« N’y a-t-il plus de baume en Galaad ? N’y a-t-il plus de médecin ? » (Jr 8.22)

6a0128766b08a8970c0154343a2e4a970cCe cri du cœur du prophète Jérémie – face à la crise de la déportation vécue par son peuple – m’interpelle aujourd’hui… Galaad était une région du pays d’Israël, située au nord-est du Jourdain, connue pour ses aromates avec lesquels on faisait des baumes qui servaient à la guérison. En appeler au baume et aux médecins de Galaad, concrètement, c’est poser la question s’il reste quelque part, dans ce pays, dans ce monde, quelque chose ou quelqu’un qui pourra apporter au moins une certaine guérison et donc aussi soulager la souffrance.

Cette question, si l’on pense – entre autres – à la fameuse « crise des migrants », ne se pose-t-elle pas aussi à nous, qui nous disons chrétiens ? Nous qui savons en particulier que la guérison dont le monde a besoin n’est pas que physique, mais aussi spirituelle, ne nous est-il pas donné, demandé, d’apporter un peu de « baume » dans notre monde déchiré par la souffrance ?

Mais comment ? Sans prétention à l’exhaustivité, je partage plusieurs éléments de réponse possibles.

  • Être présent, d’abord. Ne pas fuir, ne pas nous réfugier dans notre petit monde paisible et tranquille où nous nous sentons plus ou moins en sécurité, en attendant d’ « aller au ciel » ! Nous vivons dans un monde qui souffre et c’est notre devoir d’y être présents.
  • C’est cette présence qui nous permettra de témoigner au monde de notre amour pour lui. Par des gestes concrets, qui ne doivent pas forcément être grandioses, mais simplement sincères. Il s’agit de faire pour celui qui souffre ce que nous pouvons faire pour lui, ce qui est dans nos capacités. Ne méprisons pas les petits gestes, ne pensons pas que « ça n’en vaut pas la peine ». Ne nous laissons pas gagner par ce sentiment que nous éprouvons parfois que le geste, la parole de solidarité, sont inutiles et dérisoires : pour celui ou celle qui les reçoit, ils ne le sont jamais. Parfois, nous ne pourrons rien faire d’autre que prier… Soyons alors de ceux qui persévèrent dans ce domaine, sans nous laisser arrêter même si nos prières nous semblent petites, dérisoires.
  • Je crois encore que nous devons veiller à ne pas nous laisser entraîner par les discours faciles, stigmatisant, les amalgames que pratiquent certains médias et politiques, qui visent davantage à nous faire avoir peur de ceux que nous sommes appelés à aider et peut-être à accueillir. C’est aussi cela, être du « baume de Galaad » : faire l’effort de discerner les choses le plus justement possible, malgré leur complexité (qui est réelle), et ne pas nous faire les porteurs de discours ou de pensées qui nous éloignent (et éloignent d’autres) de la pratique du bien.
  • Devrions-nous nous préparer à participer, à aider à l’accueil de ces « migrants » ou réfugiés ? J’ai été interpelé récemment lors d’une réunion par une prière qui allait dans ce sens. Je me dis qu’il y a peut-être au moins une préparation mentale à faire. Certains sondages montrent que ce qui nous empêche le plus d’accueillir, dans nos pays, c’est la crainte que cela pourrait entraîner une baisse de notre niveau de vie… Si nous n’avons jamais réfléchi à ces questions, si nous ne nous sommes jamais demandé si nous pourrions peut-être vivre toujours relativement bien avec (un peu) moins, il est fort probable que si nous sommes un jour sollicités, nous ne bougerons pas. Nous ne pourrons pas tout faire, c’est vrai, mais ferons-nous ce que nous pouvons faire, même s’il doit nous en coûter ? C’est peut-être aujourd’hui le moment de réfléchir sérieusement au rapport que nous entretenons avec nos biens…
  • Je pense enfin que nous sommes appelés à être ce « baume de Galaad » par notre annonce de l’Évangile, qui est la solution au problème spirituel de ce monde. Nous croyons en un Christ qui a vaincu les forces du mal et de la souffrance, un Christ qui peut guérir, un Christ qui peut restaurer les vies brisées. Est-ce que ce n’est pas là tout particulièrement notre rôle, comme chrétiens, d’annoncer ce Christ ? Et si c’était, comme le suggèrent quelques voix, une « chance » que Dieu amène jusque dans nos pays des hommes et des femmes qui n’auraient peut-être jamais eu dans leur pays l’occasion d’entendre parler de Christ ? Des hommes et des femmes souvent brisés, qui ont besoin de guérison et de restauration, physique, mais aussi et surtout spirituelle ? C’est là que nous chrétiens pouvons tout particulièrement être de ce « baume de Galaad ». Autrement dit, il y a peut-être des enjeux bien plus vastes que ceux que nous imaginons à cette « crise des migrants », des enjeux qui se situent au-delà de ce que nous voyons avec nos yeux. Ce ne serait pas la première fois, en tous cas, que Dieu utilise une tragédie de ce monde pour « bousculer » son peuple quelque peu endormi… Le corps du Christ que nous formons saura-t-il se montrer à la hauteur de sa tâche ? Nous ne pouvons que l’espérer, par la grâce de Dieu, tout en réfléchissant à la manière dont nous pouvons au mieux nous y préparer.

Notre monde ne va pas très bien, c’est un fait… Puissions-nous ne pas nous habituer, ne devenir ni indifférents ni défaitistes, mais être de celles et ceux qui pourront – par leurs actes et leurs paroles – lui apporter au nom du Christ un peu de ce « baume de Galaad » dont il a tant besoin !

Ce contenu a été publié dans Bible, Paix et justice, Suivance du Christ et style de vie par Denis Kennel. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Denis Kennel

Diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute (physiothérapeute), Diplôme de l'Ecole Biblique Mennonite Européenne du Bienenberg, Maîtrise en théologie de la Faculté Libre de Théologie Evangélique (FLTE) de Vaux-sur-Seine, Master de recherche en théologie anabaptiste validé dans le cadre du programme d’Etudes Francophones de Théologie Anabaptiste (EFraTA) du CeFoR Bienenberg, Doctorat en théologie. Actuellement enseignant et directeur des études du département francophone du CeFoR Bienenberg. Domaines de compétence : Histoire et théologie anabaptistes, Théologie systématique et biblique, Exégèse Marié, père de 3 jeunes enfants

Une réflexion au sujet de « « N’y a-t-il plus de baume en Galaad ? N’y a-t-il plus de médecin ? » (Jr 8.22) »

  1. Merci pasteur pour cet éclaircissement de ce verset biblique. Que notre Seigneur nous aide a être des baumes qui pense les plaies de ceux qui sont malades spirituelement, phisiquement, émotionnelle ment, interieurement. Car même dans nos églises nombreux sont ceux qui sont dans un état démoralisant. A se demander comme le dit le prophète Jérémie  » n’y a t il point de baume, de médecin au milieu du peuple de Dieu » ? Pourquoi tant de souffrance ? Pourtant la parole est prêcher, mais les cœurs ne retiennent pas grand chose, on dirait des citernes crevassées. Alors puisse le Seigneur nous ouvre les yeux de nos cœurs, et pour le monde et pour les migrants et pour son église universel. Que son nom soit glorifié car c.est Lui le baume et le grand médecin par excelence. Mes salutations en Jésus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *