La salle d’attente de Dieu

Pictogramme-Salle-d-Attente_largeDans cette période de l’Avent, nous nous préparons à fêter l’arrivée du Dieu venu nous rejoindre dans notre humanité. L’attente est pour nous, aujourd’hui, facile ; car nous attendons un événement dont nous savons qu’il est déjà arrivé. Mais qu’en est-il de nos autres attentes ? Dimanche dernier, avant la prédication que je devais tenir, je me suis permis de laisser attendre mes frères et sœurs – sans les avoir prévenu à l’avance, évidemment. Silence. Surprise. Rires. Embarras. Dénonciation (« C’est Denis K. qui est de message ! »). Il m’a semblé sentir un certain soulagement dans la salle quand je me suis levé…

La petite expérience avait pour but de mettre en évidence la diversité de nos réactions face aux attentes imprévues. Une diversité me semble-t-il que nous n’arrivons pas toujours à accueillir suffisamment, et à laquelle nous avons parfois tendance à répondre – pour nous-mêmes et pour les autres – de manière stéréotypée, sans tenir compte de la variété des sentiments et émotions que nos attentes déclenchent en nous. Car s’il existe des attentes heureuses qui nous remplissent de joie et d’excitation, il en existe aussi des difficiles, voire des douloureuses : quand on est malade et qu’on attend la guérison, quand on souffre et qu’on attend la délivrance, quand on ne voit pas le bout du tunnel, etc.

La Bible, elle, nous dépeint un Dieu accueillant toutes sortes d’attentes, avec tout leur cortège de réactions possibles, parfois bien vécues et bien gérées, parfois moins bien vécues et moins bien gérées, avec diverses expressions de ras-le-bol, de découragement, de pleurs, de larmes, de révolte, etc. – et même tantôt avec certaines chutes. Le Psaume 131, par exemple, décrit une attente tranquille et sereine, face aux questions « trop grandes et trop merveilleuses pour moi ». Mais Abraham et Sara, alors que l’attente du fils de la promesse se prolonge et que les corps se font vieux, chutent, avec les conséquences que l’on connaît. Dieu cependant ne les rejette pas. Au contraire, malgré une situation plus compliquée que ce qui était prévu à l’origine, il continue son projet avec eux. Et que dire encore de Job, de la manière dont Dieu accueille sa souffrance et sa révolte alors que se prolonge la maladie et l’attente de la guérison ? Les (seuls ?) passages que nous retenons souvent, et que nous admirons, – « L’Eternel a donné, l’Eternel a ôté ; que le nom de l’Eternel soit béni ! » (1.21) ; « Quoi ! nous recevrions de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ! » (2.10) – sont suivis de chapitres entiers remplis de questions, de crises, de révoltes, etc. (voir par ex. 19.7-22). Alors que l’attente se prolonge, que la situation n’évolue pas, que la souffrance s’installe dans la durée, c’est un autre discours qui sort de la bouche de Job. Certes, on trouve aussi chez lui des « sursauts de foi », mais pour l’ensemble, le discours n’est « pas piqué des vers », comme on dit. Mais à la fin, c’est de Job dont Dieu dit qu’il a parlé « avec droiture », contrairement à ses amis… (42.7)

Dans ce temps de l’Avent, nous nous rappelons que Dieu est venu, après une longue attente (400 années de silence entre les derniers prophètes AT et la venue de Jésus-Christ !). Ce même Dieu, aujourd’hui, vient nous rejoindre dans nos attentes, aussi diverses et variées soient-elles. Et surtout, dans son amour, il nous accueille avec tous les sentiments et émotions que nos attentes déclenchent en nous…

  • que nous attendions, confiants, comme des enfants sevrés « sur leur mère » (Ps 131) : Emmanuel, Dieu avec nous se réjouit de ce calme et de cette confiance ;
  • que nous attendions, comme Sara et Abraham, avec le sentiment d’avoir chuté lors d’une attente : Emmanuel, Dieu avec nous nous rejoint malgré notre chute, il ne nous met pas sur une voie de garage mais désire continuer à œuvrer avec nous ;
  • que nous attendions, comme Job, dans une situation difficile, de souffrance, avec son cortège de questions, d’incompréhensions, peut-être de révoltes, etc. : Emmanuel, Dieu avec nous nous invite à lui exprimer nos émotions – y compris les plus « brutes de décoffrage »…

Le pire, finalement, serait de ne plus rien attendre. Le plus dommageable, de ne pas nous autoriser à attendre avec ce que nous sommes, ou de ne pas laisser la liberté aux autres d’attendre avec ce qu’ils sont… Qu’en ce temps de l’Avent, nous puissions ressentir tout l’accueil qu’Emmanuel, Dieu avec nous, veut nous offrir, dans nos attentes.