La découverte de Victor, le Hollandais

11A_8389En 2013, mettant à profit un compte épargne-temps, j’ai pu marcher pendant trois mois depuis chez moi, en région parisienne, jusqu’à l’extrémité ouest de l’Espagne à Saint-Jacques de Compostelle. En France j’ai emprunté, pendant un long moment, la voie dite de Vézelay qui est, en fait, très peu fréquentée. J’ai passé des journées entières sans rencontrer d’autre pèlerin. Mais, alors que je traversais le Sud-Ouest de la France, j’ai rencontré un Hollandais avec qui j’ai cheminé quelques jours. Victor (c’est son nom) effectuait sa deuxième marche vers Compostelle. Du coup, la conversation a naturellement roulé vers la question de savoir ce qu’il avait retenu de la première fois.

Victor, tout en s’intéressant aux questions religieuses, disait ne pas avoir la foi. Il s’était lancé dans une première marche 5 ou 6 ans auparavant, en voyant la retraite approcher et en se demandant ce qu’il allait faire lorsqu’il n’aurait plus de travail salarié. Mais, à ses propres dires, il n’a pas spécialement médité sur cette question en marchant. Il s’est rapidement retrouvé en compagnie d’une personne présentant un léger handicap physique qu’il a accompagnée jusqu’au bout. Et puis, une fois rentré chez lui, la découverte qui lui est restée est « qu’il avait assez ». J’aurais pu, me dit-il, prolonger ma carrière professionnelle pour accumuler plus d’argent. J’aurais pu essayer d’avoir une maison plus confortable. Mon épouse, elle aussi, aurait pu continuer à travailler pour augmenter les revenus du ménage. Mais j’avais assez, nous avions assez.

Victor avait pris sa retraite quand je l’ai rencontré. Il fait, entre autres choses, des travaux photographiques assez originaux. Il a, par exemple, photographié des sœurs religieuses d’une congrégation proche de chez lui, pendant leur vie monastique. Il m’a montré l’appareil photographique, relativement simple (sans être non plus du bas de gamme), qu’il utilisait. Je pourrais, m’a-t-il dit, avoir un appareil plus perfectionné, mais j’ai assez.

Cette découverte me semble assez récurrente lorsque l’on marche sur le Chemin de Saint-Jacques. Pour mes trois mois, j’ai emporté, en tout et pour tout, un sac de 8 kilos (plus, quand même, une carte bancaire !). Et, alors que l’on vit dans une simplicité inhabituelle, la vérité est que l’on se sent incroyablement allégé.

Il y aurait beaucoup à dire sur nos modes de vie malades de la surcharge. Mais pour les considérer avec un autre regard il faut quelque chose de l’ordre de la conversion. Combien de chrétiens oseraient proclamer, aujourd’hui, qu’ils ont assez ?

Article écrit par Frédéric de Coninck

5 clés pour ne pas discerner la volonté de Dieu

Comment être certain de ne pas discerner la volonté de Dieu ? Voici 5 clés qui ouvrent des perspectives insoupçonnées… sur la Bible, sur Jésus, sur soi, sur les autres, sur nos manières de discerner la volonté de Dieu.

  1. Utiliser la Bible comme un livre de recettes ou comme un code de loi

La Bible est comme un livre de recettes de prises de décision : je prends une parole de la Bible au hasard (en évitant les versets dérangeants), je me l’applique directement et je saupoudre ma situation. Ou alors je choisis plusieurs versets hors contexte, je les mélange vigoureusement, pour obtenir une sauce passe-partout, à mélanger à n’importe quel cas. A qui objecte, je réponds : « C’est biblique ».

La Bible est à utiliser comme un code de loi : elle y ressemble, avec ses chapitres et ses versets qui font penser aux chapitres, sections et paragraphes du Code civil. Cela exige de connaître la Bible sur le bout des doigts, pour trouver le bon article à appliquer à telle situation. Je sais alors ce qui est autorisé ou pas, à quelles conditions, et qui est concerné. A qui objecte, je réponds : « La Bible dit ».

  1. Ignorer l’enseignement de Jésus

On peut ignorer l’enseignement de Jésus de deux manières. Soit délibérément, soit sans en avoir l’air.

  • Délibérément : je cherche à discerner la volonté de Dieu, mais je sais que Jésus n’a rien dit de clair sur la situation en question, car il en est resté à des généralités. Comme Jésus n’a par exemple pas parlé des Smartphones, j’en déduis qu’il n’a rien à dire sur mon usage des moyens techniques ou technologiques.Ou alors, j’estime que ses paroles étaient trop précises et trop liées à son contexte (« vends tout ce que tu as et suis-moi »), sans validité ou implication potentielles pour aujourd’hui.
  • Sans en avoir l’air : je parle de Jésus, je le prie, je le célèbre comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, mais je ne cherche pas à connaître les commandements clairs qu’il a donnés ; ou alors je ne me réfère qu’à des commandements généraux en les délayant au point qu’il est difficile d’y trouver une aide pour discerner la volonté de Dieu aujourd’hui.
  1. Toujours ignorer ou toujours suivre ses désirs

Que faire de mes souhaits et de mes désirs dans le discernement de la volonté de Dieu ? On peut répondre à cette question de deux manières.

  • Puisque qu’il s’agit de discerner et de faire la volonté de Dieu et non la mienne, il ne faut surtout pas prêter attention à moi et à mes désirs personnels. En effet, mes désirs personnels s’opposent à la volonté de Dieu. Il faut y renoncer, pour ne pas agir de manière humaine, mais selon Dieu.
  • Puisqu’il s’agit de discerner la volonté de Dieu le Créateur, je peux penser qu’il a placé en moi des désirs qui rejoignent ce qu’il désire. Le principal moyen de savoir ce que Dieu veut est de prêter attention à mes désirs. En outre, comme il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres, il faut respecter ses désirs propres pour être capable d’aimer les autres.
  1. Penser avoir raison seul

Même s’il est bien sûr exagéré de dire que « l’enfer, c’est les autres », il est préférable de se méfier de l’avis d’autrui pour discerner la volonté de Dieu, surtout s’il questionne mes motivations. Les autres peuvent être animés par une volonté de contrôle ou de pouvoir, ils pourraient être tentés de s’opposer par principe ou par jalousie, ils risquent de voir la paille chez moi au lieu de voir la poutre chez eux, leur avis est l’expression de leurs névroses.

De plus, l’expérience montre qu’il n’est guère utile de recourir à l’avis de plusieurs personnes pour m’aider à discerner la volonté de Dieu. En effet, leurs avis divergent le plus souvent, surtout si le nombre de personnes consultées est grand. On est alors tiraillé intérieurement sans savoir quelle direction emprunter. Mieux vaut se dispenser des conseils bien-pensants.

  1. Croire que tout se joue au moment du discernement

Si je dois décider entre acheter un 4×4 ou une voiture électrique ou entre quitter mon épouse et rester,  j’ai intérêt à ne pas tenir compte des choix faits dans le passé : habiter à la campagne ou me marier. Je me concentre uniquement sur l’instant présent qui est le moment du discernement et de la décision. Je pèse le pour et le contre, je suis à l’écoute des circonstances, j’écoute ce que me dit Dieu, je me concentre sur le choix à faire, sans tenir compte du passé.

Bref, si discerner la volonté de Dieu est un art, ne pas discerner la volonté de Dieu relève plutôt de l’automatisme, garantie de réussite… !