La Bible trouve-t-elle sa place dans nos cultes?

bible-01Dans nos milieux, la Bible est utilisée surtout comme source de lecture individuelle et base des prédications lors de nos cultes. Nous oublions à quel point la lecture de l’Écriture a été importante dans le culte tout au long des siècles : lecture et écoute commune. Il n’est pas rare qu’on entende plus de lectures bibliques lors d’une messe catholique que dans un culte évangélique. Nous qui nous disons fondés sur la Bible, le sommes-nous vraiment ?

Le récit biblique, du premier chapitre de la Genèse jusqu’au dernier de l’Apocalypse, constitue la collection écrite du travail créatif et rédempteur de Dieu en Jésus-Christ à travers l’histoire. En tant que disciples de Jésus, nous affirmons être les témoins de Dieu dans le monde, et que la Bible, notre « livre saint », est le témoignage écrit des actes salvateurs et de la révélation de Dieu, ainsi que du mystère de son éternel amour pour toute sa création. Dans les mots de l’Écriture, nous trouvons la source consignée et le soutien de notre foi, l’histoire de l’alliance divine de Dieu avec son peuple. Cette alliance est proclamée et représentée dans et à travers la louange. Les paroles bibliques n’ont jamais cessé de constituer la base de la foi des croyants, et une fenêtre qui s’ouvre sur le Royaume de Dieu en marche vers sa plénitude à la fin du temps. Elles forment le cœur et l’histoire de notre identité de peuple, et fournissent les fondements de nos communautés en nous donnant « une perspective commune sur la réalité »[1]. Manifestement, l’écoute de cette histoire doit être favorisée chaque fois que les croyants se réunissent pour rendre un culte au Seigneur. Les paroles bibliques établissent la norme et le modèle de la louange acceptable à Dieu, ainsi qu’une vie de disciple fidèle et obéissante. Elles stimulent la participation individuelle et collective à la mission de Dieu. Les mots bibliques, lus, dits et enseignés en assemblée, sont essentiels pour former le peuple de Dieu et pour édifier l’Église. Lorsque le langage utilisé pour la louange n’est plus en lien étroit avec la Bible, lorsque l’Écriture tombe en désuétude dans la louange collective, l’une des sources principales de la révélation de Dieu tombe sur le bord du chemin et, en même temps, entraîne avec lui son peuple.

Les paroles de l’Écriture sont souvent des paroles de louange. Lorsqu’elles sont utilisées efficacement, elles permettent de révéler la vérité, l’amour et la volonté de Dieu. Les adorateurs fidèles sont appelés à assimiler ces réalités individuellement et collectivement, mais non pas pour leur seul profit. A la fin de chaque culte ils sont envoyés dans le monde pour partager la vérité et l’amour de Dieu au moyen de leur foi et vie de disciple. En effet, Dieu a choisi un peuple d’alliance non seulement pour qu’il le loue et cherche à lui ressembler, mais aussi pour qu’il devienne une source de bénédiction pour toutes les nations.[2]

Pour se conformer à l’appel de Dieu, pour parvenir à la fidélité, l’Église a besoin d’une louange authentiquement biblique. La véritable louange évangélique, celle qui nous transforme et nous conduit à refléter notre foi par la mission et la vie de disciple, est facilitée dès lors que la parole écrite et/ou dite de Dieu et de son travail salvateur sont remémorés, racontés, et sincèrement « écoutés ». Si ce n’est pas le cas, les croyants, membres réunis du corps du Christ, risquent de perdre non seulement la raison pour laquelle ils se rassemblent pour rendre un culte à Dieu mais aussi leur identité en tant que son peuple. Justement, une meilleure utilisation de la Bible lors de nos cultes nous aide à éviter cet écueil. Les paroles et les récits bibliques jouent un rôle essentiel afin de nous aider à nous souvenir de qui nous sommes en tant que peuple, d’où nous venons et où nous allons. De plus, l’Écriture constitue non seulement une autorité pour la doctrine, mais aussi pour l’éthique, la relation de l’Église avec la société et sa politique.[3] Bien utilisés lors du culte, les mots bibliques contribuent à construire des communautés du Royaume.

L’Écriture régule la forme et la raison de la respiration liturgique/cultuelle et de notre réponse collective à la fidélité et à l’amour inconditionnel de Dieu. C’est pour cette raison que ses paroles ne doivent jamais être considérées comme secondaires ou seulement comme base de la prédication. La répétition constante et sous formes variées de l’Écriture grave les fondations historique, théologique et pratique de notre foi dans nos cœurs. Selon Henri Nouwen, nous ne pouvons pas vivre sans le récit des Écritures, car sans lui nos propres histoires individuelles perdent leur unicité. Les individus perdent de vue la signification de leur rôle participatif dans la « Grande Histoire » de Dieu, et par conséquent, « demeurent de petits individus avec de petites préoccupations qui vivent de petites vies et meurent de petites morts ».[4] L’Écriture raconte l’histoire du projet de Dieu comme une continuité dans laquelle nous, aujourd’hui, en tant qu’acteurs, possédons des rôles déterminants dans le scénario. Le monde peut toujours paraître comme le devant de la scène, mais en tant qu’acteurs dans le drame de l’histoire de l’humanité, le « rôle » que nous jouons est appelé à être façonné par la Parole de Dieu. De plus, ajoute Stanley Hauerwas, les chrétiens croient que Dieu a promis de leur parler à travers l’Écriture. Il est dès lors essentiel que l’Église, corps du Christ, écoute ses mots encore et encore car un souvenir « exact » et une vie fidèle sont intimement liés[5]. Quand nous lisons ou écoutons l’Écriture ensemble, notre concept de Dieu et de ce qu’il attend de nous s’en trouve élargi, notre mémoire collective en est consolidée, et notre identité de peuple de Dieu renforcée.

Dès l’origine, nos ancêtres, les anabaptistes, considéraient la Parole de Dieu comme la source d’autorité de leur foi chrétienne et de leur pratique du culte. Les paroles de la Bible étaient l’aliment de base de leurs rassemblements. L’Écriture était l’air qu’ils respiraient. L’autorité et la puissance de l’Écriture étaient telles qu’ils étaient prêts à affronter et la torture et la mort pour avoir le droit de la lire et de l’interpréter chez eux et dans leur rassemblements. Ils voyaient la prolongation de la présence de Jésus dans le temps et dans l’espace dès qu’ils entendaient la Parole de Dieu pendant le culte. L’appel essentiel : que ces paroles s’incarnent dans un style de vie à la suite du Christ.

Et nous? Nos assemblées ont-elles perdu leur passion pour l’écoute commune de l’Écriture lors du culte ? Des mots de vérité pour lesquels tant de croyants étaient prêts à mourir sont délaissés comme bagage inutile, remplacés par des commentaires des uns et des autres qui cherchent à être « pertinents ». Comme si la conscience chrétienne était devenue tellement insensible aux Écritures, que nous avons du mal à imaginer que leur contenu puisse contribuer de manière significative au culte et à la vie de tous les jours. Pourtant, il s’agit de la Parole de Dieu, une histoire du monde, de son origine, de son sens, de son destin. Cette Parole cherche à nous inscrire dans cette même histoire, dans le projet de Dieu. La question est maintenant devant chacun et chacune, et devant chaque assemblée. A nous de juger… Un tel verdict ne devrait pas nous laisser indifférent. Y a-t-il lors de nos rassemblements un étrange silence de l’Écriture ?

Suggestions pour l’utilisation des textes bibliques pendant le culte : Voir les dossiers de Christ Seul des Éditions Mennonites, Paroles et prières pour le culte (sous dir. Silvie Hege, 3/2014), Dieu au centre (Janie Blough, 3/2013) et les « Ressource bibliques pour le culte »

[1] Robert Taft, SJ, Beyond East and West: Problems in Liturgical Understanding (Washington, D.C. : The Pastoral Press, 1984), 128.

[2] David Peterson, Engaging with God : A Biblical Theology of Worship, 159.

[3] Confession of Faith in a Mennonite Perspective (Scottdale, PA. : Herald Press, 1995), 24.

[4] Henri J. M . Nouwen, With Burning Hearts : A Meditation on the Eucharistic Life (Maryknoll, N.Y. : Orbis Press, 1994), 48-49.

