De la grâce à la paix…

De la grâce à la paix…

« Grâce et paix à vous de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ ! »… Je me suis souvent demandé, en lisant ces lettres, pourquoi Paul insistait tant sur ces 2 éléments : la grâce, et la paix. Il y aurait tant d’autres vœux qu’on pourrait formuler ! Mais voilà, pour Paul, ce qui importe en 1er lieu, ce qu’il veut pour les destinataires de ses lettres, c’est avant tout la grâce et la paix. Pourquoi ? Pourquoi la grâce et la paix ? Et pourquoi la grâce et la paix ensemble ?

La paix

La paix, shalom en hébreu, désigne bien plus que l’absence de conflit… Le concept désigne le bien-être humain dans toutes ses dimensions, personnel et social, physique et spirituel, intérieur et extérieur, etc. Plénitude, santé, bien-être, prospérité, sécurité, relation juste entre les personnes et Dieu, des personnes entre elles, des personnes vis-à-vis de la création, etc. Tout cela fait partie du shalom et le définit. C’est quand, pour reprendre l’expression de Bernhard Ott dans son petit livre Shalom. Le projet de Dieu (Dossier de Christ Seul 1-2/2003, Editions mennonites, p. 15), à la question : « Est-ce que tu te réjouis de me voir ou est-ce qu’il y a encore quelque chose entre nous ? », nous pouvons nous regarder droit dans les yeux en répondant joyeusement : « Tout est en ordre ! ».

Le shalom, ainsi, va bien plus loin que la paix qu’il nous arrive parfois, selon l’expression consacrée, de nous « ficher » les uns aux autres… La raison pour laquelle Paul insiste tant dessus, me semble-t-il, c’est qu’il est au cœur du projet de Dieu : ce que Dieu a eu en vue, dès la création, pour l’humanité et l’univers. Et depuis l’irruption du péché, il est ce que Christ notre paix est venu restaurer, apporter et rendre possible.

La difficulté, cependant, est qu’il n’est pas si simple d’y rester, dans cette paix… Les occasions d’en sortir sont nombreuses, au gré des différences, des difficultés à se comprendre, à travailler ensemble, des irritations, des énervements, etc. Et c’est justement pour cela que la grâce – le 2ème mot-clé de Paul – est nécessaire.

La grâce

La grâce, à la base, n’est rien d’autre qu’un cadeau. Un cadeau qui a cela de particulier qu’il est fondamentalement immérité. La plus belle image pour dire la grâce, pour moi, est celle du fils indigne accueilli par son père, tel que le raconte Jésus dans la parabole dite « du fils prodigue » (Lc 15.11-32).

Ce qui m’interpelle le plus dans cette parabole, je crois, c’est de voir à quel point le père, pour faire grâce à son fils, a dû renoncer à lui-même. Il a renoncé à son honneur, lorsqu’il s’est abaissé jusqu’à courir vers ce fils qui revenait, ou encore lorsqu’il a refusé que ce fils qui l’avait pourtant bafoué revienne comme un serviteur ; non seulement il l’a accueilli comme un fils, mais en plus il n’a pas exigé de sa part réparation. Par rapport aux us et coutumes de l’époque, ce père s’est abaissé, il n’a pas tenu compte de son honneur, que sa réputation soit préservée. La grâce est un don gratuit pour qui la reçoit, elle est un don qui coûte pour qui la donne. Car pour faire grâce, il faut renoncer à soi.

Mais sans cette grâce, offerte, reçue, il n’y a pas de shalom possible. On comprend mieux dès lors la double salutation de Paul, Grâce et paix…

Grâce et paix

La grâce que l’on offre aux autres – et que l’on reçoit – est un élément-clé pour vivre le shalom.

– Faire grâce à mon frère ou à ma sœur lorsqu’il ou elle m’a dérangé, heurté, blessé…

– Lui faire grâce en ne lui prêtant pas systématiquement de mauvaises intentions lorsque ses perspectives ne rejoignent pas les miennes…

– Lui faire grâce quand sa manière d’être et de vivre a tendance à m’énerver, ou lorsque je ne la comprends pas…

Pour entrer et vivre dans le shalom divin, il y a besoin de grâce… Besoin de se faire grâce les uns aux autres, comme des cadeaux immérités que l’on s’offre – en se rappelant bien sûr que nous avons nous-mêmes, en Jésus-Christ, reçu le cadeau le plus immérité qui soit.

Il peut certes en coûter… Un certain renoncement à ce qui nous est cher, voire même peut-être, qui sait, devoir renoncer à certains aspects de ce que nous considérons être notre « honneur » (les images que nous pouvons avoir de nous-mêmes et qui font que nous avons parfois du mal à lâcher prise parce que « Qu’est-ce que les autres vont penser de moi ? »). Mais le shalom est à ce prix, sous peine de devenir un « shalom chahuté »…

Alors, que le Seigneur nous aide à être, là où il nous a placés, des transmetteurs de grâce, des hommes et des femmes qui savent faire grâce aux autres, à leurs prochains, leurs collaborateurs, etc., pour que se réalise de manière toujours plus belle ce formidable projet qu’est le shalom de Dieu.

Ce contenu a été publié dans générale par Denis Kennel. Mettez-le en favori avec son permalien.

A propos Denis Kennel

Diplôme d'Etat de masseur-kinésithérapeute (physiothérapeute), Diplôme de l'Ecole Biblique Mennonite Européenne du Bienenberg, Maîtrise en théologie de la Faculté Libre de Théologie Evangélique (FLTE) de Vaux-sur-Seine, Master de recherche en théologie anabaptiste validé dans le cadre du programme d’Etudes Francophones de Théologie Anabaptiste (EFraTA) du CeFoR Bienenberg, Doctorat en théologie. Actuellement enseignant et directeur des études du département francophone du CeFoR Bienenberg. Domaines de compétence : Histoire et théologie anabaptistes, Théologie systématique et biblique, Exégèse Marié, père de 3 jeunes enfants

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *