La Bible, l’histoire d’un groupe

population-mondialeOn lit souvent la Bible comme un guide pour la relation personnelle avec Dieu. C’est bien ! Découvrir qu’elle raconte de bout en bout l’histoire d’un groupe place nos vies personnelles dans une perspective plus large.

Après un début à la taille du cosmos, le livre de la Genèse (dès le chap. 12) décrit la formation d’un groupe, avec le récit de familles répandu sur plusieurs générations. Il est question d’un clan, ancêtre d’un groupe plus grand appelé Israël et dont l’histoire se déploie alors dans le reste du Pentateuque. L’alliance entre Dieu et ce groupe fonctionne comme une constitution, dont les modalités se trouvent dans la Torah, destinée avant tout à réguler la vie collective.

Une fois installé en terre promise et réparti en tribus (des sous-groupes), ce groupe souhaite un roi comme chef. L’histoire subséquente des rois d’Israël est une histoire politique voire politicienne, mais à nouveau l’enjeu tourne autour du destin d’un groupe.

Les prophètes s’adressent à ce groupe pour l’inviter au retour à Dieu, à la Torah, à la pratique d’une justice qui se soucie d’abord des plus faibles, au risque d’un jugement de Dieu qui se réalise entre autres lors de l’exil collectif à Babylone. Là, les prophètes annoncent un retour du groupe sur sa terre, ce que racontent les derniers livres de l’Ancien Testament.

Les livres de la sagesse (Job, Qohélet…) et les Psaumes (en partie) expriment le plus un point de vue personnel, sur la relation avec Dieu et sur l’existence. Mais même alors, on pourrait montrer que ce n’est pas sans rapport avec l’appartenance au groupe Israël.

Le Nouveau Testament poursuit dans la même ligne. Les évangiles présentent Jésus le Messie  rassemblant symboliquement 12 apôtres, début de la restauration d’Israël. Il invite quiconque à le rejoindre dans ce qui devient un sous-groupe d’Israël, porteur d’une alliance nouvelle. La Pentecôte élargit la perspective, mais toujours dans l’idée de former un groupe (de juifs et de païens cette fois) réuni par le Christ et autour de lui.

Pour l’essentiel, les autres écrits du Nouveau Testament et les épîtres de Paul s’adressent à des communautés chrétiennes, des groupes dispersés qui ensemble forment un grand Groupe appelé Église. Celle-ci s’inscrit dans la continuité et la discontinuité avec Israël, portée par une espérance commune de la résurrection et du monde nouveau lors de l’avènement du Fils de Dieu.

La Bible commence donc par une perspective globale, cosmique, et se termine de la même manière. A l’intérieur de cette grande perspective, les Écritures racontent l’histoire d’un groupe, son appel, ses réponses, ses défaillances, les interventions de Dieu en sa faveur, ses retours, sa mission collective dans le monde et pour le monde.

Si la Bible (Ancien et Nouveau Testament) fonctionne comme la mémoire du groupe Église, quelles implications en dégager ?

  1. Notre manière de lire et de comprendre la Bible correspond-elle à la manière dont le Bon Livre se présente ? L’enjeu est herméneutique, à savoir une juste compréhension, communautaire très souvent, des textes particuliers et leur insertion dans le grand récit biblique.
  2.  La vie chrétienne s’insère nécessairement dans la vie d’un groupe, car le salut et le shalom de Dieu prennent une forme sociale visible qui s’appelle l’Église. L’enjeu est ecclésiologique, à savoir une vision de l’Église comme société alternative.

Bien sûr, la réponse à l’appel de Dieu en Jésus-Christ est personnelle et fonde l’engagement au sein du groupe Église. Bien sûr, l’aide personnalisée pour la guérison intérieure et la croissance spirituelle est bienvenue. Bien sûr, et à l’inverse, l’instinct grégaire ou le collectivisme imposé constituent des dérives mortifères.

Mais peut-être les chrétiens du 21e siècle, marqués par des logiques individualistes, également en matière de foi, gagneraient-ils à redécouvrir le grand projet de Dieu pour le monde au travers du groupe Église.

Pour aller plus loin…

Bernhard Ott, Shalom : le projet de Dieu, Dossier de Christ 1-2/2013, Éditions Mennonites, Montbéliard, 128 pages

 

 

 

 

La propriété, c’est le vol

proprite« La propriété, c’est le vol ». Ce sont peut-être les cinq mots qui ont rendu Pierre-Joseph Proudhon célèbre. La formule convient bien à un philosophe anarchiste du 19e siècle, mais le chrétien, au premier abord, a plutôt envie de la balayer d’un revers de la main et de continuer son chemin. Pourtant, si l’on prend le temps de creuser le sens de la formule, et que l’on relit les textes bibliques sur le sujet, on pourrait être surpris. Surpris du fait que Proudhon et les auteurs bibliques ne sont peut-être pas autant en contradiction que ce que l’on pensait.

Deux précisions permettront de mieux comprendre ce que Proudhon entendait par cette formule lapidaire lorsqu’il a rédigé Qu’est-ce que la propriété ? Premièrement, son plaidoyer contre la propriété concerne essentiellement la propriété des moyens de production (les terres agricoles, les outils, les machines, etc.), c’est-à-dire toute forme de propriété qui a un caractère lucratif, et non la propriété personnelle de son logement ou de sa voiture. Deuxièmement, Proudhon distingue, à la suite des économistes, la propriété et la possession. La propriété est un droit légal, alors que la possession est un état de fait. Par exemple, je peux posséder un champ parce que je l’occupe et le travaille, sans que j’en sois le propriétaire. Sur la base de cette distinction, Proudhon défend la possession, mais s’en prend à la propriété. Il affirme par exemple que lorsqu’un propriétaire loue son champ à un paysan, il « moissonne et ne laboure pas, récolte et ne cultive pas, consomme et ne produit pas, jouit et n’exerce rien[1] ». Il souhaite donc que seule la possession, liée à l’occupation du bien, soit considérée comme légitime. Il critique encore l’absolutisation de la propriété par la loi, car celle-ci fait du propriétaire le maître absolu de son bien[2].

Qu’en dit l’Écriture ? Quelques pistes de réflexion :

En Genèse 1.26-28, le mandat de dominer la terre est donné à l’être humain à l’impératif, c’est-à-dire à une créature qui reste subordonnée à son Créateur[3]. L’absolutisation de la propriété est donc rendue impossible. Cela est confirmé lors du partage de la terre d’Israël. L’Éternel affirme aux propriétaires terriens : « le pays m’appartient, et vous êtes chez moi des immigrés et des résidents temporaires[4] ». Et les prophètes de rappeler : « Quel malheur pour ceux qui ajoutent maison à maison et qui joignent champ à champ, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace[5] ! »

Dans le Nouveau Testament, la parabole du fils prodigue[6] est particulièrement intéressante. Trois personnages, deux visions de la propriété : les deux fils en ont la même conception. Pour tous deux, la propriété est absolue ou n’est pas : leur père doit perdre la possession sur une chose pour qu’ils puissent en dire « c’est à moi ». Mais la vision du père est la même envers ses deux fils : ceux-là sont ses associés, ses copossesseurs. Il tue le veau gras pour le cadet, alors que celui-ci a déjà épuisé sa part d’héritage, et dit à l’aîné: « tout ce qui est à moi est à toi ».

Que dire alors ? Une fois remise dans son contexte, l’affirmation lapidaire de Proudhon nous met au défi. Au défi de relire les Écritures en faisant la lumière sur des points peut-être occultés, notamment sur le fait que la propriété absolue ne revient qu’à Dieu seul. Au défi aussi de mieux discerner lorsque ce droit absolu est usurpé à Dieu, comme lorsque Vinci (une entreprise mondiale  de concession et de construction) pense pouvoir, avec l’appui du gouvernement, détruire tout un écosystème à Notre-Dame-des-Landes pour construire un nouvel aéroport. Finalement, elle nous met au défi d’être signe du Royaume dans le domaine de la propriété aussi, en gérant nos biens à la lumière de la propriété absolue de Dieu sur tout ce que contient la terre, et en partageant ce que nous possédons comme Christ a partagé ce qu’il possédait avec nous.

Article de Thomas Poëtte.

[1]Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, Paris, Librairie générale française, 2009, p. 289.

[2]Encore aujourd’hui :  « La propriété est le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements. » Article 544 du Code Civil.

[3]Henri Blocher, « Le mandat culturel et les implications écologiques », La revue réformée 169, 1991, p. 6‑7.

[4]Lv 25.23 (NBS, comme pour les citations bibliques qui suivront).

[5]Es 5.8.

[6]Lc 15.11‑32.

War Room

Le film chrétien évangélique américain est un genre bien particulier ! Après des succès tels que « Fireproof » et « Facing the Giants », Alex Kendricks – pasteur, acteur, producteur, directeur et scénariste (!) – a sorti un nouveau film : « War room » qui signifie littéralement « salle de guerre ». Après en avoir abondamment entendu parler par diverses personnes dont certaines ont même transformé l’aménagement de leur maison suite à ce film,  je me suis résolue à le regarder moi-même.

L’histoire parle de Tony et Elizabeth Jordan, deux personnes afro-américaines qui ont réussi dans la vie : ils ont une adorable fille, une belle maison, des métiers qu’ils aiment. Alors qu’ils ont « tout pour être heureux », ils peinent à communiquer et Tony s’éloigne progressivement en s’investissant toujours plus dans une relation extra-conjugale. Elizabeth est désespérée et ne sait plus que faire. Le couple n’arrive plus à dialoguer et Tony se mure dans le silence. Ils vont à l’Église, mais cela ne change pas grand-chose à leur vie, jusqu’au jour où Elizabeth rencontre Miss Clara. Cette femme âgée explique à Elizabeth qu’elle doit mener un combat dans la prière en lui montrant qu’elle a deux choix : se battre contre sa famille en faisant éclater une guerre dans son foyer ou se battre pour sa famille en menant son combat dans la prière et en demandant à Dieu d’intervenir. Miss Clara lui montre alors la pièce préférée de sa maison : son placard. Elle l’a vidé de toutes ses affaires et en a fait sa « salle de guerre ». Dans cette pièce elle écrit les prières qu’elle adresse à Dieu. Miss Clara lui explique que c’est là qu’elle se rend pour élaborer une stratégie de combat spirituel. Tout comme Miss Clara, Elizabeth commence à prier pour son mari, pour son couple, pour sa famille et son combat s’étale sur tous les murs du placard. Le temps passé dans la prière modifie profondément ses relations familiales. Dieu répond miraculeusement à plusieurs reprises. Alors que son mari était au restaurant dans une autre ville avec sa maîtresse et qu’ils allaient passer la nuit ensemble, il se retrouve pris de violentes crampes abdominales. Tony est amené à prendre de la distance avec sa maîtresse et se rapproche à nouveau de sa famille et de Dieu.

Les films ont un effet puissant sur nous : il y a les images, les émotions qui y sont véhiculées, et toutes les identifications qui se passent de manière conscientes et inconscientes ! Il est donc nécessaire de réfléchir aux idées proposées.

Quelle guerre faut-il mener ?

Le film commence par plusieurs scènes de guerre. En tant que chrétienne, cela ne me laisse pas indifférente. Quel est l’intérêt de mettre le spectateur dans un climat de guerre ? Le rapprochement entre ces images de destruction et la pratique du combat spirituel sont dangereuses et l’histoire de l’Église l’illustre tristement. Les mots ont des définitions glissantes et le début de ce film est bien regrettable.

Les questions soulevées par cette introduction sont importantes : Quelle guerre le chrétien doit-il mener ? Qui est l’ennemi ? Quels sont les moyens à employer ? Quelle est la stratégie ? Il est crucial que le chrétien trouve une réponse à l’image du « Prince de Paix », Jésus.

Quelle stratégie dans la prière ?

Après les scènes de guerre, la voix off, dont on comprend par après qu’il s’agit de la voix de Miss Clara, déclare : « Il faut toujours une stratégie pour mener une bataille. » J’aurais été curieuse d’interroger d’autres spectateurs pour leur demander quelle « stratégie » ils dégagent de ce film. Différentes voix se feraient sûrement entendre. Est-ce le fait de prier de manière autoritaire en élevant la voix ? D’écrire ses prières? Est-ce le fait de répéter des paroles jusqu’à ce que Dieu les exauce ? Lorsque j’ai parlé de ce film à une amie qui n’avait vu que la bande annonce, elle a simplement dit : « Ah tu parles du film où ils expliquent comment mettre la pression sur Dieu jusqu’à ce qu’il obéisse ! » Replaçons les choses. Comme le dit Miss Clara furtivement dans le film : « La faveur de Dieu ne peut pas être manipulée ». Dieu est Dieu et les humains ses créatures. Aucun homme ne peut mettre « la pression » sur Dieu. Par grâce, ils peuvent s’approcher de lui et lui adresser leurs prières. Par grâce, il les entend et leur répond d’une manière ou d’une autre. Que les prières soient des paroles prononcées à voix forte dans un placard ou murmurée dans le silence, elles sont adressées à celui qui peut tout et connaît tout, Dieu.

Heureusement, le film est plus subtil que cela. Quelques éléments de l’histoire m’ont semblé particulièrement utiles dans cette perspective du combat spirituel :

  1. Le mur du souvenir. Miss Clara a un mur du souvenir où elle note les prières exaucées. Elle dit qu’elle aime le contempler lorsqu’elle est découragée. Cela lui rappelle que Dieu est aux commandes de la situation présente, comme il l’a été par le passé. Cette invitation à «  se souvenir» de ce que Dieu a fait est présente tout au long de la Bible, c’est une invitation porteuse de vie !
  2. « Je ne suis pas juge ». L’interpellation de Miss Clara a changé le regard d’Elizabeth : « Est-ce que je peux te demander combien tu pries pour ton mari ?» A travers la prière, Elizabeth choisit d’inviter Dieu à prendre sa juste place dans sa vie et dans son couple, cela lui donne une nouvelle place face à son conjoint. Elle reconnaît alors qu’elle n’est pas juge de son mari et elle implore Dieu de lui donner de l’amour pour son conjoint. Dieu intervient en quelque sorte comme un médiateur et l’aide à désamorcer la haine qu’elle éprouve. Parce qu’elle n’est pas juge de son mari, elle peut prier pour lui, comme l’a fait Jésus sur la croix (Lc 23.24).
  3. Bénir ses ennemis et prier pour ceux qui persécutent (Mt 5.44, Lc 6.28, Rm 12.14). Non seulement Elizabeth n’est pas juge, mais l’Esprit de Dieu lui apprend à souhaiter du bien à son mari. Bénir ses ennemis est une manière de choisir de nommer celui qui est à l’origine du mal : non pas l’époux ou la personne en face de soi, mais Satan.
  4. Obéir à ce que Dieu demande peu importe le coût. Elizabeth n’est pas seulement dans la demande. Elle est aussi prête à faire ce qui est juste et encourage son mari à faire de même. En faisant cela, ils affirment leur confiance en un Dieu qui les dépasse et qui sait ce qui est bon pour chacun d’eux et pour leur couple. A la fin du film, Dieu est devenu à la fois leur Sauveur et leur Seigneur.

Le combat spirituel n’est pas une manière de « faire plier Dieu », ni une guerre à mener contre le Diable puisque Jésus l’a déjà vaincu sur la croix. Le combat spirituel est celui de pouvoir dénoncer le mal pour ce qu’il est tout en restant fermement attaché aux enseignements de Jésus. Cela se traduit de manière toute concrète par les actes posés et les paroles prononcées en relation avec les autres. Le temps passé dans la prière permet ce recentrage essentiel à la vie de disciple et c’est précisément ce qu’a découvert Elizabeth dans son placard. Dieu ne répondra pas toujours immédiatement et les situations difficiles ne se résoudront probablement pas en 1h30 comme dans ce film, mais Dieu est présent par son Esprit pour continuer à indiquer le chemin à ceux qui le cherchent et qui placent leur confiance en lui.

Une ressource pour les groupes de maison

En ces jours de rentrée, vous êtes peut-être à la recherche d’une ressource pour animer un groupe de maison. L’union d’Église de la Free met gratuitement à la disposition de tous 18 émissions sur le « sermon sur la montagne ». L’enseignant, Claude Baecher, est l’ancien directeur du centre de formation du Bienenberg. Les fiches d’animation des séances d’études sont, elles aussi, disponibles en ligne. Et si cette année était celle de la découverte du plus long discours de Jésus?

La découverte de Victor, le Hollandais

11A_8389En 2013, mettant à profit un compte épargne-temps, j’ai pu marcher pendant trois mois depuis chez moi, en région parisienne, jusqu’à l’extrémité ouest de l’Espagne à Saint-Jacques de Compostelle. En France j’ai emprunté, pendant un long moment, la voie dite de Vézelay qui est, en fait, très peu fréquentée. J’ai passé des journées entières sans rencontrer d’autre pèlerin. Mais, alors que je traversais le Sud-Ouest de la France, j’ai rencontré un Hollandais avec qui j’ai cheminé quelques jours. Victor (c’est son nom) effectuait sa deuxième marche vers Compostelle. Du coup, la conversation a naturellement roulé vers la question de savoir ce qu’il avait retenu de la première fois.

Victor, tout en s’intéressant aux questions religieuses, disait ne pas avoir la foi. Il s’était lancé dans une première marche 5 ou 6 ans auparavant, en voyant la retraite approcher et en se demandant ce qu’il allait faire lorsqu’il n’aurait plus de travail salarié. Mais, à ses propres dires, il n’a pas spécialement médité sur cette question en marchant. Il s’est rapidement retrouvé en compagnie d’une personne présentant un léger handicap physique qu’il a accompagnée jusqu’au bout. Et puis, une fois rentré chez lui, la découverte qui lui est restée est « qu’il avait assez ». J’aurais pu, me dit-il, prolonger ma carrière professionnelle pour accumuler plus d’argent. J’aurais pu essayer d’avoir une maison plus confortable. Mon épouse, elle aussi, aurait pu continuer à travailler pour augmenter les revenus du ménage. Mais j’avais assez, nous avions assez.

Victor avait pris sa retraite quand je l’ai rencontré. Il fait, entre autres choses, des travaux photographiques assez originaux. Il a, par exemple, photographié des sœurs religieuses d’une congrégation proche de chez lui, pendant leur vie monastique. Il m’a montré l’appareil photographique, relativement simple (sans être non plus du bas de gamme), qu’il utilisait. Je pourrais, m’a-t-il dit, avoir un appareil plus perfectionné, mais j’ai assez.

Cette découverte me semble assez récurrente lorsque l’on marche sur le Chemin de Saint-Jacques. Pour mes trois mois, j’ai emporté, en tout et pour tout, un sac de 8 kilos (plus, quand même, une carte bancaire !). Et, alors que l’on vit dans une simplicité inhabituelle, la vérité est que l’on se sent incroyablement allégé.

Il y aurait beaucoup à dire sur nos modes de vie malades de la surcharge. Mais pour les considérer avec un autre regard il faut quelque chose de l’ordre de la conversion. Combien de chrétiens oseraient proclamer, aujourd’hui, qu’ils ont assez ?

Article écrit par Frédéric de Coninck

5 clés pour ne pas discerner la volonté de Dieu

Comment être certain de ne pas discerner la volonté de Dieu ? Voici 5 clés qui ouvrent des perspectives insoupçonnées… sur la Bible, sur Jésus, sur soi, sur les autres, sur nos manières de discerner la volonté de Dieu.

  1. Utiliser la Bible comme un livre de recettes ou comme un code de loi

La Bible est comme un livre de recettes de prises de décision : je prends une parole de la Bible au hasard (en évitant les versets dérangeants), je me l’applique directement et je saupoudre ma situation. Ou alors je choisis plusieurs versets hors contexte, je les mélange vigoureusement, pour obtenir une sauce passe-partout, à mélanger à n’importe quel cas. A qui objecte, je réponds : « C’est biblique ».

La Bible est à utiliser comme un code de loi : elle y ressemble, avec ses chapitres et ses versets qui font penser aux chapitres, sections et paragraphes du Code civil. Cela exige de connaître la Bible sur le bout des doigts, pour trouver le bon article à appliquer à telle situation. Je sais alors ce qui est autorisé ou pas, à quelles conditions, et qui est concerné. A qui objecte, je réponds : « La Bible dit ».

  1. Ignorer l’enseignement de Jésus

On peut ignorer l’enseignement de Jésus de deux manières. Soit délibérément, soit sans en avoir l’air.

  • Délibérément : je cherche à discerner la volonté de Dieu, mais je sais que Jésus n’a rien dit de clair sur la situation en question, car il en est resté à des généralités. Comme Jésus n’a par exemple pas parlé des Smartphones, j’en déduis qu’il n’a rien à dire sur mon usage des moyens techniques ou technologiques.Ou alors, j’estime que ses paroles étaient trop précises et trop liées à son contexte (« vends tout ce que tu as et suis-moi »), sans validité ou implication potentielles pour aujourd’hui.
  • Sans en avoir l’air : je parle de Jésus, je le prie, je le célèbre comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs, mais je ne cherche pas à connaître les commandements clairs qu’il a donnés ; ou alors je ne me réfère qu’à des commandements généraux en les délayant au point qu’il est difficile d’y trouver une aide pour discerner la volonté de Dieu aujourd’hui.
  1. Toujours ignorer ou toujours suivre ses désirs

Que faire de mes souhaits et de mes désirs dans le discernement de la volonté de Dieu ? On peut répondre à cette question de deux manières.

  • Puisque qu’il s’agit de discerner et de faire la volonté de Dieu et non la mienne, il ne faut surtout pas prêter attention à moi et à mes désirs personnels. En effet, mes désirs personnels s’opposent à la volonté de Dieu. Il faut y renoncer, pour ne pas agir de manière humaine, mais selon Dieu.
  • Puisqu’il s’agit de discerner la volonté de Dieu le Créateur, je peux penser qu’il a placé en moi des désirs qui rejoignent ce qu’il désire. Le principal moyen de savoir ce que Dieu veut est de prêter attention à mes désirs. En outre, comme il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aimer les autres, il faut respecter ses désirs propres pour être capable d’aimer les autres.
  1. Penser avoir raison seul

Même s’il est bien sûr exagéré de dire que « l’enfer, c’est les autres », il est préférable de se méfier de l’avis d’autrui pour discerner la volonté de Dieu, surtout s’il questionne mes motivations. Les autres peuvent être animés par une volonté de contrôle ou de pouvoir, ils pourraient être tentés de s’opposer par principe ou par jalousie, ils risquent de voir la paille chez moi au lieu de voir la poutre chez eux, leur avis est l’expression de leurs névroses.

De plus, l’expérience montre qu’il n’est guère utile de recourir à l’avis de plusieurs personnes pour m’aider à discerner la volonté de Dieu. En effet, leurs avis divergent le plus souvent, surtout si le nombre de personnes consultées est grand. On est alors tiraillé intérieurement sans savoir quelle direction emprunter. Mieux vaut se dispenser des conseils bien-pensants.

  1. Croire que tout se joue au moment du discernement

Si je dois décider entre acheter un 4×4 ou une voiture électrique ou entre quitter mon épouse et rester,  j’ai intérêt à ne pas tenir compte des choix faits dans le passé : habiter à la campagne ou me marier. Je me concentre uniquement sur l’instant présent qui est le moment du discernement et de la décision. Je pèse le pour et le contre, je suis à l’écoute des circonstances, j’écoute ce que me dit Dieu, je me concentre sur le choix à faire, sans tenir compte du passé.

Bref, si discerner la volonté de Dieu est un art, ne pas discerner la volonté de Dieu relève plutôt de l’automatisme, garantie de réussite… !

Traduttore, traditore

Dscn0122J’aimerais vous parler de traduction.

Traduire, c’est déjà un art en soi.

Connaissez-vous l’expression « traduttore, traditore » ? C’est une expression italienne qui signifie que celui qui traduit, trahit (le texte). Cette expression parle de la difficulté inhérente à la tâche qu’est la traduction. Celle-ci ne peut jamais parfaitement respecter, c’est-à-dire rendre le texte de l’œuvre originale tel qu’il a été créé par son auteur.

Dans la théorie de la traduction, il y a plusieurs règles dont celle que le produit de la traduction doit être cohérent en lui même, et une autre qui dit que la traduction doit être cohérente avec le texte source.

Mais, il n’y a qu’à regarder les rayons des librairies chrétiennes pour constater que, malgré les difficultés, la traduction n’est pas impossible. Le traducteur Pierre Levris a d’ailleurs dit en réponse à ce dicton italien: « Traduire, c’est avoir l’honnêteté de s’en tenir à une imperfection allusive ». Le traducteur, s’il ne prétend pas atteindre la perfection par sa traduction, reste conscient de l’altérité du texte.

Ainsi, nous trouvons différentes versions de la Bible, toutes élaborées selon des critères différents et répondant à différents besoins.

Par exemple, les deux premiers versets du Psaume 1 sont traduits par différentes versions comme suit:

Heureux l’homme qui ne marche pas selon les conseils des méchants, qui ne va pas se tenir sur le chemin des pécheurs, qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs. Toute sa joie il la met dans la Loi de l’Eternel qu’il médite jour et nuit. (Bible du Semeur)

Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et ne s’assied pas en compagnie des moqueurs, mais qui trouve son plaisir dans la loi de l’Eternel et la médite jour et nuit! (Segond21)

Ici, chaque traducteur ou équipe de traducteurs a fait son choix sur la façon de rendre le texte hébreu, appuyé par sa compréhension du texte et sa théologie.

Quant à moi, j’ai choisi de traduire par:

Bonheur de l’homme qui ne marche pas dans le conseil des méchants,
ni se tient dans le chemin des pécheurs,
et qui ne s’installe pas dans les habitations des moqueurs !

Mais qui a son plaisir dans la Torah du Seigneur,
et qui médite dans sa Torah de jour comme de nuit.

Ce principe, il me semble, vaut aussi pour la vie. Car même si nous ne traduisons pas tous le texte depuis l’hébreu ou le grec, nous le traduisons de la Parole écrite à la Parole en action dans nos vies. Car, que dit aussi la théorie de la traduction ? Que la traduction est une action.  Vu sous cet angle, nous sommes tous des traducteurs. Nous sommes tous appelés à mettre en action la Parole, de la traduire dans nos vies ; et comme une traduction, nos vies doivent être cohérentes, et cohérentes avec notre texte-source.

Cette traduction de la Parole dans nos vies commence par l’étude de celle-ci. En Jean 5, Jésus parle de gens qui scrutent les Écritures, et que ce sont les Écritures qui lui rendent témoignage.

Le mot grec traduit ici par « scruter ou sonder » dans le verset de Jean 5 signifie: strict, serré, avec diligence, sonder, être curieux. C’est ainsi qu’agit un homme qui cherche de l’or, ou des chasseurs qui traquent du gibier. Notre façon de lire et étudier la Bible doit s’en inspirer – toujours à l’affut, pas  satisfaits d’avoir lu superficiellement un chapitre ou deux, mais en cherchant la signification des mots dans leur contexte et en évitant des raccourcis.

Quels peuvent être ces raccourcis ? Lire et comprendre la Bible comme…

  • une collection de lois, de prescriptions sur ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire.
  • une liste de bénédictions et de promesses.
  • si elle était un test de Rorschach : en projetant sur elle ce qu’on veut y voir.
  • un grand puzzle. Une fois « résolu », on sait ce que dit la Bible avant même de l’avoir ouverte parce qu’on a déjà tout compris.

Alors, comment lire ?

Il me semble qu’il y a deux choses importantes, voire essentielles pour la lecture de la Bible :

  • La conviction que le Christ est le centre depuis lequel les Écritures doivent être interprétées et
  • Une herméneutique communautaire, c’est-à-dire un processus d’interprétation à l’intérieur de la communauté et en communauté.

Lire la Bible en post-chrétienté demande une approche centrée sur le Christ, enracinée dans la communauté, ouverte à l’Esprit et qui admet qu’il n’y a pas que du noir et du blanc.

  • Jésus illustre parfaitement ce que l’Ancien Testament veut dire quand il parle d’aimer Dieu « avec tout son cœur, toute son âme et avec toute sa force[1]» et « d’aimer son prochain comme soi-même[2] », qui sont pour lui les plus grands des commandements. Ainsi, pour lui, les choses les plus importantes de la Loi sont la justice, la miséricorde et la foi[3].
  • Toute lecture christocentrique devrait améliorer notre amour de Dieu et du prochain et contribuer à ce que justice, miséricorde et foi grandissent. Plutôt que de voir tout en des termes de prophétie et leur accomplissement, lisons la Parole à la lumière de la vie de Jésus pour apprendre comment agir avec amour, justice et équité, et pour devenir des artisans de paix, des collaborateurs et les mains de Dieu dans ce monde afin de participer à la mission de Dieu ici et maintenant.

Le texte biblique est le fondement de l’imagination prophétique de l’Église. Tout comme Jésus était créatif dans son interprétation de la Bible et de la tradition (« On vous a dit, mais moi je vous dis… »), nous devons nous aussi l’être et adapter notre lecture et notre communication de l’Évangile à la vie dans le monde contemporain.

Article écrit par Diana Schärer.

[1] Dt. 6,5

[2] Lv. 19,18

[3] Mt. 23,23

La pratique du mariage, l’interprétation biblique et le discernement de l’Église

À une époque où l’image du mariage se modifie rapidement dans les sociétés occidentales et où les institutions gouvernementales ont légalement reconnu le
mariage entre personnes de même sexe, l’Église doit décider : devons-nous suivre
cette tendance ? Dans un article initialement publié dans The Mennonite en janvier 2016, Darrin W. Snyder Belousek exprime sa position avec sensibilité et pertinence biblique.

La version courte de l’article, traduit en français par Améline Nussbaumer, est disponible sur la page ressource du CeFoR. Une version plus longue, plus documentée de l’article (en anglais) est disponible ici. Bonne lecture, et bon discernement!

 

Histoire de loups et de bergers

structure meuteCette image qui illustre le déplacement d’une meute de loups a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Les trois premiers loups sont encerclés en jaune. Contrairement à ce que l’on pourrait penser ce ne sont pas les loups dominants, dits « alpha », mais les plus vieux ou les plus malades. Le groupe avance à leur rythme. Les loups savent que si les plus faibles marchaient derrière, ils seraient vite distancés par la meute ou ils seraient des proies faciles lors d’une attaque. Ils sont donc suivis par cinq loups forts et puissants (entourés en rouge) qui peuvent les protéger du danger. Ensuite, il y a le reste des loups, puis à nouveau cinq loups forts et puissants et enfin, tout derrière, « l’alpha » chef de meute. Depuis sa position, il contrôle le groupe, décide de la direction à prendre et anticipe les attaques des adversaires. L’ensemble de la meute avance donc au rythme des faibles, sous la protection des plus forts et avec la direction donnée par un leader qui veille à la bonne coordination de la meute.

Cette image m’a beaucoup interpelée concernant le leadership au sein de l’Église. Dans beaucoup d’Églises, on s’imagine le pasteur – ou le groupe d’anciens – comme un chef charismatique qui avance avec une vision claire dans une direction entraînant le troupeau à sa suite. Le pasteur est alors comme un PDG qui dirige son entreprise. Seulement que se passe-t-il quand un des membres est faible, souffre, se pose des questions existentielles ou ne peut tenir la cadence ? Un tel leadership est stimulant pour les forts, mais laisse souvent les faibles sur le carreau. Certains seront stimulés à « rattraper la meute », mais d’autres se retrouveront distancés et ultimement abandonnés en position de vulnérabilité.

A quoi ressemblerait une Église qui avancerait au pas des plus faibles ? Cette idée est assurément à contre-courant dans notre société. Cela implique une vision claire de l’appel de l’Église : protéger les plus vulnérables au nom de Dieu et permettre que le peuple de Dieu puisse arriver ensemble à bon port. L’Église est un peuple où les forts encouragent les plus faibles à continuer leur route, par des paroles, des prières, des gestes, et de l’aide concrète. La vie est ainsi faite que les « forts » peuvent passer par des phases où ils auront besoin d’être soutenus et que les « faibles » ne le sont pas éternellement. L’Évangile montre à quel point ces catégories de forts et de faibles se confondent dans une vie de foi ! Cela veut dire que tous peuvent bénéficier de la dynamique de cette vie communautaire par la grâce de Dieu. Quelle belle vision : une Église qui sait questionner ses projets ou au contraire innover pour que ceux qui peinent puissent y trouver leur place et être entourés et encouragés ! Dans une telle Église, le rôle des responsables, les « loups forts », est de veiller à la bonne marche du troupeau et à avertir des dangers éventuels qui le menacent. Soyons convaincus que Dieu, l’ultime alpha marche lui-même à notre suite, nous guidant et nous avertissant des dangers.