« Je ne lis plus ma Bible. Je la connais »

Linfobésité-est-source-dangoisse-et-de-frustration« Je ne lis plus ma Bible. Je la connais. Il n’y a rien de nouveau pour moi. »

Ces paroles, dites récemment par une chrétienne, m’ont interpelée. C’est comme si elle me disait, « Je n’ai pas besoin de lire ce bouquin, car je connais la fin de l’histoire ».

J’ai l’impression qu’une partie des personnes de nos Églises n’a pas de contact personnel avec les Écritures en dehors du dimanche matin. Cela peut sembler paradoxal à une époque où nous disposons de nombreuses traductions de la Bible. (Le fait de posséder une Bible est relativement récent dans l’histoire du christianisme.) Par ailleurs, nous pouvons avoir avec nous en permanence plusieurs versions de la Bible dans notre Smartphone. S’il est plus facile de lire la Bible à notre époque, pourquoi sa lecture semble-t-elle diminuer ?

Il me semble qu’Internet a induit un changement dans notre manière de lire et même de traiter l’information. Sur le web, nous sommes face à une quantité phénoménale et croissante de données. Une recherche sur Google nous donne, par exemple, plus de 800 000 résultats en 43 secondes. Et à chaque lien, à chaque clic, tout un univers d’informations s’ouvre à nous. Avec la multiplication de livres, courriels, SMS, sites Internet, revues, journaux, nous subissons une véritable surcharge d’information, « l’infobésité ».

Il existe une telle augmentation d’information que nous n’avons pas le temps de tout lire ni la capacité de tout assimiler. Alors, quand nous lisons un texte quelconque, nous le traversons le plus rapidement possible, souvent en diagonale. Nous le parcourons à la recherche de l’information qui nous aidera à mieux fonctionner dans notre monde. Nous sommes dans une mentalité « d’information » et « de fonctionnalité »… prenant ce qui nous sert immédiatement. Internet nous donne l’impression que le but de la lecture, c’est une accumulation de connaissances, avec la découverte de la dernière nouveauté.

Malheureusement, nous transposons parfois cette manière de lire au texte biblique. Nous feuilletons des passages à la recherche d’un nouvel éclaircissement, d’une nouvelle information ou connaissance. Et nous arrivons à ces phrases, « Je ne lis plus ma Bible. Je la connais. Il n’y a rien de nouveau pour moi »… comme si le but de la lecture biblique était uniquement la connaissance intellectuelle.

Prenons un exemple : Nous pouvons connaître Jean 3.16 et comprendre le sens des mots et l’idée de ce verset. Mais saisissons-nous vraiment au fond de nous, combien Dieu aime le monde ? Sommes-nous pénétrés par la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur de son amour pour le monde ? Ceci est plus que la compréhension intellectuelle des mots. Il s’agit d’une intériorisation, d’une pénétration de plus en plus profonde de la Parole en nous. Il s’agit d’écouter Dieu au travers de sa Parole et de se laisser transformer par cette Parole.

Lire les textes bibliques avec une mentalité d’information et de fonctionnalité, comme un texte sur Internet, c’est confondre connaissance intellectuelle et transformation de la vie. C’est confondre connaissance intellectuelle et connaissance du cœur dans une vraie relation avec Dieu, nourrie par une lecture méditée et priée.

Il est peut-être nécessaire, dans notre ère numérique, de réapprendre à lire… lire les Écritures de façon à mettre l’accent sur le développement de la relation avec Dieu et la transformation de la vie à sa ressemblance.


Une réflexion au sujet de « « Je ne lis plus ma Bible. Je la connais » »

  1. Il y a fort longtemps, quand ma jeunesse me portait à être audacieux, je me suis piqué d’une réflexion orale devant un parterre de syndicalistes : « La surinformation désinformera ! »

    En effet, à l’instar de l’article, c’est pour cette même raison que nous constatons les dégâts d’une telle culture intensive d’informations dans le domaine spirituel. Rien n’est pire que cette décision qui a été prise par « je ne sais qui ? » d’ouvrir aussi larges les battants de la porte des savoirs. L’analyse du processus de désinformation est très bien détaillée par l’auteur. Permettez-moi d’ajouter ces quelques remarques :
    Saint Thomas d’Aquin, si ma mémoire ne me joue pas des tours, disait qu’il fallait craindre l’homme d’un seul livre, bien sûr il parlait de la Bible. Comme nous le voyons dans l’article personne aujourd’hui ne « craindra » celui ou celle qui a lu les Écritures « en diagonale » puisque cette façon d’appréhender les textes sacrés ne grave pas dans les cœurs les préceptes de Dieu.
    Ensuite, nous devons borner notre quête du Savoir. Eviter toute boulimie de connaissances. Rien n’est plus faux que de croire que l’homme se réalisera par ce biais-là. Cette utopie moderne dont on se plaît généralement à accompagner le Pouvoir, la Puissance, la Gloire, la Richesse matérielles a pour but inavoué de perdre nombre d’âmes dans les Ténèbres.
    Et puis, il y a une différence énorme dans l’homme entre le Savoir et le Pouvoir. Nous pouvons immensément savoir de choses mais nous pouvons en faire peu. Notre Seigneur Jésus-Christ ne cesse pas de nous le rappeler : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et le reste vous sera donné de surcroît ! » Charité, humilité, confiance, douceur, prière en Christ au quotidien ne dépendent d’aucun savoir humain mais appartient à la voie du cœur. Or, Pascal nous dit : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Voici ce que nous dit la Philosophie : cette phrase « reflète la théorie de Pascal sur la croyance religieuse, donc, selon laquelle le cœur est une meilleure voie d’accès à Dieu que la raison, elle-même limitée. » (La-Philosophie.com). Je le crois sincèrement.

    Pour finir, nous voyons que le Maître ne nous demande pas des choses compliquées ni qui relèvent de l’intelligence de la Raison. Et malgré cela, nous avons du mal à pratiquer des gestes simples comme donner un verre d’eau à un indigent. Oui, j’ai connu des gens brillants intellectuellement mais complètement inaptes à la vie, à l’empathie, à la miséricorde, au courage et plein d’erreurs tout sublimes déséquilibrés qu’ils sont.
    A la vérité, nous sommes entourés de grands talents. Mais le talent s’apprend, le génie est plus difficile. Mais le monde, semble-t-il, manque plutôt cruellement de « saints ». Il nous manque des « justes ». Il nous manque des véritables serviteurs du Christ. Il nous manque des cœurs. Il nous manque des praticiens de l’Évangile. Il nous manque « des ouvriers ».

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