La propriété, c’est le vol

proprite« La propriété, c’est le vol ». Ce sont peut-être les cinq mots qui ont rendu Pierre-Joseph Proudhon célèbre. La formule convient bien à un philosophe anarchiste du 19e siècle, mais le chrétien, au premier abord, a plutôt envie de la balayer d’un revers de la main et de continuer son chemin. Pourtant, si l’on prend le temps de creuser le sens de la formule, et que l’on relit les textes bibliques sur le sujet, on pourrait être surpris. Surpris du fait que Proudhon et les auteurs bibliques ne sont peut-être pas autant en contradiction que ce que l’on pensait.

Deux précisions permettront de mieux comprendre ce que Proudhon entendait par cette formule lapidaire lorsqu’il a rédigé Qu’est-ce que la propriété ? Premièrement, son plaidoyer contre la propriété concerne essentiellement la propriété des moyens de production (les terres agricoles, les outils, les machines, etc.), c’est-à-dire toute forme de propriété qui a un caractère lucratif, et non la propriété personnelle de son logement ou de sa voiture. Deuxièmement, Proudhon distingue, à la suite des économistes, la propriété et la possession. La propriété est un droit légal, alors que la possession est un état de fait. Par exemple, je peux posséder un champ parce que je l’occupe et le travaille, sans que j’en sois le propriétaire. Sur la base de cette distinction, Proudhon défend la possession, mais s’en prend à la propriété. Il affirme par exemple que lorsqu’un propriétaire loue son champ à un paysan, il « moissonne et ne laboure pas, récolte et ne cultive pas, consomme et ne produit pas, jouit et n’exerce rien[1] ». Il souhaite donc que seule la possession, liée à l’occupation du bien, soit considérée comme légitime. Il critique encore l’absolutisation de la propriété par la loi, car celle-ci fait du propriétaire le maître absolu de son bien[2].

Qu’en dit l’Écriture ? Quelques pistes de réflexion :

En Genèse 1.26-28, le mandat de dominer la terre est donné à l’être humain à l’impératif, c’est-à-dire à une créature qui reste subordonnée à son Créateur[3]. L’absolutisation de la propriété est donc rendue impossible. Cela est confirmé lors du partage de la terre d’Israël. L’Éternel affirme aux propriétaires terriens : « le pays m’appartient, et vous êtes chez moi des immigrés et des résidents temporaires[4] ». Et les prophètes de rappeler : « Quel malheur pour ceux qui ajoutent maison à maison et qui joignent champ à champ, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace[5] ! »

Dans le Nouveau Testament, la parabole du fils prodigue[6] est particulièrement intéressante. Trois personnages, deux visions de la propriété : les deux fils en ont la même conception. Pour tous deux, la propriété est absolue ou n’est pas : leur père doit perdre la possession sur une chose pour qu’ils puissent en dire « c’est à moi ». Mais la vision du père est la même envers ses deux fils : ceux-là sont ses associés, ses copossesseurs. Il tue le veau gras pour le cadet, alors que celui-ci a déjà épuisé sa part d’héritage, et dit à l’aîné: « tout ce qui est à moi est à toi ».

Que dire alors ? Une fois remise dans son contexte, l’affirmation lapidaire de Proudhon nous met au défi. Au défi de relire les Écritures en faisant la lumière sur des points peut-être occultés, notamment sur le fait que la propriété absolue ne revient qu’à Dieu seul. Au défi aussi de mieux discerner lorsque ce droit absolu est usurpé à Dieu, comme lorsque Vinci (une entreprise mondiale  de concession et de construction) pense pouvoir, avec l’appui du gouvernement, détruire tout un écosystème à Notre-Dame-des-Landes pour construire un nouvel aéroport. Finalement, elle nous met au défi d’être signe du Royaume dans le domaine de la propriété aussi, en gérant nos biens à la lumière de la propriété absolue de Dieu sur tout ce que contient la terre, et en partageant ce que nous possédons comme Christ a partagé ce qu’il possédait avec nous.

Article de Thomas Poëtte.

[1]Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, Paris, Librairie générale française, 2009, p. 289.

[2]Encore aujourd’hui :  « La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. » Article 544 du Code Civil.

[3]Henri Blocher, « Le mandat culturel et les implications écologiques », La revue réformée 169, 1991, p. 6‑7.

[4]Lv 25.23 (NBS, comme pour les citations bibliques qui suivront).

[5]Es 5.8.

[6]Lc 15.11‑32.

War Room

Le film chrétien évangélique américain est un genre bien particulier ! Après des succès tels que « Fireproof » et « Facing the Giants », Alex Kendricks – pasteur, acteur, producteur, directeur et scénariste (!) – a sorti un nouveau film : « War room » qui signifie littéralement « salle de guerre ». Après en avoir abondamment entendu parler par diverses personnes dont certaines ont même transformé l’aménagement de leur maison suite à ce film,  je me suis résolue à le regarder moi-même.

L’histoire parle de Tony et Elizabeth Jordan, deux personnes afro-américaines qui ont réussi dans la vie : ils ont une adorable fille, une belle maison, des métiers qu’ils aiment. Alors qu’ils ont « tout pour être heureux », ils peinent à communiquer et Tony s’éloigne progressivement en s’investissant toujours plus dans une relation extra-conjugale. Elizabeth est désespérée et ne sait plus que faire. Le couple n’arrive plus à dialoguer et Tony se mure dans le silence. Ils vont à l’Église, mais cela ne change pas grand-chose à leur vie, jusqu’au jour où Elizabeth rencontre Miss Clara. Cette femme âgée explique à Elizabeth qu’elle doit mener un combat dans la prière en lui montrant qu’elle a deux choix : se battre contre sa famille en faisant éclater une guerre dans son foyer ou se battre pour sa famille en menant son combat dans la prière et en demandant à Dieu d’intervenir. Miss Clara lui montre alors la pièce préférée de sa maison : son placard. Elle l’a vidé de toutes ses affaires et en a fait sa « salle de guerre ». Dans cette pièce elle écrit les prières qu’elle adresse à Dieu. Miss Clara lui explique que c’est là qu’elle se rend pour élaborer une stratégie de combat spirituel. Tout comme Miss Clara, Elizabeth commence à prier pour son mari, pour son couple, pour sa famille et son combat s’étale sur tous les murs du placard. Le temps passé dans la prière modifie profondément ses relations familiales. Dieu répond miraculeusement à plusieurs reprises. Alors que son mari était au restaurant dans une autre ville avec sa maîtresse et qu’ils allaient passer la nuit ensemble, il se retrouve pris de violentes crampes abdominales. Tony est amené à prendre de la distance avec sa maîtresse et se rapproche à nouveau de sa famille et de Dieu.

Les films ont un effet puissant sur nous : il y a les images, les émotions qui y sont véhiculées, et toutes les identifications qui se passent de manière conscientes et inconscientes ! Il est donc nécessaire de réfléchir aux idées proposées.

Quelle guerre faut-il mener ?

Le film commence par plusieurs scènes de guerre. En tant que chrétienne, cela ne me laisse pas indifférente. Quel est l’intérêt de mettre le spectateur dans un climat de guerre ? Le rapprochement entre ces images de destruction et la pratique du combat spirituel sont dangereuses et l’histoire de l’Église l’illustre tristement. Les mots ont des définitions glissantes et le début de ce film est bien regrettable.

Les questions soulevées par cette introduction sont importantes : Quelle guerre le chrétien doit-il mener ? Qui est l’ennemi ? Quels sont les moyens à employer ? Quelle est la stratégie ? Il est crucial que le chrétien trouve une réponse à l’image du « Prince de Paix », Jésus.

Quelle stratégie dans la prière ?

