ironique d’un livre de Thérèse Hargot, philosophe et sexologue intervenant en milieu scolaire. Elle s’interroge sur ce qui est advenu de la « libération sexuelle » des années 1960-1970, à partir de son écoute des jeunes d’aujourd’hui à qui elle donne la parole dans le livre.

Si les jeunes se sentent sexuellement libérés, ils sont en réalité prisonniers de nombreux diktats. Ils sont libres de consommer de la pornographie, mais menés par leurs pulsions, elles-mêmes titillées par l’hypersexualisation ambiante. Ils sont libres d’avoir des rapports sexuels dès l’adolescence, mais soumis à l’angoisse de la performance. Ils sont libres de choisir une orientation sexuelle, mais enfermés dans un destin sexuel figé. Ils sont libres de prendre la pilule ou de mettre un préservatif, mais à la merci de rapports sexuels vus comme un danger et un jeu de hasard. Ils sont libres puisque « consentants », sans s’apercevoir que connaissance de soi et maturité sont nécessaires pour dire authentiquement « je ». Ils sont libres de se mettre en couple, mais en font un refuge fusionnel des sentiments, peu propice à l’altérité.

Au Bienenberg les 12-13 novembre prochains, il sera question de sexualité, avec des jeunes de 14 à 16 ans de Suisse et de France, venus avec leurs groupes de catéchisme. Dans le contexte de la place prédominante de la sexualité dans la société, nous essaierons de la situer de la bonne manière, selon l’enseignement des Écritures, et dans le cadre du développement des jeunes.

Un temps entre filles et entre gars permettra de parler librement de soi et de l’autre sexe. Des ateliers traiteront de : Bible et sexualité (Michel Sommer) ; Relations sexuelles avant le mariage (Marie-Noëlle Yoder) ; Pornographie et masturbation (Fritz Goldschmidt) ; L’homosexualité (Fritz Goldschmidt) ; Pourquoi faut-il que ce soit un chrétien ou une chrétienne ? (Michel Sommer). Les jeunes pourront poser des questions sur tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur la sexualité, sans oser le demander… (Marie-Noëlle Yoder)

Pour vivre ce thème devant Dieu et dans une saine atmosphère, des célébrations avec chants, prière et « mini-prédic » sont prévues, de même qu’un questionnaire permettant de réfléchir à soi et de prendre du recul. Nous donnerons la parole à des accompagnant(e)s des groupes lors d’une table ronde qui permettra d’entendre des histoires d’amour durables. Et le groupe de catéchisme de l’Église du Geisberg (France) prépare des jeux de coopération comme moyen de s’amuser ensemble, gars et filles, hommes et femmes, de manière saine et constructive !

Alors que la pression en matière de sexualité est grande sur les jeunes (chrétiens) issus des Églises, alors que le culte de la sexualité s’impose, parlons de sexualité, avec respect et poésie, en vérité et avec sensibilité, pour nous aider à mener des vies qui honorent Dieu et le prochain par notre corps et de tout notre être.

Infos pratiques

Week-end catéchisme – 12-13 novembre 2016

« Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu »

Avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder, Michel Sommer

Inscriptions en groupe de catéchisme, avec un(e) accompagnant(e) pour 7 jeunes

Infos : michel.sommer@bienenberg.ch

Inscriptions : reception@bienenberg.ch

 

Pour aller plus loin…

Thérèse Hargot, Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), Albin Michel, 2016, 220 pages