La terreur au nom de Dieu: un défi existentiel pour les croyants religieux

L’actualité et les attentats récents nous font prendre conscience d’un besoin urgent de prendre du recul. Nous diffusons le texte d’une conférence donnée en 2013 par Larry Miller, ancien secrétaire général de la Conférence mennonite mondiale et actuel secrétaire général du Forum chrétien mondial, réflexion encore pertinente dans le contexte actuel.

s2.qwant.comAu cours des 30 dernières années, le terrorisme a connu une recrudescence et un
changement dans sa nature et sa portée. Alors qu’il était auparavant principalement
local et focalisé dans sa mise en œuvre, le terrorisme est passé à l’avant-plan sur la scène mondiale et les victimes sont choisies aveuglément.

Pour beaucoup, le terrorisme constitue l’une des plus graves menaces à la paix et la sécurité humaine. Comme sous-entendu dans le titre de ce panel, le terrorisme contemporain revendique souvent une identité religieuse et utilise un langage religieux pour décrire ses attaques violentes contre l’ennemi. Suite à la destruction des tours jumelles aux États-Unis, Oussama Ben Laden a affirmé : « Voici l’Amérique frappée par Dieu dans l’un de ses organes vitaux (…). » Mais le caractère religieux du terrorisme aujourd’hui n’a d’égal que le caractère religieux des réactions dominantes à ces attaques. Plusieurs années après le commentaire de Ben Laden, George W. Bush a dit à un auditoire chrétien aux Etats-Unis: « Dieu m’a demandé de frapper al-Qaïda et je les ai frappés, et puis il m’a demandé de frapper Saddam, et c’est ce que j’ai fait. »
Tant de violence aujourd’hui est infligée au nom de Dieu, à la fois par ceux populairement connus comme terroristes et par ceux qui les combattent, que cela a
relancé de façon dramatique le débat sur le lien entre la religion et la violence.Pour beaucoup, ce débat met en question la croyance en la bonté fondamentale de la
religion – en particulier la bonté des trois religions monothéistes. « Lorsqu’on lui a
demandé ce qu’il pensait être le réel ‘‘axe du mal’’ le journaliste britannique
Christopher Hitchens a répondu: “Le christianisme, le judaïsme et l’islam”. »i

Ces développements posent un défi existentiel fondamental à la foi des croyants, en
particulier des croyants pacifistes. Le défi est d’autant plus grand pour les croyants
pour qui les textes sacrés racontant les événements fondateurs de leur foi rejettent
l’utilisation de la violence meurtrière comme moyen de vaincre le mal – ce que font
selon moi les récits de la vie, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth. Loin de
montrer que « Dieu est de mon côté » et de fournir ainsi une justification pour « ma
cause », ces récits révèlent que Dieu est du côté de ceux qui résistent au mal de façon
non-violente, en choisissant de mourir au lieu de tuer, de donner leur vie plutôt que de
prendre celle d’autrui.
Répondre à la terreur perpétrée au nom de Dieu : quatre pistes pour les croyants
Comment répondre au défi posé aux croyants par la violence menée au nom de Dieu ?
Parmi les nombreuses réponses possibles et utiles, je suggère les quatre pistes
suivantes, toutes reliées les uns aux autres.

  1. Mener une « évaluation de la terreur » au sein de sa propre tradition religieuse
  2. Refuser de participer à la « guerre sainte » contre le terrorisme
  3. S’engager dans des efforts de rétablissement de la paix à l’échelle locale et mondiale
  4. Remplacer les systèmes de croyances qui justifient la violence en invoquant le nom de Dieu.

Ces points sont développés dans la suite de l’article disponible ici (clic)

Cet article de Larry Miller a été présenté à la rencontre internationale pour la paix, « Le courage d’espérer: dialogue entre religions et cultures » à la communauté de Sant’Egidio à Rome le 1er octobre 2013.