[5] Stanley Hauerwas, Unleasing the Scripture : Freeing the Bible from Captivity to America   (Nashville : Abingdon Press, 1993), 36.

4 réflexions au sujet de « La Bible trouve-t-elle sa place dans nos cultes? »

  1. MERCI Jennie de relever la réalité d’une disproportion entre les mots et la Parole lors d’un culte évangélique. Et comment mieux faire ? C pas gagné !!! Être conscient de ce danger, c’est peut-être la 1° démarche nécessaire à un changement !

    Bon courage

    Philippe Widmer

  2. Nous avons reçu voilà vingt-un siècles le Verbe de Dieu. Le VERBE dans une phrase précise l’ACTION. En ce début de millénaire, chose étonnante, nous ne « verbons » plus : le mot, le parler, la parole, le cri sont confus, tordus et se rattachent au superficiel, au dilettantisme, aux résultats de nos négligences linguistiques, pour tout dire le souffle de nos mots exhalent la mort. En conséquence, nos actes aussi.
    En ce début de millénaire, on favorise plus encore le scientifique qu’avant, les mathématiques, les chiffres, les nombres. Mais on ne sait plus parler, converser, et surtout écouter. Le monde compte. Il numérote tout mais il ne « nomme » pas sinon en blasphémant. Le pouvoir qu’Adam avait au paradis de donner un nom véritable aux vivants qui se présentaient à lui nous le perdons de loin en loin. D’aucuns me diront que l’on n’a jamais autant parlé que maintenant avec les nouveaux moyens de communications. Certes, mais est-ce cela parler ? Jeune, on me disait « ne parle pas pour ne rien dire ». En est-il autrement aujourd’hui au niveau planétaire ? Le Prince de ce monde compte nos kyrielles de mots en sous. Il a en fait son fond de commerce et « son entreprise ne connait pas la crise ».

    En effet, c’est entre autres au culte, que je réapprends mes conjugaisons célestes, mes déclinaisons divines, mes verbes christiques, ma grammaire évangélique autrement dit que je me réapproprie mon verbe aux vibrations du seul Verbe Christ-Jésus, aux sons de l’unique Voix. Là, dans l’Ecriture sainte, est ma langue originelle grâce à Celui qui a dit que je sois. La Bible me prouve que le Verbe de Dieu agit d’œuvres de vie. Quand Jésus parle la vie est créée là où il n’y avait que mort, quand Il commande tout Lui obéit naturellement. Quand Christ parle à la maladie la guérison est là. Quand l’Oint de Dieu parle à la Tyrannie la Délivrance est là. Voilà une des raisons qui m’amène aux cultes : le Verbe répand la Vie. Et mon verbe !?! Oui, pour l’instant, il ne créé pas grand-chose ; une flammèche tout au plus. Toutefois les cultes m’encouragent à persévérer dans les pas du Maître car Lui seul est le vrai modèle et mon seul secours,- et recours. Qu’Il Lui plaise de faire œuvre de vie au travers de sa misérable créature qui est une sépulture blanchie mais ténébreuse à l’intérieur ! Qu’à Lui seul soit la vraie Gloire de ce qui sort de bon de soi.

    Dans son « Petit dictionnaire amoureux de la Bible », Didier Decoin souligne que les anges parlent peu et qu’ils annoncent que ce que le Père leur a confié de dire. J’ai pu remarquer aussi dans le livre de l’Apocalypse que l’on parle peu mais qu’on loue beaucoup surtout Celui qui occupe le trône vers lequel tout converge. Je sais donc que je ne suis pas un ange car je suis prolixe dans ce commentaire ensuite je connais de moi-même que mes limites dans les louanges sont fort réduites. Alors je vais en général au culte pour écouter plus talentueux que moi. Et puis j’écoute, j’écoute la Parole. Je pars alors déterminé à mettre en pratique ce que j’ai entendu de notre Seigneur dans mon quotidien.

    Merci Janie.

      • la bible est le recueil de la volonte de Dieu et son plan pour les ages ,c’est un veritable manuel de vie.
        le monde devalorise logos revelee de Dieu

        Merci Que Dieu vous benisse abandamment
        jesus reviendra bientot etes – vous prets?

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