Le ministère féminin – textes bibliques

Le ministère féminin a assurément fait couler beaucoup d’encre et de salive. Comment comprendre des textes qui semblent comporter une certaine ambivalence? Linda Oyer, ancien professeur associé de Nouveau Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, présente ici les différents textes bibliques qui parlent des femmes et explique comment les comprendre. Cette vidéo de 30 minutes a été montrée la première fois lors de la journée de réflexion au sujet du ministère féminin le 28 janvier 2017 (CeFoR Bienenberg). Elle est brillante de clarté!

Découvrez le chapitre de Linda Oyer: « Lire Paul à la lumière de Jésus » dans « de l’Écriture à la communauté de disciples« , Excelsis, 2016

Lisez le compte-rendu de cette journée de réflexion!

Si le sujet vous intéresse, ne manquez pas le blog « Qui nous roulera la pierre?« 

40 ans après… le bilan!

Marie-Noëlle Yoder, Madeleine Bähler et Marie-Noëlle von der Recke

Marie-Noëlle Yoder, Madeleine Bähler et Marie-Noëlle von der Recke, trois enseignantes du Bienenberg.

Par Joëlle Razanajohary

Trois femmes vont parler, l’une après l’autre. Elles n’ont ni le même âge, ni la même situation de vie. Elles se sont succédé au poste d’enseignante au Bienenberg et participent à une journée bilan, 40 ans après la nomination de la première, Marie-Noëlle von der Recke. Leurs discours résonnent d’étranges points communs. L’une après l’autre, elles égrènent leurs joies, leurs profondes reconnaissances envers l’organisme de formation qui les a accueillies et leur a ainsi permis d’exercer librement leurs dons, alors que tant de femmes ailleurs sont empêchées d’exprimer leur potentiel au motif de leur sexe. Elles partagent leurs remerciements d’avoir été portées, voire protégées par leurs homologues masculins mais aussi leurs difficultés dont les souvenirs sont toujours présents, quoiqu’elles aient été assez  différentes pour chacune.

L’adage populaire parle de « moment d’éternité » lorsque dans une situation commune, de l’incongru s’immisce, transformant soudainement le normal en  transcendance. Ainsi lorsque Madeleine Bähler parle de ses propres difficultés  sans s’apercevoir que dans son dos, une biche, un faon, que sais-je, passant au loin sur la colline enneigée, s’arrête et lentement tourne sa tête délicate vers elle… La voix nouée par le souvenir des oppositions farouches qu’elle a endurées et dont elle ne nous livrera cependant rien d’autre qu’une rapide mention, elle ne voit pas la  biche qui à cet instant la regarde fixement. Moment d’éternité, de grâce inouïe et éphémère. Mon cœur se dilate. Puis, tranquillement, la biche détourne sa tête et reprend sa route vers le bois adjacent.

Pasteure à la fédération des églises évangéliques baptistes de France, je sais que j’aurais certainement pu tenir le même discours, avec les mêmes accents, en face d’un parterre de représentants de ma « maison ». La différence des sexes est un fossé bien plus large à combler que celui qui sépare nos familles d’églises ; la souffrance des femmes toujours et partout,  porte les mêmes fruits de tristesse. Mais si elle est insignifiante pour un grand nombre, elle ne passe cependant jamais inaperçue aux yeux de notre Dieu. A cet instant, il me plait de « voir » dans cette rencontre inaboutie entre une femme qui ouvre son cœur à d’autres et une biche insouciante, le signe de la présence et de la tranquille approbation de celui que, comme ces trois femmes, je sers jour après jour.  Comme elles, je ressens un écartèlement intérieur lorsque je  fais face à des positions opposées : d’un côté, les simples railleries qui, s’additionnant  aux  oppositions plus frontales, s’entremêlent violemment  avec les exhortations bienveillantes et l’accueil  encourageant des autres.  Cette image improbable et imprévue touche mon cœur en profondeur et ramène à la surface de ma conscience  le souvenir d’anciennes blessures cuisantes.

Cependant, l’heure n’est pas à la lamentation. Marie-Noëlle Yoder, enseignante actuellement en poste  (la seule des trois à être mariée et maman de deux jeunes enfants, partage son besoin de modèles et sa difficulté à trouver des repères puisque l’absence de collègues femmes dans la même situation qu’elle, l’amène à expérimenter un douloureux sentiment d’innovation permanente. Mais point d’oppositions farouches dans son trajet de vie… Lentement, la roue tourne, les mentalités changent.

Puis, Linda Oyer, par vidéo, apporte à l’assemblée un enseignement fort qui déstabilise un grand nombre par sa nouveauté, tout en ouvrant un nouvel espace de lecture et d’interprétation des Écritures. De nombreuses femmes en sortent encouragées, renouvelées.  Les yeux brillent et les langues commencent à se délier. Le temps de l’appropriation de la parole pour chacun est arrivé. Un « world café » atypique offre alors à tous les participants un espace pour faire connaissance et pour se dire, pour placer sa propre pierre dans l’édifice de la journée. Il était temps, plusieurs trépignaient du besoin de « dire » leur souffrance, leur ras-le-bol, et du besoin de les confier à ces cœurs ouverts et bienveillants. La grâce et l’accueil inconditionnel ouvrent des espaces de guérison dans le cœur de ces biches blessées.

(Pour ceux et celles qui souhaitent retrouver le contenu de cet enseignement – et je les y encourage fortement – il est possible de lire l’article « Lire Paul à la lumière de Jésus », sa contribution au livre De l’Écriture à la communauté de disciples, sous la direction de Neal Blough, qui contient la substantifique moelle du partage qu’elle nous a offert.)

Un chant en latin entonné a capella, du fond de la salle par un homme debout qui tient une assiette à la main et immédiatement repris à plusieurs voix – un chant qui vient de Taizé, me dit-on – et qui inaugure le repas, me ravit. Personne ne s’arrête, tous les mouvements commencés se prolongent, simplement portés par les harmonies qui enflent doucement. La douceur et la simplicité de ce chant spontané et connu de tous apparemment, me touche également. A nouveau la grâce, la dilatation du cœur… Décidément, cette journée chez les Mennonites est pleine de surprises !

Lors de ce repas partagé, les bruissements incessants des conversations témoignent de la joie d’innombrables retrouvailles, mais aussi des réflexions que suscitent en chacun, en chacune, ce qui vient d‘être reçu.

Les ateliers de l’après-midi tombent alors à point nommé pour ouvrir un nouvel espace, dédié cette fois à la réflexion communautaire. Ces ateliers sont au nombre de quatre :

  • « En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ? » avec Elsbeth Zürcher-Gerber, Patrizia Hofer, Bernhard Ott
  • « Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ? » avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder
  • « Les Églises se féminisent-elles ? » avec Jürg Bräker
  • « Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ? » avec moi-même et Michel Sommer, Lukas Amstutz.

Les intitulés riches et précis, le but affiché de travailler dans l’objectif d’une mise en perspective pour l’avenir, mais aussi le format des ateliers articulés en deux moments (mini-conférence suivie d’un brainstorming communautaire) rendent cette expérience unique pour moi, pasteure baptiste. Malgré la proximité de nos fonctionnements et de nos théologies, les principes du congrégationalisme et du fédéralisme semblent mieux articulés et encore plus prononcés chez les Mennonites que chez les Baptistes. A moins que ce ne soit un autre effet de cette grâce qui accompagne de son reflet tous mes ressentis depuis l’apparition inopinée et matinale de cette biche aux yeux doux…

L’atelier s’achève tambour battant, un peu trop vite à mon goût. Des pistes de travail pour les années à venir sont esquissées et les grandes feuilles de paper board que nous utilisons noircissent lentement sous le flux des propositions des participantes et participants. Nous n’avons pas le temps de synthétiser l’ensemble de ce qui a été énoncé… Dommage ! Il va falloir veiller à ne pas laisser tout cela en friche…

Les autres ont-ils vécu cette même sensation d’inachèvement ? Nous ne le saurons pas, malheureusement. Il était prévu de centraliser les résultats pour permettre à chacun  d’entendre quelque peu ce qui s’est passé dans les autres groupes, mais il semble que  le temps nous ait échappé et ait filé comme à son habitude lorsque la passion s’empare des heures.

Des vœux sincères dans la bouche de tous les acteurs de la journée et d’autres encore, des officiels de la fédération, viennent clore ce moment de commémoration et de travail. Des vœux sincères, certes,  mais qui semblent peiner à s’enraciner dans des initiatives concrètes et relayées sur le terrain des communautés. Nous touchons là aux limites du congrégationalisme.

Et sur ce point, Baptiste et Mennonites se rejoignent. Nous savons formuler des vœux sincères et justes. Cependant, face à la pression d’une société en proie à des dérives de plus en plus nombreuses et violentes, notamment quant à la place et aux rôles des femmes, que peuvent faire des vœux s’ils ne sont pas traduits en actes avec le désir d’une véritable collaboration homme-femme ? Comment agir demain pour aider le plus grand nombre à prendre conscience du caractère puissamment fructueux de cette collaboration ? Quelques pistes ont été égrenées cet après-midi, comment les mettre en œuvre ?

Comment protéger les jeunes générations des extrêmes qui les menacent, alors même que l’une des caractéristiques de la jeunesse est d’aimer l’adrénaline que produit l’extrême… D’ailleurs, la moyenne d’âge des participants et des participantes était assez élevée, les organisateurs l’ont bien remarqué.  Où était donc la jeunesse d’aujourd’hui ? Les jeunes femmes et les jeunes gens ne se sentent-ils pas concernés par cette problématique ? S’agirait-il effectivement pour eux d’une problématique d’un autre temps ? Ou peut-être plus simplement la formule « journée de formation » ne leur convient-elle pas ? Faudrait-il inventer d’autres formats pour eux ? Et lesquels ?

Comment d’ici même, de ce haut lieu de formation pour les églises mennonites de France et de Suisse qu’est le Cefor Bienenberg, faire rayonner cet appel à entrer dans une complémentarité réelle et égalitaire sans pour autant faire peser sur les églises une quelconque obligation ? Le Centre a-t-il joué un rôle d’émulation dans la fédération en nommant des femmes parmi le collège d’enseignant ou ce choix n’a-t-il finalement eu qu’un impact limité au niveau des églises ?

Autant de questions auxquelles il faudra réfléchir…

Plus tard.

Pour l’heure, sur le chemin du retour dans la nuit, je n’aspire qu’à me plonger encore et encore dans le délicieux et violent contraste qui aura nourri cette journée : la douleur de la voix nouée de Madeleine Bähler et la douceur inégalable de ce regard de biche posé sur elle.

Combien il est bon notre Dieu lorsqu’il se tourne vers nous pour recueillir nos larmes, nos soupirs. Combien sa douceur régale nos âmes assoiffées. Que nous soyons hommes ou femmes, son cœur déborde de bienveillance et de grâce et le flot de son amour seul guérit nos cœurs blessés. C’est cet amour-là qui nous permet de continuer à avancer malgré les difficultés du chemin. Le royaume de notre Dieu n’est pas de ce monde, a dit celui-là même  qui l’a instauré. Il le sait bien lui, puisqu’il est d’ailleurs, du ciel. De cet endroit où la mort, la haine, les hiérarchies et les dominations brutales n’ont aucune place.  Et tout à coup, encore une fois, face à la brulure intérieure que produit la conscience qu’il reste tant à faire et alors que l’amour semble si faible, si inapproprié dans cette lutte… La douceur d’une biche qui passe au loin sans bruit…

Quand les seniors occupent le Bienenberg…

Cherchez le diamant!

Cherchez le diamant!

Chaque année à plus ou moins la même époque, « ils » reviennent… « Ils », ce sont les seniors francophones qui investissent le Bienenberg pour « leur » séjour. Beaucoup sont des habitués, mais il y a aussi toujours, et heureusement, quelques nouvelles têtes.

Lorsque j’ai repris la direction de ce séjour, en 2012, j’avoue que je me demandais quand même un peu comment « la sauce allait prendre ». Il faut dire que je me retrouvais dans ce séjour avec mes propres parents – ce qui, il faut bien le reconnaître, n’est pas si courant ! Je n’ai pas été déçu… J’ai découvert un groupe vivant, heureux de se (re)trouver, et dont la joie de vivre s’est avérée contagieuse. Car en dépit des marques et limites inhérentes à la vieillesse, en dépit des épreuves de la vie et des passés pas toujours simples, en dépit de la solitude pour plusieurs, c’est toujours – sans négation du reste – l’affirmation de la foi et de la confiance en Dieu qui est ressortie des échanges et des témoignages. Et je dois bien le dire, j’ai plusieurs fois été moi-même interpellé, renouvelé, encouragé, quant à ma propre vie.

Je reste impressionné par la joie de vivre qui s’exprime dans ce groupe, alors qu’on est au crépuscule de sa vie. Impressionné encore par la qualité de relation, par l’attention des uns pour les autres, par l’esprit de service, qui toujours à nouveau se manifestent. Impressionné par les chants – des Ailes de la Foi, chantés à plusieurs voix, comme on ne les entend plus guère dans nos Églises – et le désir de louer le Seigneur chaque matin. Impressionné par le niveau de connaissances bibliques, témoignage de vies qui ont baigné dans les Écritures. Plusieurs fois je me suis dit que les plus jeunes, moi compris, en auraient bien de la graine à prendre…

Chaque année, je finis ce séjour fatigué, mais heureux. Et je m’attends à ce qu’il en soit de même pour la prochaine édition.

En 2017, nous parlerons et méditerons sur le thème du trésor…

… le Royaume comme une perle de grand prix (Mt 13.44-46 et par.), quelle priorité en faisons-nous ?

… le vrai trésor (Mt 6.19-21 et par.), est-ce celui que nous amassons ?

… le trésor épuré, diamant plus dur que le roc (Ml 3.1-4 ; Ez 3.9), ou comment Dieu nous forme à son service, à tous les âges de la vie,

… ce trésor enfin que nous portons dans des vases de terre (2 Co 4.6-10), c’est-à-dire avec notre faiblesse ou vieillesse qui ne nous empêche pas d’être porteur du vrai trésor…

Je me réjouis de vivre une nouvelle fois ce temps avec mes frères et sœurs, que je peux aussi appeler « amis »… Alors, s’il vous en dit, venez nous rejoindre !

Séjour seniors au Bienenberg, du 14 au 19 mai 2017 (arrivée le dimanche en fin d’après-midi, départ le vendredi vers 15 heures).

Être témoin aujourd’hui?

Le Dieu de la Bible est un Dieu missionnaire qui ne reste pas indifférent face à la rupture entre Lui et sa création, et notamment l’humanité. Depuis Éden où il cherche l’homme et la femme qui se cachent, jusqu’à l’Église qu’Il envoie en mission tout au long des siècles, Dieu est à l’œuvre, habité par le désir de guérir et de se réconcilier avec les humains.

L’Église missionnaire est d’abord celle qui entre dans le désir et le projet de Dieu pour l’humanité. Nous avons besoin de méditer et d’entrer dans la profondeur de l’amour et de la compassion de Dieu pour toute l’humanité y compris pour ses ennemis. Si nous ne sommes pas nourris et interpellés par cet amour, notre détermination et notre ouverture restent faibles, face au défi que représente la mission.

Être nourris par l’amour de Dieu consiste à accueillir toujours à nouveau sa bonté d’abord pour nous ! Être remplis de l’amour de Dieu renouvelle notre motivation, comme l’apôtre Paul en témoigne pour lui en 2Co 5,14-15. Recevoir et transmettre l’amour de Dieu va au-delà de nos sentiments naturels, de nos sympathies, de nos affinités. Cela demande un travail de l’Esprit qui ne se fait pas sans notre assentiment, et même notre désir.

Car ce n’est pas toujours si facile d’aller à la rencontre de ceux qui nous entourent et de leur témoigner de notre foi. Même engagés à la suite de Jésus, nous faisons l’expérience de résistances en nous. Nous n’avons pas tous les mêmes et nous ne les vivons pas tous de la même manière.

Il y a la peur, bien sûr. Peur de l’autre, de l’inconnu, du différent. Une des tendances de notre époque est au repli sur soi, sur sa famille, ses amis, voire son Église. Les médias nous dépeignent un monde dangereux. On observe des crispations identitaires et une méfiance grandissante envers ceux qui sont différents de nous, notamment les immigrés. La peur de l’étranger, qu’il vienne chez nous ou que nous soyons chez lui n’est pas une réalité nouvelle : à deux reprises, le livre de la Genèse (ch. 12 et 20) nous montre Abraham, craintif dans les territoires étrangers, qui fait passer sa femme pour sa sœur, car il a peur qu’on le tue pour la lui prendre. En Genèse 20, Abraham est obligé d’avouer ses préjugés face à Abimélek.

Le livre des Actes se fait l’écho de la profonde résistance de l’Église de Jérusalem à témoigner de l’Évangile de Jésus-Christ à des non-juifs. L’évangélisation des Samaritains commence avec le ministère de Philippe, lui-même loin de Jérusalem non de son propre choix, mais chassé par la persécution qui suivit la mort d’Étienne.

L’évangélisation des païens se fait par l’intermédiaire de Pierre, mais avant que Pierre accepte d’envisager la possibilité d’entrer chez un païen, Corneille, il en a fallu des miracles : visions, voix du ciel, Saint-Esprit qui parle à l’apôtre. Progressivement, Pierre évolue : « Dieu m’a montré qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il est souillé ou impur » (Act 10,28) ; « En vérité, je comprends que Dieu n’est pas partial, mais qu’en toute nation celui qui le craint et pratique la justice est agréé de lui (10,34).

Parallèlement, et toujours suite à la persécution suite à la mort d’Étienne, des croyants en fuite arrivent à Antioche en ne disant « la Parole à personne qu’aux juifs ». Mais quelques-uns parlent aussi à des païens et beaucoup de convertissent.

Dieu, dans son désir que l’Évangile se propage partout, a contourné l’Église institutionnelle pour que l’Évangile aille aussi vers les non-juifs. Il a obligé L’Église à s’ouvrir, à dépasser les préjugés culturels, raciaux, etc.

Être témoin aujourd’hui nous demande aussi d’élargir nos cœurs et notre manière de penser pour aller vers les autres. Laisserons-nous l’amour de Dieu nous travailler, laisserons-nous le Saint-Esprit faire son œuvre en nous ? Qui sait jusqu’où cela nous conduira ?

Pascal Keller

Le module « Pour des Églises en mission » de la formation décentralisée pour responsables d’Église (Alsace-Nord) commence ce 30 janvier 2017! Le thème de la première soirée sera: « La mission de l’Église et des chrétiens – aspects bibliques et théologiques ».

5 raisons de ne pas faire une retraite spirituelle en 2017

retraite-2016

  1.   Ça sonne bizarre…

Une « retraite spirituelle » : ces mots sonnent pieux et poussiéreux. Ils évoquent le repli sur soi voire l’enfermement. Et puis, la retraite fait penser au troisième âge… Il faudrait appeler cela autrement !

Pourtant… même si le mot n’est pas tel quel dans nos Bibles, la pratique y est bien présente ! Jésus se retirait  loin de la foule et loin de tout, pour prier son Père (Mt 14.22 ; Lc 9.28). Son action, très importante, s’accompagnait de moments de retrait, pour être en communion avec son Père. Il était dans l’action et en retrait de l’action. Retrait, retraite, une seule lettre s’ajoute.

Ce va-et-vient entre l’action et le retrait indique un modèle. L’engagement pour l’Église, l’engagement au travail, l’engagement dans une famille ou avec des amis doit s’accompagner de moments de dégagement – où l’on se dégage de tout ce qui fait la vie habituelle.

2. Ça fait peur…

Une retraite spirituelle fait peur. Que ce soit en rejoignant seul une communauté qui vit le silence et la prière des heures (offices) ou que ce soit en participant à une retraite organisée (voir tout à la fin de cet article).

En effet, c’est partir vers l’inconnu. Comment ça se passe ? Qu’est-ce qu’on y fait ? Faut-il parler beaucoup de soi, en public ou à un(e) accompagnant(e) ? C’est aller aussi vers soi, vers son intériorité, ses pensées et ses désirs, ses blocages et ses peurs, justement ! On risque de tourner en rond dans sa tête et de se perdre…  Enfin, le silence (ingrédient « obligatoire » d’une retraite) inquiète. Que va-t-il se passer ? Ne va-t-on pas s’ennuyer ?

Ces peurs et d’autres sont compréhensibles. Il faut du courage pour s’inscrire à une retraite ! Ce qui peut rassurer, c’est qu’on y vit la liberté. Liberté de s’exprimer ou pas. Liberté de descendre en soi, dans ses profondeurs, ou pas. Liberté de se dévoiler dans la confidentialité d’un entretien ou pas.

Et il s’agit en retraite de faire le choix d’avoir une attitude bienveillante envers soi-même. Aussi bienveillante que le regard de Dieu le Père qui veut le bien pour ses enfants. Alors le silence s’apprivoise, un silence qui n’est pas vide, mais caisse de résonance pour la Parole de Dieu.

  1. Ça sert à quoi ?

Voici un argument plutôt masculin ! A quoi sert tout ce temps à ne rien faire ou à se regarder le nombril ? Si on veut s’abîmer en contemplation, on peut le faire chez soi, librement, quand on veut. Et en plus, c’est gratuit !

Ok, mais qui le fait vraiment chez soi ? Qui parvient à s’arrêter et à se retirer suffisamment ? Et qui n’a fait l’expérience d’avoir constamment le nez dans le guidon et de s’épuiser à la longue ? Où de ne plus bien savoir où l’on va ?

Une retraite ne constitue pas une perte de temps, mais donne les moyens de durer… Une retraite permet de prendre du recul ou de la hauteur par rapport à sa vie, à ses priorités abandonnées et à revisiter, aux relations à clarifier, à ses désirs devant telle décision, etc.

Le contexte d’une retraite spirituelle rend davantage disponible à l’écoute de la Parole de Dieu, autrement et parfois plus clairement que dans le brouhaha du quotidien ou que lors des cultes.

Qui se souvient le lundi de la prédication du dimanche ? Le choix de consacrer de manière substantielle du temps à Dieu, le silence et le contexte sécurisé, tout cela permet souvent à la Parole de Dieu, lue, méditée, priée, de faire son chemin en soi de manière nouvelle, jusque dans les recoins de sa vie… Ou plus simplement de recevoir les forces, par le Saint-Esprit, de vivre la radicalité de l’Évangile au quotidien, dans le don de soi et jusqu’à l’amour des ennemis.

  1. Ce n’est pas prioritaire

Priorité à la famille ou aux amis, priorité à la formation, priorité à l’Église… Et ces priorités se renforcent : un engagement important pour l’Église demande de bénéficier de formation pour son service ou de consacrer du temps à sa famille.

Il est vrai que ces bonnes priorités ont toute leur place. Pourtant, n’y aurait-il pas une priorité aussi grande à accorder à la relation avec Dieu ? Et la « relation avec Dieu », qui inclut le cœur du croyant, passe par du repos, de la détente (au sens noble), une promenade dans la nature, des réflexions mises par écrit, la relecture du passé récent ou lointain, la méditation/rumination de textes bibliques, l’expression de sa prière, une peine ou un aveu à déposer, un engagement à prendre…

En ce sens, on ne s’ennuie pas dans une retraite spirituelle : il y a tant de paysages intérieurs à parcourir et tant de moyens de les visiter…

  1. Ce n’est pas des vacances…

Nous vivons dans un stress permanent. Nos jours et nos nuits sont remplis à ras bord. Il nous faut des pauses sous la forme de vacances relaxantes. Des moments où l’on vit sans horaires ni contraintes, des moments de liberté, de découverte, de plaisir. Ou alors des temps où l’on s’éclate par des activités hors du commun ou à forte sensation.

On peut comprendre, et les vacances sont un cadeau il est vrai. Pourtant, pourquoi ne pas glisser pendant les vacances une retraite spirituelle pour ralentir son mode de vie, son corps, ses pensées, son âme ?  Les vacances à la mode occidentale ressemblent furieusement au mode de vie consumériste quotidien. On y reste à la surface des choses et de sa vie. Une retraite spirituelle est un OVNI : un Objet Visant une Nouvelle Intimité…, avec Celui qui est la source de la vie.

Pour aller plus loin…

Retraite spirituelle au Bienenberg. « Viens et re-prends le chemin… ». Du 8 au 14 juillet 2017. Avec Madeleine Bähler, Claire-Lise Meissner-Schmidt, Jane-Marie Nussbaumer, Sabine Schmitt. Michel Sommer.

Ministère au féminin

40-ansL’année prochaine, cela fera 40 ans que la première femme enseignante, Marie-Noëlle von der Recke, a été embauchée au Bienenberg. 40 ans de ministère féminin, c’est un drôle d’anniversaire. Pas tout à fait 50, pas 100 non plus. Alors pourquoi lui donner de l’importance ? Si l’on pense à nos vies humaines, 40 ans est un âge charnière où l’on se questionne sur son identité. En regardant en arrière, on se dit qu’on a tout de même 40 années d’expérience derrière soi et que l’on sait qui on est et ce que l’on veut. 40 ans ce n’est pas rien ! Mais en regardant en avant, on se rend compte de toutes les questions qui demeurent et du potentiel d’évolution qu’il reste encore.

Comme se souvient Marie-Noëlle von der Recke, cela a demandé du courage au Centre de Formation du Bienenberg d’embaucher –exceptionnellement !- une femme malgré les résistances de certaines Églises et certains étudiants. Les femmes, arguaient certains « doivent se taire dans les assemblées » (1 Tm 2.12). Progressivement, l’idée d’une présence féminine a fait son chemin, les textes ont été réexaminés, l’expérience s’est avérée fructueuse et la présence d’enseignantes féminines au Bienenberg est devenue une évidence. Au début, Jacqueline Thimm enseignait ponctuellement (1968-1976) puis Marie-Noëlle von der Recke (1977-1985) a été embauchée en remplacement de Pierre Widmer. Marthe Ropp (1985-1989) a apporté sa pierre, suivie de Madeleine Bähler (1991-1997), Heike Geist (1998-2015) et Marie-Noëlle Yoder (depuis 2011).

Le regard sur ces 40 années passées est rempli de reconnaissance pour la complémentarité hommes-femmes vécue et transmise au Bienenberg. Les quatre enseignantes du Bienenberg  expriment spontanément leur reconnaissance pour le soutien et le respect des collègues masculins. Ceux-ci n’ont jamais questionné leur place, ni ce qu’elles pouvaient apporter en tant que théologiennes. Malgré les imperfections inhérentes à tout service humain, le simple fait de servir ensemble sans discrimination de sexe et en fonction des dons est déjà un avant-goût du Royaume. C’est ce qu’annonce la Pentecôte ! Nous constatons que cette complémentarité a porté du fruit et enrichi  la vie de nombreux étudiants et étudiantes tout au long des années. Le double regard, masculin et féminin, permet de mieux saisir la pertinence des textes bibliques pour la vie quotidienne.

Le regard vers l’avenir nous met aussi face aux défis qui subsistent : 40 ans d’enseignantes au Bienenberg, c’est à la fois beaucoup et peu. La situation dans les Églises mennonites est inégale et il n’y a toujours qu’une enseignante au Bienenberg alors qu’il y a 7 enseignants! Certaines assemblées s’interrogent encore sur l’idée même de la présence d’une femme au sein d’un ministère de direction. D’autres ont accepté le principe depuis bien longtemps. Bien que le ministère féminin soit souvent accepté en théorie, il n’est pas rare que cela se traduise difficilement dans la pratique.

A l’occasion de ce 40ème anniversaire, le Centre de formation du Bienenberg organise une journée de réflexion ouverte aux hommes et aux femmes : « 40 ans après… bilan intermédiaire sur la présence de pasteures et de théologiennes dans nos Églises », le 28 janvier 2017. Après une base biblique posée par Linda Oyer, un bilan sera fait sur les expériences passées :

  • Avec le recul, qu’est-ce qui a été utile ou au contraire, difficile ?
  • En quoi les Églises se sont-elles modifiées à travers le service des femmes salariées ?
  • Quels ont été les changements dans les discours ?
  • Quels sont les défis qui restent à relever, et quels nouveaux défis sont apparus ?

Mais cette journée a aussi vocation de traiter de sujets d’avenir pour nourrir la réflexion :

  • En quoi les femmes ont-elles changé la vie des Églises ?
  • Le sujet du ministère féminin n’est-il pas d’un autre temps ?
  • Les Églises se féminisent-elles ?
  • Pourquoi les femmes sont-elles toujours absentes des directions d’Église ?

Cette journée vise à encourager les hommes et les femmes des Églises mennonites de Suisse, de France et d’Allemagne à persévérer dans le service et la reconnaissance des dons que le Seigneur a confiés tout en prenant en considération les défis qui sont encore à relever. A noter dans les agendas !

Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu

« Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) ». C’est le titre quelque peu ironique d’un livre de Thérèse Hargot, philosophe et sexologue intervenant en milieu scolaire. Elle s’interroge sur ce qui est advenu de la « libération sexuelle » des années 1960-1970, à partir de son écoute des jeunes d’aujourd’hui à qui elle donne la parole dans le livre.

Si les jeunes se sentent sexuellement libérés, ils sont en réalité prisonniers de nombreux diktats. Ils sont libres de consommer de la pornographie, mais menés par leurs pulsions, elles-mêmes titillées par l’hypersexualisation ambiante. Ils sont libres d’avoir des rapports sexuels dès l’adolescence, mais soumis à l’angoisse de la performance. Ils sont libres de choisir une orientation sexuelle, mais enfermés dans un destin sexuel figé. Ils sont libres de prendre la pilule ou de mettre un préservatif, mais à la merci de rapports sexuels vus comme un danger et un jeu de hasard. Ils sont libres puisque « consentants », sans s’apercevoir que connaissance de soi et maturité sont nécessaires pour dire authentiquement « je ». Ils sont libres de se mettre en couple, mais en font un refuge fusionnel des sentiments, peu propice à l’altérité.

Au Bienenberg les 12-13 novembre prochains, il sera question de sexualité, avec des jeunes de 14 à 16 ans de Suisse et de France, venus avec leurs groupes de catéchisme. Dans le contexte de la place prédominante de la sexualité dans la société, nous essaierons de la situer de la bonne manière, selon l’enseignement des Écritures, et dans le cadre du développement des jeunes.

Un temps entre filles et entre gars permettra de parler librement de soi et de l’autre sexe. Des ateliers traiteront de : Bible et sexualité (Michel Sommer) ; Relations sexuelles avant le mariage (Marie-Noëlle Yoder) ; Pornographie et masturbation (Fritz Goldschmidt) ; L’homosexualité (Fritz Goldschmidt) ; Pourquoi faut-il que ce soit un chrétien ou une chrétienne ? (Michel Sommer). Les jeunes pourront poser des questions sur tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur la sexualité, sans oser le demander… (Marie-Noëlle Yoder)

Pour vivre ce thème devant Dieu et dans une saine atmosphère, des célébrations avec chants, prière et « mini-prédic » sont prévues, de même qu’un questionnaire permettant de réfléchir à soi et de prendre du recul. Nous donnerons la parole à des accompagnant(e)s des groupes lors d’une table ronde qui permettra d’entendre des histoires d’amour durables. Et le groupe de catéchisme de l’Église du Geisberg (France) prépare des jeux de coopération comme moyen de s’amuser ensemble, gars et filles, hommes et femmes, de manière saine et constructive !

Alors que la pression en matière de sexualité est grande sur les jeunes (chrétiens) issus des Églises, alors que le culte de la sexualité s’impose, parlons de sexualité, avec respect et poésie, en vérité et avec sensibilité, pour nous aider à mener des vies qui honorent Dieu et le prochain par notre corps et de tout notre être.

Infos pratiques

Week-end catéchisme – 12-13 novembre 2016

« Les gars, les filles, la sexualité… et Dieu »

Avec Fritz Goldschmidt, Marie-Noëlle Yoder, Michel Sommer

Inscriptions en groupe de catéchisme, avec un(e) accompagnant(e) pour 7 jeunes

Infos : michel.sommer@bienenberg.ch

Inscriptions : reception@bienenberg.ch

 

Pour aller plus loin…

Thérèse Hargot, Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), Albin Michel, 2016, 220 pages

Humour, rire et spiritualité

Couple Adult Happiness Laughing Holiday ConceptCe mois-ci, Michel Siegrist, directeur de la Ligue pour la Lecture de la Bible (CH) qui propose la formation Bible en live! en partenariat avec le Centre de Formation du Bienenberg nous invite à une réflexion au sujet du rire!

Nous avons dû réfléchir ces dernières années, notamment avec les dessinateurs de presse, aux frontières de l’humour en nous posant la question : peut-on rire de tout ? En ce qui concerne le religieux les approches sont diverses, mais force est de constater qu’il n’y a pas eu une recherche ou un désir majeur d’approcher humour, rire et spiritualité. Il semblerait même que dans l’histoire, quelques personnes soient passées par le bûcher pour avoir osé affirmer que Jésus avait ri.

Pourtant, si nous prenons la vie « normale » d’un chrétien, ces différents aspects de sa vie vont tôt ou tard se côtoyer. Le chrétien « lambda » sera un jour ou l’autre confronté à l’humour, au rire et à sa relation à Dieu.

Pour tenter un bout de chemin dans cette réflexion, je vous propose quelques jalons.

Le rire

Le rire est un réflexe. Il peut exprimer la gaieté quand il est causé par l’humour, le rire lui-même ou le chatouillement. Il peut être causé également lors d’un moment de stress intense. On l’appelle alors le rire nerveux ou le rire jaune. C’est une forme de soupape de décompression. C’est un besoin que le corps exprime. Mais la plupart du temps, dans notre culture, le rire est lié à l’humour, au fait que nous trouvions une situation drôle, incongrue.

L’humour dont nous parlons ici n’a rien à voir avec les blagues dégradantes ou agressives et grasses visant à diminuer autrui : des blagues qui ne sont rien d’autre qu’un triste masque de la frustration personnelle. Rire des autres pour les écraser, les humilier, ou pour s’élever ou s’affirmer, n’est pas intéressant.

Certains pourraient dire qu’aujourd’hui on rit à l’Eglise. Il est vrai que certains sont passés maîtres de l’humour dans l’art oratoire. Mais cela ne reste qu’un outil homilétique. Ose-t-on le lier à notre relation à Dieu ? Est-ce qu’il fait partie intégrante de notre vie spirituelle au même point que la louange et la prière ?

D’autres le vivent dans des moments intenses avec l’Esprit. Mais là encore, est-ce en lien avec l’humour ou n’est-ce qu’une forme de décompression telle que nous l’avons décrite ci-dessus ?

L’histoire de l’annonce de la naissance d’Isaac (Genèse 18, 8-15)  témoigne d’un rapport au rire, mais il y a comme un malaise dans ce récit. Surtout dans le rire de Sarah. Les théologiens ont beaucoup discuté de ce rire. Les diverses traductions font état de la difficulté qu’il y a avec le terme. Pour certains, c’était le signe de son incrédulité voire même de son cynisme. Elle ne pouvait pas rire quand Dieu a annoncé un tel miracle. Il est vrai qu’elle-même a eu un malaise, puisqu’elle n’a pas osé avouer qu’elle a ri. Mais nous constatons aussi que Dieu ne lui fait aucun reproche. Il lui pose uniquement des questions… comme à son habitude. Oserions-nous affirmer qu’il l’emmène dans la spiritualité du rire? Il souhaite qu’elle aille plus loin. Par ailleurs, soulignons comment Sarah, plus tard, interprètera son rire. Lors de la naissance, elle dira: « Dieu m’a fait rire de joie. Tous ceux qui entendront parler d’Isaac riront avec moi. » Cette histoire est incongrue. Il y a de quoi rire. Mais elle est profondément ancrée dans la vie du couple et dans leur relation à Dieu.

L’enfant de la promesse s’appellera Isaac, ce qui signifie: il rit ou il rira. Il rit ou il rira fera partie de la vie de Sarah et Abraham. Il rit ou il rira est l’accomplissement miraculeux de la promesse. Isaac est le rire incarné qui fait partie intégrante de l’intimité d’un couple.

Quelqu’un a dit : « L’humour est la liaison entre l’habituel et le surprenant. A chaque fois que nous rions, nous faisons le saut entre les deux mondes. » Il est peut-être normal que Sarah ait d’abord eu un rire jaune. L’habituel et le surprenant avaient de la peine à cohabiter. Mais avec Dieu, elle a emprunté le chemin de l’humour et son rire est devenu un rire de joie, car elle a su vivre ce saut entre les deux mondes.

Je reconnais qui je suis

L’humour et le rire sont donc utiles pour montrer nos manquements et nos limites, sans dureté, et pour enseigner l’humilité. C’est une aptitude qui consiste à voir notre personnalité sous son vrai jour et rire de la confusion du moment. Le rire est un lâcher prise. Il donne la place à l’humilité et par conséquent à Dieu. Je me reconnais comme je suis, je l’accepte et j’en ris. Ce n’est pas un rire moqueur, irrespectueux, cynique ou dépressif. C’est un rire libérateur. Un rire qui m’ouvre à Dieu et à son action. Quelqu’un qui sait rire de soi est quelqu’un qui prend du recul sur lui-même. D’ailleurs, le rire nerveux est une accumulation de tension qui se relâche pour éviter la panique. C’est un moyen de passer à autre chose, de nous ouvrir sur une réalité meilleure que celle qui pourrait nous arriver.

S’ouvrir à une autre réalité

Accepter qui nous sommes, s’ouvrir sur une autre réalité, c’est réfléchir à une situation, mais aussi et surtout chercher de nouvelles perspectives. Chercher un autre chemin. Chercher comment mieux vivre ce pour quoi je ris. C’est peut-être ce qui nous manque dans nos rires, dans notre humour, dans notre vie. La recherche de chemins nouveaux pour quitter nos chemins de rire. Le rire et l’humour sont des outils pour celles et ceux qui veulent avancer dans leur cheminement spirituel.

Le propre des bons humoristes est d’être de bons observateurs, de retranscrire et souvent grossir des situations données et réelles. Celles-ci nous font rire, car elles sont vraies. Mais nous conduisent-elles à réfléchir et à aller plus loin ? A changer ? A trouver un autre chemin? Quand Gad Elmaleh rit de notre relation à Facebook, cela change-t-il notre relation à cet outil de communication ?

L’humour et le rire dans la vie du chrétien, c’est peut-être, comme pour Sarah, oser accepter nos limites face aux promesses de Dieu et cheminer jusqu’à ce que cela devienne un sujet de joie et qu’elles s’incarnent dans notre intimité.

Un dicton juif bien connu conclura parfaitement notre propos : « L’homme pense, mais Dieu rit ».

La Bible, l’histoire d’un groupe

population-mondialeOn lit souvent la Bible comme un guide pour la relation personnelle avec Dieu. C’est bien ! Découvrir qu’elle raconte de bout en bout l’histoire d’un groupe place nos vies personnelles dans une perspective plus large.

Après un début à la taille du cosmos, le livre de la Genèse (dès le chap. 12) décrit la formation d’un groupe, avec le récit de familles répandu sur plusieurs générations. Il est question d’un clan, ancêtre d’un groupe plus grand appelé Israël et dont l’histoire se déploie alors dans le reste du Pentateuque. L’alliance entre Dieu et ce groupe fonctionne comme une constitution, dont les modalités se trouvent dans la Torah, destinée avant tout à réguler la vie collective.

Une fois installé en terre promise et réparti en tribus (des sous-groupes), ce groupe souhaite un roi comme chef. L’histoire subséquente des rois d’Israël est une histoire politique voire politicienne, mais à nouveau l’enjeu tourne autour du destin d’un groupe.

Les prophètes s’adressent à ce groupe pour l’inviter au retour à Dieu, à la Torah, à la pratique d’une justice qui se soucie d’abord des plus faibles, au risque d’un jugement de Dieu qui se réalise entre autres lors de l’exil collectif à Babylone. Là, les prophètes annoncent un retour du groupe sur sa terre, ce que racontent les derniers livres de l’Ancien Testament.

Les livres de la sagesse (Job, Qohélet…) et les Psaumes (en partie) expriment le plus un point de vue personnel, sur la relation avec Dieu et sur l’existence. Mais même alors, on pourrait montrer que ce n’est pas sans rapport avec l’appartenance au groupe Israël.

Le Nouveau Testament poursuit dans la même ligne. Les évangiles présentent Jésus le Messie  rassemblant symboliquement 12 apôtres, début de la restauration d’Israël. Il invite quiconque à le rejoindre dans ce qui devient un sous-groupe d’Israël, porteur d’une alliance nouvelle. La Pentecôte élargit la perspective, mais toujours dans l’idée de former un groupe (de juifs et de païens cette fois) réuni par le Christ et autour de lui.

Pour l’essentiel, les autres écrits du Nouveau Testament et les épîtres de Paul s’adressent à des communautés chrétiennes, des groupes dispersés qui ensemble forment un grand Groupe appelé Église. Celle-ci s’inscrit dans la continuité et la discontinuité avec Israël, portée par une espérance commune de la résurrection et du monde nouveau lors de l’avènement du Fils de Dieu.