Après les scènes de guerre, la voix off, dont on comprend par après qu’il s’agit de la voix de Miss Clara, déclare : « Il faut toujours une stratégie pour mener une bataille. » J’aurais été curieuse d’interroger d’autres spectateurs pour leur demander quelle « stratégie » ils dégagent de ce film. Différentes voix se feraient sûrement entendre. Est-ce le fait de prier de manière autoritaire en élevant la voix ? D’écrire ses prières? Est-ce le fait de répéter des paroles jusqu’à ce que Dieu les exauce ? Lorsque j’ai parlé de ce film à une amie qui n’avait vu que la bande annonce, elle a simplement dit : « Ah tu parles du film où ils expliquent comment mettre la pression sur Dieu jusqu’à ce qu’il obéisse ! » Replaçons les choses. Comme le dit Miss Clara furtivement dans le film : « La faveur de Dieu ne peut pas être manipulée ». Dieu est Dieu et les humains ses créatures. Aucun homme ne peut mettre « la pression » sur Dieu. Par grâce, ils peuvent s’approcher de lui et lui adresser leurs prières. Par grâce, il les entend et leur répond d’une manière ou d’une autre. Que les prières soient des paroles prononcées à voix forte dans un placard ou murmurée dans le silence, elles sont adressées à celui qui peut tout et connaît tout, Dieu.

Heureusement, le film est plus subtil que cela. Quelques éléments de l’histoire m’ont semblé particulièrement utiles dans cette perspective du combat spirituel :

  1. Le mur du souvenir. Miss Clara a un mur du souvenir où elle note les prières exaucées. Elle dit qu’elle aime le contempler lorsqu’elle est découragée. Cela lui rappelle que Dieu est aux commandes de la situation présente, comme il l’a été par le passé. Cette invitation à «  se souvenir» de ce que Dieu a fait est présente tout au long de la Bible, c’est une invitation porteuse de vie !
  2. « Je ne suis pas juge ». L’interpellation de Miss Clara a changé le regard d’Elizabeth : « Est-ce que je peux te demander combien tu pries pour ton mari ?» A travers la prière, Elizabeth choisit d’inviter Dieu à prendre sa juste place dans sa vie et dans son couple, cela lui donne une nouvelle place face à son conjoint. Elle reconnaît alors qu’elle n’est pas juge de son mari et elle implore Dieu de lui donner de l’amour pour son conjoint. Dieu intervient en quelque sorte comme un médiateur et l’aide à désamorcer la haine qu’elle éprouve. Parce qu’elle n’est pas juge de son mari, elle peut prier pour lui, comme l’a fait Jésus sur la croix (Lc 23.24).
  3. Bénir ses ennemis et prier pour ceux qui persécutent (Mt 5.44, Lc 6.28, Rm 12.14). Non seulement Elizabeth n’est pas juge, mais l’Esprit de Dieu lui apprend à souhaiter du bien à son mari. Bénir ses ennemis est une manière de choisir de nommer celui qui est à l’origine du mal : non pas l’époux ou la personne en face de soi, mais Satan.
  4. Obéir à ce que Dieu demande peu importe le coût. Elizabeth n’est pas seulement dans la demande. Elle est aussi prête à faire ce qui est juste et encourage son mari à faire de même. En faisant cela, ils affirment leur confiance en un Dieu qui les dépasse et qui sait ce qui est bon pour chacun d’eux et pour leur couple. A la fin du film, Dieu est devenu à la fois leur Sauveur et leur Seigneur.

Le combat spirituel n’est pas une manière de « faire plier Dieu », ni une guerre à mener contre le Diable puisque Jésus l’a déjà vaincu sur la croix. Le combat spirituel est celui de pouvoir dénoncer le mal pour ce qu’il est tout en restant fermement attaché aux enseignements de Jésus. Cela se traduit de manière toute concrète par les actes posés et les paroles prononcées en relation avec les autres. Le temps passé dans la prière permet ce recentrage essentiel à la vie de disciple et c’est précisément ce qu’a découvert Elizabeth dans son placard. Dieu ne répondra pas toujours immédiatement et les situations difficiles ne se résoudront probablement pas en 1h30 comme dans ce film, mais Dieu est présent par son Esprit pour continuer à indiquer le chemin à ceux qui le cherchent et qui placent leur confiance en lui.

Une ressource pour les groupes de maison

En ces jours de rentrée, vous êtes peut-être à la recherche d’une ressource pour animer un groupe de maison. L’union d’Église de la Free met gratuitement à la disposition de tous 18 émissions sur le « sermon sur la montagne ». L’enseignant, Claude Baecher, est l’ancien directeur du centre de formation du Bienenberg. Les fiches d’animation des séances d’études sont, elles aussi, disponibles en ligne. Et si cette année était celle de la découverte du plus long discours de Jésus?