La Bible commence donc par une perspective globale, cosmique, et se termine de la même manière. A l’intérieur de cette grande perspective, les Écritures racontent l’histoire d’un groupe, son appel, ses réponses, ses défaillances, les interventions de Dieu en sa faveur, ses retours, sa mission collective dans le monde et pour le monde.

Si la Bible (Ancien et Nouveau Testament) fonctionne comme la mémoire du groupe Église, quelles implications en dégager ?

  1. Notre manière de lire et de comprendre la Bible correspond-elle à la manière dont le Bon Livre se présente ? L’enjeu est herméneutique, à savoir une juste compréhension, communautaire très souvent, des textes particuliers et leur insertion dans le grand récit biblique.
  2.  La vie chrétienne s’insère nécessairement dans la vie d’un groupe, car le salut et le shalom de Dieu prennent une forme sociale visible qui s’appelle l’Église. L’enjeu est ecclésiologique, à savoir une vision de l’Église comme société alternative.

Bien sûr, la réponse à l’appel de Dieu en Jésus-Christ est personnelle et fonde l’engagement au sein du groupe Église. Bien sûr, l’aide personnalisée pour la guérison intérieure et la croissance spirituelle est bienvenue. Bien sûr, et à l’inverse, l’instinct grégaire ou le collectivisme imposé constituent des dérives mortifères.

Mais peut-être les chrétiens du 21e siècle, marqués par des logiques individualistes, également en matière de foi, gagneraient-ils à redécouvrir le grand projet de Dieu pour le monde au travers du groupe Église.

Pour aller plus loin…

Bernhard Ott, Shalom : le projet de Dieu, Dossier de Christ 1-2/2013, Éditions Mennonites, Montbéliard, 128 pages

 

 

 

 

La propriété, c’est le vol

proprite« La propriété, c’est le vol ». Ce sont peut-être les cinq mots qui ont rendu Pierre-Joseph Proudhon célèbre. La formule convient bien à un philosophe anarchiste du 19e siècle, mais le chrétien, au premier abord, a plutôt envie de la balayer d’un revers de la main et de continuer son chemin. Pourtant, si l’on prend le temps de creuser le sens de la formule, et que l’on relit les textes bibliques sur le sujet, on pourrait être surpris. Surpris du fait que Proudhon et les auteurs bibliques ne sont peut-être pas autant en contradiction que ce que l’on pensait.

Deux précisions permettront de mieux comprendre ce que Proudhon entendait par cette formule lapidaire lorsqu’il a rédigé Qu’est-ce que la propriété ? Premièrement, son plaidoyer contre la propriété concerne essentiellement la propriété des moyens de production (les terres agricoles, les outils, les machines, etc.), c’est-à-dire toute forme de propriété qui a un caractère lucratif, et non la propriété personnelle de son logement ou de sa voiture. Deuxièmement, Proudhon distingue, à la suite des économistes, la propriété et la possession. La propriété est un droit légal, alors que la possession est un état de fait. Par exemple, je peux posséder un champ parce que je l’occupe et le travaille, sans que j’en sois le propriétaire. Sur la base de cette distinction, Proudhon défend la possession, mais s’en prend à la propriété. Il affirme par exemple que lorsqu’un propriétaire loue son champ à un paysan, il « moissonne et ne laboure pas, récolte et ne cultive pas, consomme et ne produit pas, jouit et n’exerce rien[1] ». Il souhaite donc que seule la possession, liée à l’occupation du bien, soit considérée comme légitime. Il critique encore l’absolutisation de la propriété par la loi, car celle-ci fait du propriétaire le maître absolu de son bien[2].

Qu’en dit l’Écriture ? Quelques pistes de réflexion :

En Genèse 1.26-28, le mandat de dominer la terre est donné à l’être humain à l’impératif, c’est-à-dire à une créature qui reste subordonnée à son Créateur[3]. L’absolutisation de la propriété est donc rendue impossible. Cela est confirmé lors du partage de la terre d’Israël. L’Éternel affirme aux propriétaires terriens : « le pays m’appartient, et vous êtes chez moi des immigrés et des résidents temporaires[4] ». Et les prophètes de rappeler : « Quel malheur pour ceux qui ajoutent maison à maison et qui joignent champ à champ, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace[5] ! »

Dans le Nouveau Testament, la parabole du fils prodigue[6] est particulièrement intéressante. Trois personnages, deux visions de la propriété : les deux fils en ont la même conception. Pour tous deux, la propriété est absolue ou n’est pas : leur père doit perdre la possession sur une chose pour qu’ils puissent en dire « c’est à moi ». Mais la vision du père est la même envers ses deux fils : ceux-là sont ses associés, ses copossesseurs. Il tue le veau gras pour le cadet, alors que celui-ci a déjà épuisé sa part d’héritage, et dit à l’aîné: « tout ce qui est à moi est à toi ».

Que dire alors ? Une fois remise dans son contexte, l’affirmation lapidaire de Proudhon nous met au défi. Au défi de relire les Écritures en faisant la lumière sur des points peut-être occultés, notamment sur le fait que la propriété absolue ne revient qu’à Dieu seul. Au défi aussi de mieux discerner lorsque ce droit absolu est usurpé à Dieu, comme lorsque Vinci (une entreprise mondiale  de concession et de construction) pense pouvoir, avec l’appui du gouvernement, détruire tout un écosystème à Notre-Dame-des-Landes pour construire un nouvel aéroport. Finalement, elle nous met au défi d’être signe du Royaume dans le domaine de la propriété aussi, en gérant nos biens à la lumière de la propriété absolue de Dieu sur tout ce que contient la terre, et en partageant ce que nous possédons comme Christ a partagé ce qu’il possédait avec nous.

Article de Thomas Poëtte.

[1]Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, Paris, Librairie générale française, 2009, p. 289.

[2]Encore aujourd’hui :  « La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. » Article 544 du Code Civil.

[3]Henri Blocher, « Le mandat culturel et les implications écologiques », La revue réformée 169, 1991, p. 6‑7.

[4]Lv 25.23 (NBS, comme pour les citations bibliques qui suivront).

[5]Es 5.8.

[6]Lc 15.11‑32.